A part…

Toujours seuls, à part... Tous victimes du nazisme, mais avec des destins différents…

Inconcevable pour certains qu’un nom d’un déporté puisse côtoyer celui d’un « malgré-nous » avaient dit ceux qui se sont opposés au « mur des noms »… Et comme toujours, chez les descendants, voire chez les rares survivants, les plaies sont réouvertes, encore et encore, pour la millième fois…

Le mur des noms dont il fut question en 2016 ne verra pas le jour a dit tout à l’heure, à la télévision régionale Madame  Frédérique Neau-Dufour, présidente du comité scientifique (voir le JT de ce jour à partir de 8’15). A Schirmeck, un nouveau bâtiment sera construit en contrebas du Mémorial existant. Elle a dit aussi et je cite : « Pour l’instant personne ne peut dire à quoi va ressembler cet espace mémoriel, mais chacun peut déjà se l’imaginer, avec une partie qui serait destinée aux individus avec des bornes numériques où ils seraient présentés par catégorie, parce qu’il est bien important de spécifier que leur destin étaient différents -on ne peut pas mettre dans la même borne des « malgré-nous », des juifs, des résistants, des déportés…"

Tous ces humains, ceux qu’on appelle des « malgré-nous », ces 130 000 Français incorporés de force dans une armée ennemi (crime de guerre – et pour info, seuls 2,1% des incorporés l’ont été volontairement). 40 000 d'entre eux sont morts ou ont disparu, à cause du nazisme, mais voilà…

on ne peut pas mettre dans la même borne des « malgré-nous » - des juifs, des résistants, des déportés !

L’incorporation de force des Alsaciens-Mosellans dans la Wehrmacht fut admise, notamment au procès de Nuremberg, comme un crime de guerre dont les vrais responsables, le Gauleiter Wagner, Himmler, Keitel… fusillé, suicidé, pendu ont expié. Mais voila,

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Ainsi quarante mille incorporés de force (sur les 130 000 Français, incorporés de force dans l’armée nazie) laissèrent leurs vies sur les champs de bataille de la Wehrmacht ou dans les camps de prisonniers du Gupvi soviétique, pour une cause qui n’était pas la leur. 20% du total des soldats français morts entre 1939 et 1945 sont d’origine alsacienne et mosellane, mais

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18 jeunes de Ballersdorf dans le Sundgau voulaient s’évader vers la Suisse. Dans le Sperrgebiet, ils tombèrent sur une patrouille allemande. Des coups de feu furent échangés : un allemand et trois jeunes furent tués. Les autres s’enfuirent et retournèrent dans leur village. Le lendemain la Gestapo en arrêta 13 qui furent amenés au camp du Struthof où ils furent exécutés. Oui mais… Ceux-là auront le droit ? Il y a peut-être des exceptions…

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Poids moyen des prisonniers rapatriés de Tambov, à l’automne 1945 : 42 kg

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Le dernier alsacien -incorporé de force dans l’armée nazie- prisonnier de guerre en URSS, est rentré le 15 avril 1955, presque 10 ans après la fin de la guerre… Mais

on ne peut pas mettre dans la même borne des « malgré-nous »  des juifs, des résistants, des déportés !

L’incorporation de force

A peine un an après l’introduction du RAD, le 25 août 1942, après le lamentable échec de l’appel au volontariat, fut promulgué le décret introduisant le service militaire obligatoire dans la Wehrmacht. Au plan juridique, on se servit de l’artifice consistant à octroyer la nationalité allemande aux Alsaciens et Mosellans incorporés dans la Wehrmacht ou les Waffen-SS… Ainsi qu’à leurs femmes et enfants. Aussitôt recensement et conseils de révision furent organisés. Le sentiment que nous avons alors éprouvé a été avant tout la consternation devant la passivité publique du gouvernement français et la confirmation du sentiment d’abandon de l’Alsace-Moselle par la France, face à cette nouvelle violation du droit international. Qu’attendait le Maréchal pour mettre le poids de sa personne et de son autorité morale dans la balance ? Qu’attendait-il pour passer en Afrique, pour appeler les Français à reprendre la lutte ou pour donner à la flotte française l’ordre de rejoindre des ports alliés ? On sait aujourd’hui que le gouvernement français a protesté contre l’incorporation de force mais seulement par des textes toujours demeurés secrets et que tout aussi systématiquement ces protestations sont toujours demeurées sans réponse de la part des Allemands. Comme l’a dit le président de la République, M. Albert Lebrun, le 25 juillet 1945, au cours du procès du Maréchal Pétain : « il eut fallu une protestation, mais violente à la face du monde, et que tout le monde la connût. On me dit qu’il y en a eu une. Elle est restée secrète ; c’est comme si elle n’avait pas été faite.  Général Jean-Paul Bailliard

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Abandonnés par leur gouvernement pendant la guerre, seuls et maltraités, abandonnés par leurs concitoyens après le procès de Bordeaux, ils se sont réunis à Strasbourg, par milliers, en silence. En Alsace, ce jugement est ressenti comme une injustice. Le drame des Malgré-Nous n’a pas été compris. La population, consternée, prend le deuil. Une journée morte est déclarée en Alsace où les cloches sonnent le glas. Les drapeaux sont mis en berne, les livrets militaires brûlés, les décorations militaires renvoyées. Le monument aux morts de la Place de la République à Strasbourg est couvert de crêpe noire.

On nous le répète encore aujourd’hui, on ne peut pas mettre dans la même borne des « malgré-nous » des juifs, des résistants, des déportés !

Pendant plusieurs années après la guerre, le ministère des anciens combattants a délivré des certificats de déportation militaire et des cartes de « Déporté militaire » aux Français, incorporés de force dans l’armée allemande. Et puis sous la pression des associations, le gouvernement a décidé que non, on ne peut plus continuer sans doute parce qu’

on ne peut pas mettre dans la même borne des « malgré-nous » des juifs, des résistants, des déportés !

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