« Les grandes personnes aiment les chiffres. Quand vous leur parlez d'un nouvel ami, elles ne vous questionnent jamais sur l'essentiel. Elles ne vous disent jamais : « Quel est le son de sa voix ? Quels sont les jeux qu'il préfère ? Est-ce qu'il collectionne les papillons ? » Elles vous demandent : « Quel âge a-t-il ? Combien a-t-il de frères ? Combien pèse-t-il ? Combien gagne son père ? » Alors seulement elles croient le connaître. Si vous dites aux grandes personnes : « J'ai vu une belle maison en briques roses, avec des géraniums aux fenêtres et des colombes sur le toit... » Elles ne parviennent pas à s'imaginer cette maison. Il faut leur dire : « J'ai vu une maison de cent mille francs." Alors elles s'écrient : « Comme c'est joli ! »
Ainsi, si vous leur dites : « La preuve que le petit prince a existé c'est qu'il était ravissant, qu'il riait, et qu'il voulait un mouton. Quand on veut un mouton, c'est la preuve qu'on existe », elles hausseront les épaules et vous traiteront d'enfant ! Mais si vous leur dites : « La planète d'où il venait est l'astéroïde B 612 », alors elles seront convaincues, et elles vous laisseront tranquille avec leurs questions. Elles sont comme ça. Il ne faut pas leur en vouloir. Les enfants doivent être très indulgents envers les grandes personnes.
Mais, bien sûr, nous qui comprenons la vie, nous nous moquons bien des numéros ! J'aurais aimé commencer cette histoire à la façon des contes de fées. J'aurais aimé dire :
« Il était une fois un petit prince qui habitait une planète à peine plus grande que lui, et qui avait besoin d'un ami... » Pour ceux qui comprennent la vie, ça aurait eu l'air beaucoup plus vrai. » Antoine de St Exupéry
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Sur ma planète à moi
Il y a une rose.
Enfin pour le moment
Juste un bouton de rose.
Comme le printemps vient et va
Il n’arrive pas à s’ouvrir…
Dès qu’il fait beau, il s’ouvre un peu
Et le lendemain quand il fait froid
Ou quand il pleut,
Il se referme.
C’est comme ça.
Il se protège
Il fait ce qu’il peut.
Mon rosier n’est pas grand
C’est un Nino Ferrer
C’est son nom.
Je l’avais acheté l’an dernier
Parce que je l’avais trouvé beau
Et qu’il m’a fait signe à la jardinerie
Ne me laisse pas
Emmène-moi…
Il était tout fleuri.
Ses fleurs étaient magnifiques
Mais ça n’a pas duré longtemps.
C’était la fin du printemps.
J’ai coupé les fleurs
Pour en faire venir des nouvelles.
Mais il avait déjà tant donné.
Alors je l’ai taillé.
Et voilà, cette année
Il a déjà trois boutons.
Deux petits
Et un plus gros.
Les moineaux passent à côté, dessous.
La tourterelle se met à son pied
Pour picorer les graines de tournesol
Que j’ai mis là
Parce que je sais
Qu’elle va les casser
Sur le rebord du pot en terre…
Je sais je sais
Tout ça c’est un peu risqué
Même si chez moi
Il n’y a pas de mouton,
Je sais que ma rose
Est en danger…
Comme le sont tous les Petits Princes
En Palestine…
Ils sont déjà si nombreux
Qui ne verront jamais
Fleurir les roses,
Cette année…
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« Les grandes personnes aiment les chiffres. » Antoine de ST Exupéry
« A Gaza des milliers de Palestiniens ont disparu »
Et
« 392 corps exhumés de trois fosses communes : enquête sur les morts de l’hôpital Nasser à Gaza »
Mi-avril, des fosses communes ont été découvertes dans l’enceinte de l’hôpital Nasser, à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, après le retrait des troupes israéliennes qui l’avaient attaqué en février et occupaient la ville. Mediapart a retracé le fil des événements"