Adapter notre société et nos villes aux seniors, une chance pour toutes et tous

Alors que le 1er octobre marque la journée internationale des personnes âgées, il est plus que jamais temps de s’interroger sur la place des seniors dans notre société. Les mois qui viennent devraient être en partie occupés par des débats qui les concernent.

Entre la réforme des retraites, le vieillissement, la dépendance et la dernière étude d’ADP où la France est épinglée pour son taux d’emploi des seniors – le plus bas d’Europe –, ces derniers semblent être vécus comme un poids sinon un coût qu’il faut réduire à tout prix ou encore pire, une réalité démographique qu’il faudrait  ignorer ?

Dans ce monde d’indicateurs qui est le nôtre, a-t-on au moins réalisé l’exercice de chiffrer l’apport de nos aînés à la vie associative de nos villes/ de nos territoires ? à l’apaisement/ au pouvoir d’achat augmenté des familles lorsque les grands parents assurent les sorties d’écoles et les devoirs ? au maintien à domicile des plus âgés d’entre eux évitant ainsi des coûts énormes à l’assurance maladie et aux départements ?

A Paris, les plus de 60 ans représentent 470 000 personnes et ce nombre va augmenter dans les décennies qui viennent. Les projections prévoient jusqu’à 570 000 seniors en 2040 soit près d’un quart de la population. Cette richesse actuelle et à venir, nous la mesurons tous les jours. Les milliers d’associations parisiennes n’existeraient pas sans l’investissement des seniors. L’accueil des réfugiés ne serait pas celui qu’on connaît sans leur implication notamment, pour des cours du soir ou l’aide aux démarches administratives. Nous avons besoin des personnes âgées ! Il faut en finir avec cet âgisme ambiant. Adapter la société aux seniors est une opportunité pour la rendre plus douce pour toutes et tous.

Alors bien sûr, il convient aussi de penser la ville pour les ainés, pour celles et ceux qui ralentissent le pas et ont aussi désormais éventuellement plus de temps pour « vivre » la ville. Or, la ville telle que nous la connaissons est encore trop rapide, trop minérale et trop polluée. La voiture individuelle, qui occupe tellement de surface, contribue à rendre la ville agressive et bruyante pour nos aînés notamment.

Trop chaude aussi désormais. En cet été 2019, nous avons connu deux épisodes de canicule et nous le savons, ce n’est pas un phénomène nouveau. Le changement climatique ne fait pas exception à Paris. Les épisodes météorologiques extrêmes sont amenés à devenir habituels et les seniors en souffrent particulièrement. Comme l’ensemble des publics vulnérables, ils subissent cette nouvelle donne de manière particulièrement brutale. Les dispositifs humains d’accompagnement et de prévention ne suffiront pas à les rendre acceptables. Chaque épisode les affaiblit et les inquiète sur leur capacité à rester vivre chez eux.

Le rythme de Paris est parfois difficilement compatible avec l’âge qui avance. Les villes et Paris en particulier peuvent être davantage encore le lieu des solidarités. Dans son rapport publié aujourd’hui sur la solitude des plus de 60 ans, les petits frères des pauvres mettent en lumière l’isolement des seniors, ressenti sur l’ensemble du territoire. Notre capitale, malgré son maillage associatif, son offre culturelle et ses services publics, y apparait cependant comme un lieu où les personnes âgées ressentent d’avantage qu’ailleurs un manque de solidarité. Cela doit nous interroger et nous encourager à faire encore mieux. Les seniors parisiens aspirent à encore plus de proximité, plus de liens et plus d’engagement.

 Les politiques publiques s’affichent facilement au service des enfants, mais bien moins à destination des seniors. Ils sont pourtant tout autant atteints par les problèmes écologiques urbains. Ils ont en tous cas les mêmes intérêts à voir se développer une ville plus douce, plus sereine et plus calme. Cela  suppose un engagement quotidien des pouvoirs publics et de tous ses habitant.e.s pour être vigilants à toutes celles et ceux que la fragilité, l’âge et le besoin de ralentir peut laisser de côté.

Adapter la cité aux ainés, c’est continuer à développer pour eux des dispositifs d’accueil, de prise en charge et de soutien, mais cela suppose aussi de repenser l’espace public, d’y mettre plus de bancs, de rendre les trottoirs aux piétons en faisant de la place aux nouvelles mobilités et aux trottinettes sur la voirie libérée des voitures. On sait aussi qu’un espace public apaisé, où les piétons ont la part belle, c’est rendre plus aisés les déplacements et les sorties des seniors.

Il s’agit aussi de renforcer la place de la nature en ville. Avec plus d’arbres, plus d’espaces verts c’est la ville toute entière que nous rendrons plus respirable demain. C’est toute la ville qu’il faut transformer en ilot de fraicheur, avec moins de bitume et plus de végétaux. Pour nos aînés mais pas seulement !

La solidarité entre toutes les générations passe par le choix commun et renouvelé de rendre dès maintenant la ville accessible à tous ses habitants et toutes ses habitantes.

 

 

 

 

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