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Billet de blog 29 avr. 2022

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Avec le budget 2023, le gouvernement sera-t-il "au pied du mur" ?

Avant la guerre en Ukraine, le budget 2023 aurait dû être un budget du début de la consolidation budgétaire. Il sera peut-être contraint par les décisions de la Commission européenne, par la Banque centrale européenne et par la situation politique interne.

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Les 100 premiers jours d'un mandat engagent un quinquennat. Ils sont scrutés à la loupe. Combien de lois ont‑été adoptées pendant cette période et lesquelles ? Quel sera le nouveau budget de la France ? Comment sera-t-il financé ? L'Europe doit faire face aux circonstances actuelles : le choc de la pandémie et l'explosion de la dette de la France, la guerre en Ukraine qui se prolonge, les États européens qui devraient revoir les critères de convergence, la Banque centrale européenne qui prend le contre-pied des autres Banques centrales. Ces événements assombrissent l'horizon pour la France qui ne pourra réduire son déficit à 2% du PIB d'ici 2026, comme le préconise le FMI, et "rebâtir une capacité budgétaire via un ajustement budgétaire important, mais graduel et soutenable, à partir de 2023".

La dette de la France. Il est encore trop tôt pour estimer le coût réel de la pandémie et de la guerre en Ukraine mais les chiffres, fin 2021, font froid dans le dos. Selon la fiche publiée par FIPECO le 29 mars 2022 : "la dette au sens du traité de Maastricht était de 2 813 Md€, soit 112,9% du PIB fin 2021 (contre 2 648 Md€ et 114,6% du PIB fin 2020 ; 2375 Md€ et 97,4% du PIB fin 2019)". En deux ans, en termes de produit intérieur brut (PIB), elle a coûté à la France 438 Md€.

Croissance et inflation. Après un choc sur les prix de l'énergie et des matières premières que la France subit aujourd'hui, l'histoire montre qu'en général on assiste rapidement à un ralentissement brusque de l'économie. Dans ses prévisions économiques de mars 2022, la Banque de France parle d'une croissance de 2,8% en 2022 dans un scénario dégradé d'une hausse encore plus importante du prix du pétrole avec une inflation de 4,4%. En 2023 la France doit s'attendre à des jours plus difficiles. Sa croissance devrait être nettement plus basse autour de 0,4% pour Rexecode.

La Banque centrale européenne (BCE) est inscrite "aux abonnés absents". Aujourd'hui, un taux d'inflation élevé donne à la BCE deux problèmes simultanés à résoudre : l'inflation et la croissance. Une guerre à la porte de l'Europe rend l'équation plus difficile à décider. Une hausse des taux directeurs rend les taux d'emprunts plus élevés ; les entreprises réduisent leurs investissements ; les consommateurs dépensent moins ; la croissance sera révisée à la baisse. Il est certain que la BCE préfère se consacrer à la soutenabilité des dettes publiques par rapport au pouvoir d'achats des Européens tout en ignorant la hausse des prix des produits alimentaires et de l'énergie. Politiquement cette approche est explosive. Si les citoyens n'arrivent plus à s'approvisionner à des prix stables pour se nourrir et en énergie quasi‑quotidiennement, y aura‑t‑il des risques d'un déclenchement de la colère populaire ? La BCE devrait‑elle arrêter de faire de la politique et revenir à sa mission première : lutter contre l'inflation ?

Le retour du pacte de stabilité. En 2023 le pacte de stabilité budgétaire et de croissance sera de nouveau en vigueur. Les États européens doivent revenir à un déficit en dessous de 3% du PIB et leur dette publique à un niveau inférieur ou égal à 60% de leur PIB. L'UE négocie un nouveau pacte mais les Européens s'accorderont‑ils pour modifier les traités ? La France subira‑t‑elle une cure d'austérité comme après la crise financière de 2008 ?

Le coût de la guerre en Ukraine. Au‑delà du drame humain, la guerre en Ukraine entraînera des conséquences étendues pour l'économie française (perturbations sur les chaînes d'approvisionnement, renchérissement de l'énergie, des denrées, chutes des cours de la Bourse et de l'euro...). Cette guerre pourrait coûter à la France 1% de son PIB en 2022 soit environ 29 milliards d'euros.

Le chiffrage du programme du nouveau Président. Les dépenses estimées par l'institut Montaigne (57 milliards) sont relativement proches de celles annoncées par le nouveau Président. Le bouclage budgétaire n’atteint toutefois pas l’équilibre. D'après cet institut, au total, le bouclage macro financier est déficitaire de 44 milliards d’euros.

La classe moyenne va perdre 108 milliards d'euros d'épargne en 2022. Selon les calculs de la Banque de France, les Français ont épargné 318 Md€ en 2020 et 2021 dont 175 Md€ d'épargne forcée (ou épargne Covid). Pour les derniers chiffres connus au troisième trimestre 2021, l'épargne totale des ménages s'élevait à 6 000 Md€, avec 1 784 Md€ en assurance vie, 1159 Md€ en dépôts rémunérés (Livret A, etc.) et presque 2 099 Md€ en produits de fonds propres (actions cotées, etc.). Avec un rendement moyen de 1,7% pour les contrats d'assurance vie, une rémunération de 1% pour les livrets d'épargne et en moyenne 3,3% net de frais pour les produits de fonds propres, l'inflation prévue de 4,4% en 2022 produira aux Français une perte approchant 108 Md€. Fin 2023 la banque de France estime que la totalité de l'épargne Covid sera absorbée par l'inflation.

Il faut des mesures compensatoires pour aider les personnes à faible revenu. Le gouvernement prévoit la baisse de 15 centimes sur le carburant, la prise en charge d'une partie des factures de gaz et d'électricité, les chèques inflation… avec les mesures sectorielles spécifiques (agriculture, bâtiment, transport). Toutes ces mesures seront très coûteuses et avoisineront les 37 milliards d'euros en 2022.

2022 sera encore une année faste pour les milliardaires. Rien ne changera. L'Europe agira sur les modalités d'interprétation des critères de convergence. Elle empruntera, comme pour le plan de relance NextGenerationUE, pour aider à reconstruire l'Ukraine via des obligations à long terme. La BCE créera certainement un nouveau programme d'achat des dettes des États. La dette publique de la France augmentera et les milliardaires deviendront plus riches. D'après OXFAM : " la fortune des milliardaires a augmenté plus rapidement en 19 mois de pandémie qu’en plus de 10 ans. De mars 2020 à octobre 2021, les richesses des grandes fortunes françaises ont bondi de 86%, soit un gain de 236 milliards d’euros".

Pour équilibrer le budget 2023, Il manquerait plus de 100 Md€, faut-il se résigner à s'endetter davantage ? "Faut-il toujours prendre l'argent là où il se trouve : chez les pauvres ? Alphonse Allais.

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