gac.roberto
Écrivain franco-chilien
Abonné·e de Mediapart

21 Billets

0 Édition

Billet de blog 13 août 2021

gac.roberto
Écrivain franco-chilien
Abonné·e de Mediapart

Le sexe de la taille d'un chou-fleur

Montaigne disait que philosopher c’est apprendre à mourir. Peut-être que la seule séquelle positive du Covid qui sème notre planète de cadavres, sera celle de rendre l'être humain plus sage, plus philosophe, moins brutal. Le conte que j’offre ici au lecteur, voudrait s'inscrire un peu dans ce sens…

gac.roberto
Écrivain franco-chilien
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1
Egon Schiele- Femme nue allongée-1914

LE  SEXE DE LA TAILLE D’UN CHOU- FLEUR

Plus d’une semaine s’était écoulée depuis qu’elle lui avait avoué sa trahison, face à l’océan, en ces derniers jours d’automne sur la plage de Las Cruces. Sa pensée, implacable et circulaire, y revenait sans arrêt.

Épuisé par des nuits d'insomnie, il se laissa tomber dans un fauteuil en bois, démultiplié de façon monotone dans l’amphithéâtre glacial de la faculté. En sortant son cahier de cours pour noter les paroles du professeur, il se rappelait automatiquement, sans pouvoir l’éviter, les médisances de ses camarades : " ... Elle a couché avec celui-ci et avec celui-là et encore avec d’autres, avec presque tous les membres du jury... " Ces mots avaient été si pénibles à entendre, qu’il avait eu la sensation que tout son être se décomposait.

            Hébété, il alluma une cigarette pour soulager sa sensation de malaise, puis il dévissa son stylo à encre violette. Loin, en bas de l’amphithéâtre, le professeur semblait égaré dans l’infini d’un enfer peuplé de cadavres. Ses paroles lui parvenaient avec fracas, arrivant par flots à ses oreilles, inondant son cerveau accablé, électrifiant ses nerfs tendus par la fatigue, atteignant péniblement les muscles de son bras droit. Il écrivait. Ce matin, il n’était que cela : un étudiant anonyme, élève de la faculté de Droit, inscrit au cours facultatif de Médecine Légale.

            " À partir du moment où un être humain meurt, jusqu’à celui où il n’est plus qu’un squelette, quatre ans s’écoulent. Pendant cette période, les substances molles de l’organisme subissent une suite ordonnée de transformations naturelles. Lorsqu’on enlève le cadavre de son lit pour le déposer dans le cercueil, le Premier Escadron de la Mort, formé de mouches communes -celles-là mêmes qui virevoltent derrière les vitres des fenêtres- a eu le temps de déposer des œufs microscopiques dans la bouche, les yeux, les narines du défunt. La température tombe d’un degré chaque heure, jusqu’à atteindre la température ambiante. Les muscles se rigidifient progressivement, de la tête jusqu’aux pieds. Apparaît alors le fameux sourire du cadavre frais, lequel ne reflète pas une vision angélicale de l’Au-delà, mais le rétrécissement des muscles labiaux. Entre-temps, le sang se décante, suivant la force gravitationnelle de la Terre... "

            Au fond de sa mémoire, le souvenir s'accrochait hurlant insupportablement comme une bête à moitié égorgée. Ce matin, il était aussi cela : une douleur d’animal à moitié détruit.

            Il la revit à nouveau à Las Cruces, son corps superbe face à la brise marine. Oui, c’était vrai : elle avait couché avec celui-ci et avec celui-là et encore avec cet autre. Comment le savait-il ? Qui le lui avait raconté ?  De toute façon, elle ne l’avait pas fait par amour.  Elle n’aimait que lui. Mais, être élue Reine de Beauté, couronnée comme la plus belle étudiante de l’Université, entraînait des obligations, des risques, des compromis parfois fâcheux. Et puis, ces garçons qui la harcelaient et qui sollicitaient le privilège de caresser sa peau, l’aimaient, eux aussi. N’avaient-ils pas lutté, fait campagne et voté pour elle ? Comment leur refuser un instant de plaisir, la jouissance purement occasionnelle de sa beauté ? Il fallait être souple, tolérante.

