Syriza : ne pas nier l'évidence !

Voilà maintenant 2 mois qu'Alexis Tsipras paraphait un 3ème memorandum au matin du 13 juillet, prolongeant l'austérité en Grèce pour une durée indéterminée. Ce renoncement venait clôturer une séquence pleine de rebondissements. En effet, la grande victoire du 5 juillet quand le peuple grec a rejeté massivement (62%) les exigences des créanciers a été suivie de désarroi, puisque le gouvernement grec allait suivre une autre voie...

Malheureusement aujourd'hui le diagnostic est clair. Tsipras a bel et bien capitulé le 13 juillet, alors qu'il y avait d'autres possibilités : http://cadtm.org/Une-alternative-pour-la-Grece.

Les institutions européennes ont constitué un carcan contre lesquelles le gouvernement Syriza est venu se fracasser faute d'avoir préparé l'affrontement avec ceux qu'il considérait être ses partenaires et qui n'ont eu de cesse que d'œuvrer à son échec.

Pourtant aujourd'hui encore dans la gauche française certains considèrent toujours que Syriza et Tsipras n'avaient pas d'autres choix que de signer ce nouveau memorandum austéritaire. Ils soutiennent donc Syriza pour les élections prévues le 20 septembre. Ce faisant ils donnent le renoncement comme horizon de toute la gauche radicale européenne.

Comment incarner l'espoir de changement quand on cautionne pareille réddition ?
Pour en arriver à ce type de positionnement il ne faut pas seulement refuser de voir la réalité de ce nouvel accord catastrophique pour la société grecque, qui de plus n'offre aucune garantie sur une restructuration de la dette.
Il faut également passer sous silence les discours et les actes du leader de Syriza depuis la signature de l'accord.

Comment interpréter la précipitation avec laquelle il a demandé au parlement grec de cautionner l'accord sans avoir même pu prendre connaissance de son contenu ? Comment interpréter également les pressions exercées sur les députés de Syriza afin qu'ils boycottent le débat parlementaire sur le rapport de la commission vérité sur la dette grecque (commission dont les travaux n'auront jamais été utilisés par Tsipras). Comment expliquer les attaques contre Zoé Kostantopoulou, Panagiotis Lafazanis et tous ceux qui ont osé remettre en cause l'accord par des membres du gouvernement ? Que dire de la tenue d'élections dès le 20 septembre si ce n'est qu' elles constituent une manœuvre destinée à demander aux grecs de voter avant que les mesures drastiques du dernier accord ne soient mises en œuvre (manœuvre qui semble t-il ne fonctionne pas vraiment puisque Syriza chute dans les sondages). Dernier symptôme criant de ce virage à 180° la déclaration de Tsipras disant qu'une alliance avec le Pasok était envisageable, quand on connaît la responsabilité de ce parti dans la situation grecque le doute n'est plus permis. Il n'est plus question pour ce nouveau Syriza de rompre avec l'austérité. Pourtant malgré tout ces élements certains dans la gauche radicale francaise continuent de nier la réalité (voir ici : http://www.pcf.fr/73731 )

Autre variante plus subtile dans la non prise en compte des derniers rebondissements estivaux de la "crise grecque" celle qui consiste à dire que l'accord signé par Tsipras n'est pas bon mais à faire comme si rien ne s'était passé et à continuer à clamer qu'il faut changer l'Europe. Or si une chose est apparue de manière eclatante c'est le rôle des institutions europeennes telles que la commission ou la BCE dans la destruction de la possibilité d'alternatives dans le cadre européen. Il n'est peut être pas necessaire de dire dès aujourd'hui et quelque soit le pays qu'il faut sortir de l'Euro, mais mettre cette possibilité sur la table plus particulièrement dans un pays comme la Grèce semble être un minimum.

Croit-on sérieusement qu'il faudra attendre la naissance d'un grand mouvement européen contre l'austérité pour changer la situation en Grece? A moins que ce ne soit une façon de s'assurer de rester dans le confort des slogans...
Aujourd'hui en Grece c'est toute la gauche de gauche qui risque d'être emportée par le dépit du peuple qui avait placé ses espoirs en Syriza. Il est urgent pour la gauche francaise d'ouvrir les yeux et de soutenir ceux qui n'abandonnent pas le combat contre cette dette illégitime et contre l'austérité. Comme le démontre Angelo Tasca dans "Naissance du fascisme" le fascisme arrive le plus souvent au pouvoir, non pas en triomphant de la gauche, mais en prospérant sur son échec. Une leçon valable pour la Grece mais aussi dans bien d'autres lieux.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.