Greta, notre première éco-déléguée!

Suite à son discours à l’Assemblée générale des Nations Unis, Greta Thunberg, 16 ans, a fait l’objet de violentes attaques, abondamment relayées dans certains médias et qui détournent l’attention des véritables enjeux. Les Enseignant.e.s pour la planète signent ce texte.

Greta Thunberg ne fait que relayer les inquiétudes qui devraient être celles de tout un chacun à la lecture des rapports du GIEC, donnant à voir un tableau toujours un peu plus sombre de l’avenir de notre humanité.  Au lieu d’écouter le message, tout le monde débat sur la messagère, comme l’idiot qui regarde le doigt quand on lui montre la lune.

Alors qu’il appelait en ce début d’années les élèves français à devenir des « acteurs à part entière », et vantait le rôle d’éco-délégués, véritables « ambassadeurs de l’environnement », J-M Blanquer s’est lui aussi montré peu enthousiaste face aux propos de la jeune suédoise.  En particulier, il semble ne pas comprendre pourquoi Greta Thunberg et 15 autres jeunes de 12 pays ont décidé de porter plainte contre la France pour inaction climatique. « La France est une locomotive contre le réchauffement climatique » plaide M. Blanquer, et « le président Macron en fait énormément » . En effet, entre la signature du CETA, la suppression des aides au maintien de l’agriculture biologique, le pharaonique projet d’Europacity, le Grand Contournement Ouest de Strasbourg, la suppression des fonctionnaires au ministère de l’environnement, le silence sur l’importation par Total de 300 000 tonnes par an d’huile de palme, la non taxation du kérosène, etc. : le président en fait beaucoup, et il lui faut sans doute une locomotive pour trainer toutes ces casseroles.   

M. Blanquer nous met aussi en garde : « il faut faire attention [à ne] pas créer une génération de déprimés ». Mais Greta Thunberg ne fait rien d’autre que répéter, inlassablement, des données et faits scientifiques. Que faudrait-il faire alors ? Taire une «vérité qui dérange », pour reprendre le titre du film documentaire de D. Guggenheim (2006) consacré au réchauffement climatique ? Continuer à bercer les plus jeunes d’illusions à base d’énergies vertes et de recyclage ? Ne pas leur parler de l’effondrement de masse de la biodiversité et du rapport de l’IPBES ? Ne pas leur parler des océans qui se meurent ? Du 7e continent de plastique ?  

Notre ministre en appelle à des « actes concrets », à être « constructifs ». Mais les jeunes qui descendent dans les rues ne font pas autre chose : ils demandent à leur gouvernement d’agir, d’être constructif. Car si les petits pas et les petits gestes sont utiles, ils ne sauraient suffire et doivent être accompagnés de mesures politiques à la hauteur des enjeux. Espérons qu’en la matière, nos dirigeants cesseront bientôt d’être des cancres. 

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