            " ...Le deuxième jour, les muscles se relâchent dans le même ordre qu’ils avaient suivi en se rigidifiant. Le visage du défunt prend d’abord un aspect placide, tranquille, ensuite peiné, triste, déprimé. La peau devient très pâle et une tache de belle couleur émeraude apparaît en dessous et à gauche du nombril : c’est le signal que le processus de putréfaction a commencé. À l’intérieur des intestins les bactéries de la flore digestive s’exacerbent et attaquent férocement les cellules du lumen, les détruisant et libérant de fortes quantités de gaz. Tous les tissus se ramollissent. Le sang stagne dans les grands vases de l’abdomen, où éclatent des milliards de globules rouges. L’hémoglobine libérée, en s’unissant au soufre des gaz, prendra la couleur verte qui s’étalera au début sur le ventre, puis sur la surface du corps entier… "

            Ils marchaient sur la plage, se tenant la main comme si rien de grave ne s’était passé entre eux. Il frôla des lèvres ses épaules satinées, les couvrant de larmes qu’il voulut attribuer aux rafales de vent. Il l’enveloppa dans ses bras, sentit ses seins fermes se presser voluptueusement contre sa poitrine, puis il abandonna sa bouche à sa bouche, qui le cherchait avec urgence. Soudain, elle échappa à ses caresses et, comme une petite fille, elle courut derrière les mouettes. Il la suivit lentement, marchant sur les cicatrices du sable déroulé entre les algues, balayant du regard le bleu intense de la baie. Ses yeux s’arrêtèrent sur elle, sur sa silhouette qui se découpait, svelte et vibrante, dans la lumière du crépuscule. La brise reprit toute sa force, fouettant une fois de plus sa mémoire, enflammée comme une blessure : " Ne t’en fais pas, lui avaient-ils dit, elle ne vaut rien. Ce qui t’arrive aujourd’hui, c’est arrivé à beaucoup d’autres dans le passé. Les femmes trop belles sont comme ça... " Quelque chose le brûla au bas du ventre, il sentit son sexe brusquement durci comme un os. Alors, il courut après elle jusqu’à la faire tomber, joueuse, derrière les dunes rougies par le soleil agonisant…

            " Les premiers oeufs éclosent et les larves sortent pour dévorer la peau, les ongles et les cheveux, déjà décollés. Le gaz s’infiltre dans les couches sous-cutanées et le cadavre prend un aspect négroïde : la face s’élargit, les lèvres deviennent épaisses, protubérants, et les paupières, boursoufflées. L’abdomen se dilate, le sexe atteint la taille d’un chou-fleur. Les intestins dilatés compriment les bronches et la vessie, expulsant le mucus, les restes décomposés et ce qu’il reste encore d’urine. Peu après, le Second Escadron de la Mort, composé des Calliphoras, grosses mouches au ventre arrondi, de couleur bleu-électrique, aux rayures noires, fait son apparition. Avec leur trompe, elles absorbent les humeurs de la chair putréfiée et déposent leurs propres œufs, d’où vont sortir les vers qui s’alimenteront voracement des jus cellulaires. Ensuite, arrivera le bataillon des Lucillas… "

            Ils firent l’amour avec violence. Elle le serra entre ses cuisses, essayant de dominer son va-et-vient effréné. Le vent emporta ses cris de plaisir, tandis que lui sanglotait, prisonnier du souvenir de la trahison, lové comme un aspic dans les plis de son cerveau : "Elle est trop sensuelle, trop charnelle, lui avaient-ils dit, envieux. Une femme aussi voluptueuse est impossible à garder. N’importe quel homme qui la verra, voudra te la prendre. Il te la disputera comme celui qui se bat pour conquérir un trésor fait de la matière la plus précieuse : la chair humaine. "

            Et c’était vrai, car renversée sur le sable tiède, elle ressemblait à une déesse en chair et en os qui lui offrait son sexe comme un cadeau divin. Elle fit onduler son corps, sa beauté vibra dans l’air à la façon d’un fouet de lumière qui le cingla -au-delà du désir- dans le labyrinthe sans fin de sa conscience. Ce fut un crépuscule débordant de luxure : elle lui était tout, l’intégrité de l’espace suspendu, la totalité du temps en mouvement, la constance perpétuelle de la vie...

