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Billet de blog 19 déc. 2022

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L'Europe et la France s'opposent-elles à l'indexation des salaires sur inflation ?

Le FMI affirme : "une accélération des salaires nominaux ne doit pas nécessairement être vue comme le signe de l'installation d'une spirale salaires-prix". L'inflation sera toujours là en 2023 et 2024 d'après l'OCDE, faut-il une modération salariale pour augmenter la rentabilité du capital ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Trois pays de la zone euro indexent les salaires sur l'inflation. Des 19 pays de la zone euro, trois pays ont conservé un système d'indexation automatique des salaires : le Luxembourg, Chypre et la Belgique. Les salaires sont ajustés en fonction des augmentations passées des prix à la consommation. À Chypre et au Luxembourg l'indicateur des prix à la consommation est l'IPC national (hors hausse des impôts indirects en Chypre). En Belgique l'indice de santé est utilisé, l'IPC hors alcool, tabac et essence (mais y compris fioul, gaz et électricité). Pour le Luxembourg, au mois de juillet 2022, le gouvernement a décidé de suspendre l'indexation des salaires sur l'inflation pour neuf mois. En Belgique les patrons tirent la sonnette d'alarme : les hausses automatiques de salaires risquent d'engendrer des licenciements si aucune solution de fond n'intervient. Dans la majorité des pays de la zone euro, la demande des syndicats d'indexer les salaires sur les prix est rejetée par le patronat et par les partis politique de droite. La dernière publication du FMI vient d'affermir la position des pays qui indexent les salaires sur l'inflation : "Il ressort d’une analyse qu’une accélération durable des salaires et des prix est peu probable".

Quelle est la situation des hausses des prix et des salaires dans la zone euro ? Pour cette tribune, les évolutions de la France et de la Belgique sont comparées sur une période allant 1960 à nos jours, comparaison à long terme pour éviter les erreurs conjoncturelles. En Belgique les salaires restent indexés sur l'inflation, en France cette mesure a été stoppée en 1983, seul le SMIC est encore revalorisé en fonction des prix.

Inflation France-Belgique de 1960 à 2022 : pour cette période, en France le taux d'inflation a fluctué entre 0,0% et 13,6%. Pour octobre 2022 la valeur retenue est de 6,2%. Un objet qui coûtait 100 euros en 1960 sera donc facturé 1 191,33 euros en octobre 2022. En Belgique le taux d'inflation a fluctué entre - 0,1% et 12,8%. Pour octobre 2022, nous retiendrons une valeur de 12,3%. Un objet qui coûtait 100 euros en 1960 sera donc facturé 872,84 euros en octobre 2022 (source données mondiales). En 2022, la France s'en sort relativement bien pour plusieurs raisons : le bouclier tarifaire, les ristournes sur le carburant, les limitations des prix sur l'électricité. Toutes ses mesures creusent de plus en plus la dette publique de la France.

Salaires en France-Belgique de 1960 à 2022 : en France le salaire net brut annuel moyen s'élevait à 1 114 euros en 1960. Il est à 46 775 euros brut en 2022 d'après l'OCDE (USD/EURO = 0,9488). En Belgique le salaire net brut annuel moyen était de 1 108 euros en 1960. Aujourd'hui il est à 56 074 euros brut.

En général, dans les deux pays, parmi les gagnants se trouvent ceux qui ont emprunté à un taux fixe. Mais les plus grands gagnants sont les États eux même. Les caisses de l’État sonnent à chaque hausse de prix dans les magasins, ce qui est dû au double effet de l'inflation et de la TVA. Ensuite que les salaires soient indexés ou non, leur augmentation fait progresser les revenus. Or comme les barèmes de l'impôt sur le revenu ne suivent pas l'inflation ou que le contribuable change de tranche d'imposition, les caisses de l'État sonnent à nouveau.

Le système d'indexation Belge est donc favorable aux salariés. Par contre, il peut frapper durement les petites entreprises si elles n'arrivent pas à augmenter leurs prix dans un environnement très concurrentiels. Il peut instaurer une disparité entre le secteur public et le secteur privé. Est-ce un problème si l'État belge, en récupérant des recettes supplémentaires suffisantes, augmente les salaires dans le secteur public et aide les PME et les indépendants ? La même question revient : pourquoi alors les autorités économiques officielles affirment-elles que l'augmentation des salaires est le principal risque d'une inflation soutenue ?

L'Union européenne est-elle contre l'augmentation des salaires ? En Europe les politiques nationales "s'inscrivent dans le cadre communautaire dont elles doivent tenir compte". Initialement, pour le projet européen, il s'agissait de construire un marché unique et de coordonner les politiques sociales nationales dans le but d'améliorer les conditions de vie. Mais avec le traité de Maastricht en 1992, la création de la zone euro en 1999, un espace économique unique et une Banque centrale commune les objectifs communs ont changé. Des contraintes budgétaires ont été mises en place : une réduction drastique des dépenses publiques, une baisse du coût du travail et une ouverture à la concurrence des secteurs protégés. En d'autres termes, pour sauvegarder la zone euro il faut éviter d'augmenter les salaires. "nous ne sommes pas dans une économie administrée", répondait le Président à ceux qui réclamaient une indexation des salaires sur l'inflation. En juillet 2022, la Présidente de la BCE expliquait son souhait d'éviter : "une spirale salaire-prix, comparable à celles qui, par le passé ont conduit à une spirale incontrôlable". Il y a quelques jours le FMI a présenté une analyse complète des données sur le mouvement des augmentations des salaires et des prix qui réfute à la fois la Présidente de la BCE et le Président Français. La conclusion du FMI : "nous concluons qu'une accélération des salaires nominaux ne doit pas nécessairement être vue comme le signe de l'installation d'une spirale salaires-prix".

L'indexation des salaires sur l'inflation réduit-elle la rentabilité du capital ? En réalité, une augmentation générale du taux des salaires peut entraîner une baisse du taux général de profit mais n'affectera pas les prix des marchandises. En d'autres termes, les hausses de salaires sont beaucoup plus susceptibles de réduire la part des revenus allant aux bénéfices. Pour les Banques centrales et certains gouvernements en général, imposer une "modération salariale" c'est protéger et maintenir les profits. C'est la raison pour laquelle ils soutiennent en priorité les hausses des taux d'intérêts pour freiner l'inflation au lieu de stopper leurs programmes d'achat des dettes publiques. S'ils ne sont pas maitrisés, ces taux pousseront les économies dans une récession. La Commission européenne prévient : "La zone euro va entrer en récession en fin d'année".

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