Lire ce texte, ce témoignage fort de Rami Abou Jamous, journaliste palestinien, fondateur de GazaPress, un bureau qui fournissait aide et traduction aux journalistes occidentaux, qui a dû quitter en octobre 2023 son appartement de Gaza-ville avec sa femme Sabah, les enfants de celle-ci, et leur fils Walid, trois ans, sous la menace de l’armée israélienne.
Rami Abou Jamous tient son journal sur Orient XXI. Lire son texte.
Extrait du MARDI 13 MAI
« On me dit : Rami, pourquoi tu restes ? Tu vois bien que c’est de pis en pis à Gaza. La seule issue, c’est la mort, sous les bombes ou par la famine. Tu peux aider ta patrie et la cause palestinienne depuis l’étranger. Rester en vie, c’est bon pour la Palestine. » Rami
Je comprends ces arguments et je les respecte. Et je sais que la majorité des gens me demande de partir parce qu’ils m’aiment et qu’ils ont peur de me perdre. Ils veulent une meilleure vie pour ma famille et moi. C’est vrai que je considère la France, où j’ai vécu entre 1997 et 1999, comme mon deuxième pays. C’est en France que j’ai eu dix-huit ans. C’était une belle période de ma vie, et j’ai beaucoup appris. Non seulement la langue, mais également beaucoup de valeurs : la liberté, l’égalité et la fraternité. C’est en France que j’ai rencontré le monde entier, pas seulement des Français, et cela m’a enrichi. Il y avait un grand échange culturel à la cité universitaire, où j’ai côtoyé des étudiants de tous les pays. J’ai également appris à aimer le chocolat et les fromages. Le sentiment d’appartenance à un pays, au final, n’est pas forcément lié à nos origines, et on peut se sentir français aussi bien que palestinien.
Pendant longtemps, j’ai rêvé du retour
J’ai hésité à écrire ces mots. Mais je veux expliquer à mes amis pourquoi j’ai fait ce choix. Ce n’est pas un suicide. Je ne veux pas mourir, et je ne veux pas que ma famille meure. Je suis opposé à la résistance armée, même si c’est notre droit, comme pour tous les peuples sous occupation, et même si les Israéliens ont changé les normes, qu’ils qualifient la résistance de terrorisme, et que les éléments de langage du plus fort sont repris dans le monde entier. Mais pour moi, ma façon de résister, c’est de rester en Palestine. (…)
Moi non plus, je ne veux pas perdre ma famille. Je ne juge personne. Moi aussi, je veux que ma famille ait une bonne vie, une belle vie. Mais c’est ma façon de résister. Si nous faisons partie des survivants de ce génocide, j’ai envie que Walid, Ramzi et Sabah soient fiers de moi. J’espère qu’elle continuera à approuver cette décision, et qu’un jour, les enfants comprendront pourquoi leur papa a fait ce choix : pour qu’une petite plume de Gaza, une petite voix de Gaza, puisse faire quelque chose pour la Palestine.
Un jour, quand tout s’arrêtera, j’espère que je pourrai emmener ma famille en France — Sabah, Ramzi, Walid et les enfants de Sabah, que je considère comme mes propres enfants. J’espère que nous pourrons changer un peu d’air, que nous retrouverons tous nos amis qui espèrent nous voir sains et saufs, que je retrouverai mon deuxième pays, la France. Et qu’on tournera la page de ce génocide.
Ne m’en voulez pas si nous perdons la vie, si un jour nous figurons parmi les victimes de ce génocide, si nous partons reposer en paix. Je ne veux pas que mes amis, qui sont très chers pour moi, m’en veuillent d’avoir décidé de rester à Gaza. C’est une décision difficile, de vie ou de mort. Mais, parfois, la dignité vaut beaucoup plus que la vie. J’espère que tout le monde me comprendra, que nous survivions ou non. Mais j’espère que nous allons tous nous retrouver, tourner cette page et en ouvrir une nouvelle ; une page de joie, de courage et surtout de dignité. » Rami Abou Jamous, journaliste palestinien à Gaza
Si ceux qui ont peur de dire les mots justes, ceux qui sont de l'action, pouvaient lire ce texte et tous les autres... Pour enfin mettre fin cette extermination des Palestiniens et par voie de conséquence de notre humanité...
Aujourd'hui sur mon blog, l'espoir s'appelle Rami Abou Jamous
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