            " ... À la fin du premier mois, les gaz commencent à s’échapper par les crevasses de la peau. Les cellules fabriquent une huile vert olive qui s’écoule goutte à goutte des viscères et des muscles. L’abdomen se dégonfle comme un ballon percé et la paroi antérieure touche la colonne vertébrale. Les cartilages se défont et, avec eux, les côtes se délient. Le thorax s’effondre et s’affaisse comme une citrouille ramollie. Le sternum, libéré de ses liens, flotte dans l’huile. Les parties molles du visage, en premier les lèvres et les joues, fondent jusqu’à disparaître. Les extrémités et le tronc rétrécissent. Le corps perd sa stature d’adulte. Le foie, les poumons, et le cerveau se transforment en maigres lambeaux. Le sexe diminue... "

            La nuit était tombée lorsqu’ils revinrent au chalet, situé en haut d’un promontoire, à la sortie de la station balnéaire. Tenaillés par la faim, ils entrèrent à pas rapides, sans se parler. Il alluma le feu dans la spacieuse cheminée du salon, puis prépara dans un shaker un double pisco-sour qu'il versa dans des flutes en cristal, tandis que dans la cuisine elle dressait la viande à rôtir sur les braises. Elle revint avec un plateau dans les mains, exhibant sa nudité magnifique et obscène, hissée sur des sandales à hauts talons. Il lui sembla qu’il la voyait pour la première fois, comme s’il n’avait pas  déjà parcouru mille fois avec le regard chacune de ses formes : la longue chevelure rousse contrastant avec la peau douce et délicate, étincelante de blancheur ; les yeux splendides à l’iris bleu-gris et aux longs cils de poupée ; le nez fin, court et droit ; la bouche aux lèvres pulpeuses, entrouvertes dans une mimique puérile, presque insolente, sur des petites dents nacrées; les seins hauts, à la fois lourds et dressés comme si deux mains invisibles les avaient soutenus ; la taille invraisemblablement étroite ; les hanches opulentes, généreuses ; les jambes longues et galbées, aux cuisses puissantes, contrastant avec la grâce des mollets et la fragilité enfantine de ses chevilles et de ses pieds. 

Il ne put se retenir, il avança jusqu’à elle et caressa la touffe dense, chaude et moite qui ornait son sexe, aromatique comme un fruit de mer encore frétillant.

            " Vers le sixième mois, la graisse du cadavre se transforme en paillettes de magnésium qui attirent le Quatrième Escadron de la Mort, les Dermestes, coléoptères au corps noir et lustré, aux élytres rosées, avec de grandes et fortes mandibules. Ils mangent avec un appétit insatiable des couches entières de magnésium, jusqu’au moment où apparaissent leurs ennemis implacables : les Coryétiens du Cinquième Escadron, coléoptères à la carapace rougeâtre qui viendront engloutir tout ce qui a été laissé par leurs prédécesseurs. À la fin de l’année, la musculature n’est plus qu’une strate sèche, aréolaire. À l’intérieur du crâne, du thorax, de l’abdomen, les organes semblent faits d’une pâte noire, goudronnée... "

            Elle le repoussa avec douceur et prit son apéritif en lui rappelant qu’elle avait faim et qu’elle préférait dîner avant de faire à nouveau l’amour. Et, pendant qu’il disposait le T-bone steak sur le grill, elle s’allongea sur le tapis en laine pour regarder le feu et fumer une cigarette de marihuana, la partageant avec lui. Il ne devait pas souffrir, lui dit-elle. Certes, elle avait quelquefois couché avec d’autres hommes, mais, quelle importance? Il pouvait disposer de son corps quand il en avait envie. Pourquoi ne pas accepter les lois de la Nature ? Elle aimait les hommes et il devait l’accepter. Les jeunes étudiants, bien sûr, mais surtout, pour être sincère avec lui, elle aimait de préférence les hommes mûrs. Et lui, il n’avait que vingt ans ! Il était vigoureux, oui, vigoureux comme un étalon, puisqu’il pouvait la posséder plusieurs fois de suite. Mais elle, elle aimait la lenteur, la douceur, la durée avec une pointe de perversité dans l’accomplissement de l’Acte. Qualités qu’il ne pourrait atteindre qu’avec le temps et l’expérience. De toute façon, elle était prête à le laisser faire ce qu’il voudrait… Une flamme jaillit de la viande, les gouttes de graisse chaude avaient excité les braises. Il éteignit la flamme d’une tape de sa main et retourna le T-bone steak pour le dorer de l’autre côté.

