« En quoi les relations humaines actuelles sont-elles insatisfaisantes, voire quelquefois scandaleuses ?
D’abord parce que nous n’avons pas la paix.
Nous n’avons pas réussi à faire disparaître de la surface de la terre cette façon particulièrement affreuse de se comporter entre humains qui est la guerre.
Ma génération avait pensé qu’après la deuxième guerre mondiale la paix serait instaurée et qu’elle ne disparaîtrait plus de la surface de la terre.
Il faut bien reconnaître que malgré les Institutions sur lesquelles je reviendrai dans un moment, qui ont été élaborées par la Communauté internationale au milieu du siècle, la paix n’est pas obtenue. Je dirais même que le nombre des victimes d’affrontements armés n’a pas diminué. Il n’a peut-être pas augmenté. Nous avons connu des horreurs dont quelques-uns d’entre nous ont été victimes –j’ai perdu moi-même beaucoup, beaucoup d’amis dans ce qui s’est passé au cours de la deuxième guerre mondiale et dans les camps de concentration en Allemagne mais enfin, le nombre des victimes reste extraordinairement élevé. Nous en sommes témoins, grâce d’ailleurs à l’effort remarquable fait par les journalistes qui, avec un courage auquel je rends hommage, nous renseignent sur les victimes et aux Organisations non gouvernementale comme Médecins sans Frontières qui nous renseignent en intervenant efficacement sur le nombre considérable des victimes.
Deuxième considération attristante, l’inégalité entre les conditions de vie des habitants de la planète
, l’inégalité que devaient combattre les organisations mondiales et régionales établies depuis 50 ans, cette inégalité n’a pas diminué et des chiffres alarmants soulignent au contraire l’écart croissant entre ceux qui ont du bien et ceux qui n’en ont pas. Des chiffres comme le nombre de ceux qui vivent avec moins de deux dollars par jour et ceux qui vivent avec moins d’un dollar par jour nous fait apparaître que sur les six milliards que nous sommes, il y en a au moins quatre et probablement plus près de cinq qui sont dans une situation sans commune mesure avec ce que nous aurions souhaité voir accompli au cours des cinquante dernières années.
Le troisième point, la démocratie. C’est un mot qu’il faut prendre avec certaines précautions.
J’aime mieux le remplacer par un mot plus simple mais à mon avis plus juste : l’Etat de droit.
L’Etat de droit reste l’apanage d’une minorité des 189 Etats souverains membres des Nations Unies.
Les droits inscrits dans les textes fondateurs de ce dernier demi-siècle, la Déclaration Universelle des Droits de l’homme, les Pactes sur les Droits de l’homme, la Convention sur le Droit de l’humanité, tous ces textes qui inscrivent ou qui proclament des droits ne sont pas protégés efficacement.
Donc pas de paix, pas de véritable égalité croissante des revenus, pas de véritable démocratie et enfin et c’est le quatrième point, notre planète hors de laquelle on n’envisage pas d’habitacle pour notre espèce.
Donc c’est bien ici, c’est bien sur cette petite planète qu’il faut que nous envisagions notre avenir or elle est fragilisée.
Elle est fragilisée à la suite de ce que j’appellerais une hubris étonnante, liée à une des composantes de notre nature humaine que j’appellerai l’avidité. Le vouloir plus, le vouloir encore plus, le poursuivre à chaque instant, la quête de nouvelles satisfactions, de nouvelles consommations, de nouvelles voitures automobiles (dont nous avons tous besoin mais dont il ne faut pas abuser) pour ne citer que ceux-là. Nous avons pollué l’atmosphère, nous avons rendu la terre à bien des égards, moins facile à cultiver, moins facile à exploiter au bénéfice de l’homme. Nous n’avons pas réussi ce contact avec la nature qui aurait fait de nous ce que nous devrions être : des jardiniers de la terre, c’est à dire des générations soucieuses de léguer aux générations suivantes une terre plus habitable, plus belle, plus riche. » Stéphane Hessel, 7 octobre 2000, lors d’une conférence
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Si vous saviez ce que notre pays laisse faire en Palestine et ce qu’a dit le président français hier… « Il n’y a pas de consensus aujourd’hui pour envoyer de manière officielle, assumée et endossée des troupes au sol. Mais en dynamique, rien ne doit être exclu. Nous ferons tout ce qu’il faut pour que la Russie ne puisse pas gagner cette guerre »
Et je ne vous parle même pas des saillies militaristes indignes de la tête de liste PS aux européennes…