Il faut sauver l’EHPAD public avant qu’il ne soit trop tard !

En toile de fond des mouvements de grève et manifestations des personnels des EHPAD de janvier et mars dernier se pose la question des moyens accordés au secteur du grand âge. Mais plus largement il en va du choix de société que nous souhaitons faire - aujourd’hui comme pour demain - pour accompagner dignement la dernière partie de vie de nos grands-parents et parents.

Madame la Ministre, il nous faut sauver l’EHPAD public avant qu’il ne soit trop tard !

A Paris, avec Anne Hidalgo, nous faisons le choix de maintenir un service public de la dépendance avec 15 EHPAD gérés par le Centre d’Action sociale de la Ville de Paris car nous pensons qu’il est indispensable de pouvoir offrir aux Parisiennes et aux Parisiens un service public de qualité, désintéressé, accessible au plus grand nombre et à commencer par les plus modestes d’entre nous. Or, la réforme dite de « convergence tarifaire » en cours d’application a une conséquence simple à Paris : un transfert massif de l’argent public des EHPAD publics vers les EHPAD privés commerciaux.

Concrètement, les 15 EHPAD publics parisiens perdront 3 millions d’euros sur 7 ans et le département de Paris versera 2 millions d’euros aux EHPAD privés rien que pour 2018. Comment penser que la qualité de l’accueil et des soins peut être maintenue dans un tel contexte financier exsangue pour les structures publiques ? Veut-on la mort des EHPAD publics ? C’est bien parce que l’application abrupte d’une équation tarifaire pensée par Bercy et imposée aux départements est inenvisageable à la vue des enjeux que vous avez suspendu, Madame la Ministre, les effets négatifs de la réforme à court terme en annonçant une enveloppe financière supplémentaire. Nous en prenons acte et attendons maintenant des chiffres précis.  

Mais, Madame la Ministre, quid de l’avenir à plus long terme des EHPAD publics ? Car si vous « neutralisez » les problèmes pour 2018 et 2019, rien n’est réglé pour autant car le principe même de la réforme du financement des EHPAD n’est pas remis en cause !

Alors que le nombre de personnes âgées de plus de 85 ans va passer de 1,5 millions aujourd’hui à plus de 5 millions en 2050 au niveau national et que la proportion de seniors à Paris va passer de 20% aujourd’hui à 25% en 2030, les questions restent entières et les inquiétudes grandes, pour nous citoyennes et citoyens, mais aussi pour les collectivités locales. Dans quelles conditions de vie allons nous pouvoir encore accueillir nos aîné.e.s et quelles conditions de travail allons nous pouvoir garantir à des personnels dédiés et investis au quotidien ? Aujourd’hui, vous annoncez la création de 20.000 postes supplémentaires équivalant temps plein sur 3 ans ; c’est bien mais cela ne suffira pas, vous le savez.

Le secteur du grand âge s’est profondément transformé. Le souhait des seniors de rester le plus longtemps possible à domicile et les politiques de lutte contre la perte d’autonomie ont changé le visage, la démographie et le quotidien des EHPAD. Les personnes y entrent de plus en plus tard, plus dépendantes, avec souvent des pathologies multiples, des complications liées aux maladies chroniques, pour certains avec la maladie d’Alzheimer ou des troubles du comportement. Les personnels des établissements sont confrontés à la difficulté d’accompagner cette dernière période de la vie, quand les corps et les esprits se relâchent.

Toutes les personnes âgées, quels que soient leurs choix de vie dans le grand âge et quelles que soient les structures dans lesquelles elles vivent, doivent pouvoir séjourner dignement.

En la matière, les EHPAD publics jouent un rôle social indispensable. Ils accueillent tous les habitants des territoires, en particulier les plus précaires et les plus fragiles. À Paris, 63 % des résidents des EHPAD publics relèvent de l’aide sociale. Les établissements font donc face à des défis particuliers en matière de pauvreté ou de troubles psychiatriques, missions qui demandent un accompagnement particulier, notamment pour l’accès aux droits ou le suivi administratif. Dans nos EHPAD publics encore, nous assurons déjà la présence d’infirmiers de nuit, d’un médecin coordonnateur à temps plein par établissement et de nombreux services sont inclus, sans supplément, dans le prix de journée tel que le bien-être corporel (pédicurie, coiffures, soins esthétiques…) et l’accompagnement psychologique pour les résidents ou leur famille. Nous ne pouvons nous résoudre à faire moins que ce que nous faisons déjà alors qu’il faudrait sans doute faire plus ! Nous pensons que c’est d’abord aux opérateurs privés qui dégagent de confortables bénéfices de s’aligner par exemple sur les taux d’encadrement du secteur public qui, rapports après rapports, sont soulignés comme étant bien supérieurs au secteur privé. Monique Iborra, députée de la Haute Garonne, relève elle même dans son rapport parlementaire que « la différence de prix entre le privé commercial et le public n’est pas à la hauteur de la différence de service ».

Madame la Ministre, quelle valeur accordez-vous aux EHPAD du secteur public et à leurs personnels ? Quel avenir souhaitez-vous dessiner pour eux ? Vous proposez un réajustement et la neutralisation des effets négatifs de la réforme pour 2018 et 2019. Cette vision à court terme, nous ne nous en contentons pas. Nous avons besoin d’une réflexion globale sur le modèle des EHPAD du futur, sur un financement pérenne de la perte d’autonomie et de propositions d’avenir pour le secteur  de la dépendance. Mais le financement du modèle social n'est pas abordé dans ce plan. Vous vous donnez encore un an pour trancher sur ce point, alors qu’il nous faut réagir vite.

Avec Anne Hidalgo, nous réitérons notre attachement au service public de la dépendance et à l’importance de le sauvegarder pour les années qui viennent. Il en va de notre capacité à faire en sorte que chacun trouve sa place dans notre société, quel que soit son âge, ses revenus ou son niveau de dépendance.

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