            " ... Le squelette apparaît sous la substance caséeuse. Les esters se transforment en ammoniaque et attirent par l’odeur le Sixième Escadron de la Mort : les Nécrophores, mouches multicolores, à la tête phosphorescente. Elles pondent leurs œufs sur le dos des vers de terre, lesquels transporteront les larves nouvelle-nées jusqu’au fond de la tombe. Pendant un an ils seront les habitants exclusifs du cadavre qui, peu à peu, se réduira en un tas de morceaux de matière brune, collée aux os, encore intacts... "

            Il ne voulut pas manger, il n'avait plus faim, affirma-t-il. Il se contenta de l’observer, élastique comme une panthère, tenant la viande entre ses doigts et la portant avec avidité à sa bouche. Le jus sanguinolent dégoulinait de ses lèvres, glissant du menton jusqu’à la blancheur de son cou, puis séchant au milieu de ses seins. Il s’agenouilla devant sa croupe et, pendant qu’elle rongeait le T-bone, il fit ce qu’il n’avait jamais osé faire : il lécha doucement la fente de ses fesses, le puits noir de son anus, la vulve brûlante et trempée des sucs de son sexe ouvert. Surprise, elle gémit, essayant de se défaire d’une bouche qui commençait à la mordiller et, prétendant avoir soif, elle demanda qu’il lui servît une coupe de vin… Cette nuit-là, alors que se confondaient les gémissements du vent avec le fracas des vagues et le crépitement du feu, cette nuit-là, pleine de sensations telluriques, il était, plus que jamais, son servant, son esclave, son chien : il le lui dit dans un murmure et se leva pour aller chercher dans la cuisine une bouteille de vin rouge.

            "Elle est trop provocante", l'avait prévenu, grossier et autoritaire, son propre père, le Général. " Tout le monde veut la monter. Tu ne pourras pas faire d’elle une bonne épouse. Elle te trompera tôt ou tard". À partir de ce moment, le doute et la crainte l’avaient envahi, imprégnant chacune de ses cellules : oui, sa beauté était une menace, un serpent qui paralysait son âme, immobile et fascinée, prête à se laisser dévorer.

            " Arrive alors le Septième Escadron de la Mort, constitué de myriades d’Acariens Nécrophiles, insectes extrêmement laids, petits et ronds, pourvus de dents effilées. Infatigables, ils vont manger de manière continue pendant douze mois, broyant les résidus des tissus mous. A partir de ce moment, le cadavre est une momie... La quatrième année commence : les coléoptères du Huitième Escadron, les Anthrènes, font leur entrée. Ce sont les mêmes scarabées invisibles qui rongent les parchemins, les livres oubliés dans les bibliothèques et qui, à l’aide de leurs mandibules en forme de scie, réduiront en poussière la totalité des restes... "

            Il revint au salon. Il l’aimait. Ou il la haïssait. Cela n'avait pas d'importance. Ce qui comptait, c’était son corps, cette sculpture de chair blanche et douce, endormie sur le tapis, face au feu encore intense. Il déboucha la bouteille, emplit une grande coupe avec le vin noir, et s’agenouilla pour la lui tendre. Elle, entre-ouvrant les paupières, avala le contenu d’un seul coup. Puis, se mettant sur le dos, elle ouvrit ses cuisses et lui abandonna son sexe.

