Quand les dirigeants européens cautionnaient la participation de l’extrême-droite

Voilà maintenant une petite dizaine de jours qu'Alexis Tsipras a annoncé la tenue d'un référendum en Grèce, afin de savoir si le peuple souhaite accepter les exigences des créanciers.

Voilà maintenant une petite dizaine de jours qu'Alexis Tsipras a annoncé la tenue d'un référendum en Grèce, afin de savoir si le peuple souhaite accepter les exigences des créanciers.
Face à cette initiative démocratique la levée de bouclier des dirigeants européens unanimes, relayés par les grands médias au garde à vous ne s'est pas fait attendre. Irresponsabilité, manipulation, certains allant jusqu'à qualifier le choix du référendum de coup d'Etat, sans oublier Jean Marie Colombani qui a comparé le gouvernement Syriza au régime des colonels... (Manolis Glezos député européen de Syriza célèbre pour avoir en 1940 décroché le drapeau nazi de l'acropole et qui fut emprisonné sous la dictature des colonels appréciera !)
Mais depuis quelques jours à la critique quasi unanime (certains journalistes continuent de faire un travail remarquable dans des rédactions parfois hostiles) à l'invective et à l'insulte s'ajoutent les mensonges les plus éhontés.

Depuis quelques semaines déjà Jean Quatremer qualifiait le gouvernement Tsipras de Rouge-brun, mais il restait relativement isolé sur des positions aussi caricaturales. Mais depuis avant hier il fait des émules. Ainsi on apprend dans une chronique de Dominique Seux sur France Inter que le gouvernement Syriza comprendrait un ministre Neo-Nazi. Si Syriza a dû passer un accord avec le parti de droite Anel (grecs indépendants) il ne s'agit en aucun cas d'un parti d'extrême droite ou neo-nazi! (Sur ce parti lire ici : http://www.bastamag.net/Syriza-Tsipras-Grece-Austerite). Même tonalité sous la plume de Bernard Henri Levy qui accuse Syriza d'alliance avec Aube Dorée, puisque Aube Dorée comme Syriza va voter non au référendum. Selon cette logique BHL serait l'allié des staliniens du KKE puisque comme lui ils souhaitent la chute de Syriza, ou Jean Quatremer serait l'allié d'Aube Dorée puisque comme eux il approuva la fermeture de ERT la radio télévision publique grecque.

Mais restons sérieux ! Car si comme tout le monde le sait Syriza n'a passé aucune alliance avec l'extrême droite, tous les gouvernements austéritaires après celui de Papandreou ont reçu d'une façon ou d'une autre la contribution de courant de l'extrême droite.
Nous ne reviendrons pas ici sur l'ignoble politique d'immigration (soutenue par l'UE) dont nos trois antifascistes d'opérette ne semblent guère s'émouvoir. Nous ne reviendrons pas plus sur la répression violente des manifs anti austérité assurée main dans la main par la police (par ailleurs très largement infiltrée par l'extrême droite) et Aube Dorée. Nous ne reviendrons pas non plus sur toutes les attaques contre des immigrés, des syndicalistes, des militants de gauche par les fascistes avec le silence bienveillant des différents gouvernements grecs jusqu'à l'assassinat des Pavlos Fyssas et la réaction du peuple grec qui y mît un terme (que l'on espère durable, le procès des membres d'Aube Dorée se déroule en ce moment). Pour approfondir : Dimitris Psarras « Aube Dorée : livre noir du parti nazi grec ».
Si nous ne revenons pas sur toutes ces choses très graves c'est que la contribution de l'extrême droite aux gouvernements grecs successifs jusqu'à Syriza fut encore plus directe.

Dès Novembre 2011 le gouvernement Papadimos est formé. Il est composé du PASOK, de Nouvelle démocratie et du LAOS. Ce dernier est un parti d’extrême droite (sorte de Front National local) aujourd'hui totalement discrédité dans population grecque mais qui à l'époque recueillait régulièrement entre 8 et 10% des suffrages.

Imposé par les institutions européennes (suite à l'initiative de Papandreou qui voulait déjà faire passer le deuxième memorandum par la voie référendaire), le gouvernement Papadimos non élu et dit technique comprenait un ministre des transports Makis Voridis. Ce membre du LAOS au CV peu recommandable fut secrétaire de la jeunesse de EPEN parti crée par Yorgos Papadopoulos le chef de la junte alors en prison. Il a ensuite crée le Front National Grec dont il fut le président, qui par la suite s'est fondu dans le LAOS duquel il a été dirigeant jusqu'en 2012. Il rejoint ensuite Nouvelle Democratie au moment du vote du deuxième mémorandum. Cet authentique fasciste a dans les années 2000 écrit un livre au titre évocateur :"Juifs, toute la vérité" véritable pamphlet antisémite dans lequel il appelle les grecs à tuer des juifs. Ce sympathique personnage a eu comme témoin de mariage une vieille connaissance des français, en la personne de Jean-Marie Lepen. En 2014 il succède à A Giorgiadis au poste de ministre de la santé de A. Samaras.

Autre personnage intéressant que ce A. Giorgiadis qui a suivi un parcours similaire à Voridis, membre du gouvernement d’union en tant que LAOS, puis ministre de la santé sous le gouvernement Samaras jusqu'en 2014 en tant que Nouvelle Démocratie. Il est aujourd'hui porte parole de Nouvelle Démocratie. Il est très connu en Grèce pour une émission de télé nationaliste, et très tolérante envers les milieux nazi.
On peut donc constater que les deux derniers gouvernements austéritaires grecs ont reçu un soutien direct de composantes ou d'individus ouvertement fascistes, racistes et anti sémites. Au delà des élucubrations d'un chroniqueur au neolibéralisme obtus, d'un philosophe depuis longtemps discrédité ou encore d'un journaliste dont les opinions sur les grecs fleurent bon la xénophobie, le plus inquiétant est la facilité avec laquelle les dirigeants européens ont accepté sans mot dire des ministres fascistes et le silence complice des grands médias. Un mensonge par omission certes moins spectaculaire que ceux de BHL, Seux et Quatremer mais sans doute tout aussi dangereux!

 

BLANC GAEL

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