Le nationalisme, c'est la guerre !

Ce 31 juillet 2014, François Hollande a été l'un des premiers à s'être déplacé au Café du Croissant pour saluer la mémoire de Jean Jaurès assassiné en pleine rue par le nationaliste Raoul Vilain. Par une maladresse à laquelle on est désormais habitué, ce dernier s'est contenté de boire un café et ne s'est pas exprimé.

Ce 31 juillet 2014, François Hollande a été l'un des premiers à s'être déplacé au Café du Croissant pour saluer la mémoire de Jean Jaurès assassiné en pleine rue par le nationaliste Raoul Vilain. Par une maladresse à laquelle on est désormais habitué, ce dernier s'est contenté de boire un café et ne s'est pas exprimé.

Il faut dire que près de neuf mois plus tôt, il commémorait le lancement du centenaire de la première guerre mondiale qui a débuté pour la France le 4 août 2014.


Allocution pour le lancement des commémorations du Centenaire de la Première guerre mondiale © Présidence de la République

 

Au cours d'un discours empreint d'un lyrisme déplacé, il s'est évertué à défendre l'idéal européen en saluant l'acte de commémorer comme ciment social.

Alors que l'idéologie pacifiste de Jaurès a inondé la pensée socialiste, François Hollande n'a à aucun moment évoqué celles et ceux qui ont lutté pour que cette guerre ne se matérialise pas.

Recherchant à mobiliser l'ensemble du prolétariat européen, qui a notamment servi de chair à canon durant la grande guerre, Jaurès s'était pourtant ingénié, jusqu'à provoquer la haine irascible des nationalistes, à insuffler l'idée de paix.

Le procès de Villain en 1919 montre combien le patriotisme peut être destructeur lorsqu'il est orienté à des fins xénophobes et guerrier. En renforçant le sentiment de culpabilité des jurés, qui n'avaient pas pu être mobilisés pendant la guerre, les avocats de l'accusé ont su complètement inverser l’accusation en montrant que c'était le Jaurès prônant la paix qui était en cause.

Raoul Villlain, qui pourtant avait bien commis l'assassinat puni à cette époque de la peine de mort, a été acquitté en vingt minutes (alors qu’en principe les Cour d’Assises ont l’habitude de prendre au minimum trois heures pour sceller l’avenir d’un homme).

En ce jour de célébration du centenaire de la guerre 14/18, François Hollande, et son homologue Allemand, Joachim Gauck ont remonté côte à côte la « tranchée d’honneur » menant à la crypte du monument du Hartmannswillerkopf. Après une longue accolade, qui a rappelé celle de François Mitterrand et d’Helmut Kohl, ils ont rendu hommage aux sacrifices des quelque 30 000 hommes des deux pays qui furent tués lors des combats qui les opposèrent sur cette montagne rebaptisée côté français « La mangeuse d’hommes»

Alors que dans ces précédentes prises de position, François Hollande avait rompu avec la position traditionnellement équilibrée de la France face au conflit israélo-palestinien, il a profité de cette commémoration pour appeler à un cessez-le-feu dans la bande de Gaza.

Il a fallu attendre près de 1700 morts du côté des palestiniens, et 64 soldats du côté des israéliens pour que le président français se prononce timidement pour un cessez-le-feu.

Il est tout à fait curieux de constater que tout en commémorant un événement déclenché par un nationalisme exacerbé, François Hollande ne fasse pas un parallèle plus critique sur la politique israélienne actuelle qui, en violation de résolutions des Nations Unies, maintient depuis 1967, une situation d’occupation, de domination et de colonisation de territoires conquis lors de la guerre des Six jours. 

On peut tout à fait prôner la sécurité de l’Etat d’Israël mais critiquer une politique gouvernementale de domination et de colonisation du territoire palestinien en violation de tous les traités internationaux.

Dominique de Villepin, dans sa tribune publiée le 1er août dans le journal Le Figaro, comprend très bien cette nuance importante et appelle même à des sanctions plus pragmatiques à l’encontre d’Israël (résolutions de l’ONU, saisine de la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre, sanctions financières). 

L’image sans doute la plus frappante de l’inaction française reste l’image de cette chaise restée vide le 16 juillet 2014 au siège de l’Organisation des Nations Unies alors que l’on votait pour une résolution consistant simplement à envoyer des observateurs sur place pour constater la violation des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

pA1bWVjUNukfoYPf0Zi1JYCFz6I.jpg

Ainsi, au delà du non respect de l’héritage Jauressien, François Hollande va même jusqu’à ignorer la subtilité de ce conflit en défendant une position nationaliste israélienne qui méprise le droit d’un peuple à disposer de lui-même.  

François Mitterrand, lors de son dernier discours, avait pourtant tenter d’avertir nos parlementaires européens sur les risques encourues si nos sociétés se perdent dans la xénophobie : Le nationalisme, disait-il,  « c'est la guerre ! ».

 

François Mitterrand: Le nationalisme, c'est la guerre! © Vincent Ludden

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.