            Pendant quelques secondes, il tenta de résister à sa beauté, désirant la capturer et la conserver comme une image divine, prisonnière de son esprit. Perdue dans l’ivresse du vin, de l’herbe et du désir, elle recommença à gémir, réclamant ses caresses. Vaincu, il lâcha toute résistance et se jeta sur elle. Il la couvrit de baisers avec cette insistance qu’elle détestait, mais qu’il était incapable de dominer. Elle essaya de l’apaiser, le suppliant de la pénétrer lentement, de lui laisser la possibilité de chercher, d’atteindre le sommet le plus haut de son plaisir. Lui, il pensait à ses camarades, à chacun de ces hommes qui l’avaient possédée comme elle aimait : avec une lenteur perverse. Son sperme s’accumula à la racine du sexe, prêt à déferler comme une vague sans que rien ne puisse l’endiguer. Alors, répondant à un instinct atavique, plus puissant que toute la force de sa conscience, il saisit le cou de son aimée entre ses mains et, à mesure que sa semence s’écoulait en saccades incoercibles, il essaya, dans une vaine tentative, de retenir son jet pour lui donner à elle le temps d’atteindre son orgasme et de s’évanouir dans sa jouissance. Il sentit ses convulsions, ses plaintes, ses protestations suffoquées, mais surtout, il sentit le velours de ses muqueuses ruisselantes, la cavité ardente de son vagin brusquement resserré, embrassant sa verge dans un spasme rebelle, quasi douloureux. Il termina au galop comme s’il chevauchait une jument pur-sang, un animal ailé mais en même temps statique, immobile, déjà sans vie...

            " ... Et lorsque de tout l’organisme primitif il ne reste plus que la structure blanchâtre des os, couverts de sciures momifiées, de larves desséchées, arrivent les Ténébrions -l’Escadron de Nettoyage de la Mort- pour moudre avec leurs pattes et leurs dents, l’ultime poussière du squelette... "

            Le professeur terminait sa leçon, il dictait ses dernières phrases. Lui, il continuait à s’accrocher aux images qui hantaient sa mémoire nuit et jour... Après avoir baisé doucement ses lèvres et son front, il la recouvra tendrement d’une couverture et la laissa tout près du feu, maintenant moribond. Il fuma cigarette sur cigarette, attendant l’aube, puis sortit pour marcher sur la plage. Défiant la lumière du matin et l’atmosphère saline, la douleur était toujours là, ancrée au fond de son âme. Alors, il voulut noyer sa souffrance dans l’effort physique et il se mit à courir sur le sable, sautant par dessus les pics des rochers. Exténué, il se laissa prendre par les vagues, cherchant à ensevelir son chagrin dans le mouvement glacial des eaux. Pendant un instant, à la fois éternel et éphémère, le souvenir s’effaça. Instinctivement, son corps lutta contre les vagues et, saisissant les rames d’une barque providentielle, il se libéra des tentacules qui l'entrainaient vers le fond de l’océan. Quelqu’un, peut-être un pêcheur, le secourut et le déposa sur la plage... Là, il s’appuya sur un roc recouvert de mollusques, d’antiques humidités, et attendit, stupéfait, vidé de tout sentiment, que le jour se déroulât jusqu’à sa fin.

            La nuit venue, après avoir soigneusement fermé les portes et les fenêtres, il abandonna le chalet et retourna à Santiago.

            " Quelqu’un désire-t-il poser une question ? Est-ce que tout est clair ? Avez-vous tout compris? ", demanda le professeur de médecine légale, en regardant son superbe chronomètre en or.

             " Je ne comprends rien. Rien à rien. Ni à la vie, ni à la mort, ni à l’amour ", dit-il à voix haute depuis son fauteuil, comme un somnambule. Ses camarades éclatèrent de rire. Le professeur, livide de colère, précisa la question :

            " Quelqu’un a-t-il une question scientifique à poser ? "

            " Moi! insista-t-il. Dans quel état se trouve le sexe dans la deuxième semaine de vie du cadavre ? "

            " Je crois l’avoir dit clairement, répondit le professeur, outragé, tout en faisant un geste pour contenir les nouveaux rires. Le sexe atteint la taille d’un chou-fleur... "

            Alors lui, se mettant debout et regardant avec des yeux fous ses camarades, il s’exclama : " Vous vérifierez si ce que dit ce Docteur est vrai! La reine de beauté de notre université vous attend à Las Cruces. Que ceux d’entre vous qui ont eu le plaisir de la posséder puissent comparer, déduire, conclure et condamner ! Je vous présente mes excuses, car je ne pourrai pas vous accompagner... " Et sortant de son cartable un pistolet, il porta le canon à sa bouche et déchargea un coup de feu à la base de son cerveau, là où se nichait, immobile et vif, son souvenir.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte