Yann Moix à Tanger, un refuge de courte durée ?

Yann Moix confronté a des Arabes. Etrange rencontre avec un écrivain déchu.



C'est au cours d'un séjour en vacances à Tanger que nous avons fait, mes amis et moi une rencontre inattendue.

Par une belle journée de fin d'été, le vendredi 20 septembre 2019 à 17 heures, au moment où nous remontions sur les hauteurs de la médina, une amie, très physionomiste, est parvenue à reconnaître, caché derrière ses lunettes de soleil noires,  Yann Moix.

 

A notre grande surprise, nous nous apprêtions à le saluer, lui faisant remarquer qu'on était bien à Tanger. Et là immédiatement le chroniqueur vedette de Ruquier de nous répondre qui était bien partout.

 

Le ton était donné mais, lui descendant et nous, remontant la médina, nous pensions que cela on resterait là...

Quelle ne fut pas notre surprise, en atteignant les hauteurs du château, de le voir à nouveau débarquer devant nous avec une démarche pressée et déterminée, une attitude nerveuse dissimulée derrière ses lunettes mais surtout, des cacahuètes qu'il s enfilait tout aussi nerveusement, à mesure qu'il s'approchait de nous.

C'est à ce moment que nous engageons un échange, qu'il semblait appeler de ses vœux.

 

Et là, au cours d'une conversation dont le ton a été immédiatement agressif de sa part, que nous nous sommes rendus compte à quel point il était aussi désagréable dans la vie, que sur un plateau télévisé.

 

À l'évidence le sens de l'humour, avait depuis longtemps, déserté son cerveau, mais en revanche le caractère méprisant et condescendant qui le caractérisait chez Ruquier, lui, était bien présent.

On commençait par s'enquérir de sa petite santé en lui demandant si tout allait bien. La réponse immédiate sous forme d'un cocktail Molotov verbal était : "Je vais aussi bien que vous sinon beaucoup mieux !"

 

Le ton ne changeait pas et la discussion devait très rapidement aboutir à une bataille de coq, tant monsieur Moix, star déchue du petit écran et de la littérature française se montrait désagréable, manifestement sur la défensive. La raison tenait certainement au fait que les questions que nous allions lui poser, auraient forcément trait à son actualité brûlante.

Nous lui demandions donc si ce n'était pas trop dur de faire face à cette polémique ? Sa réponse, à nouveau teintée de mépris : "Je vais très bien, et forcement mieux que vous tous !". 

Manifestement tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes chez notre chroniqueur adoré. 

Puis, très rapidement dans une joute verbale, qu'il avait lui-même déclenché, il nous a asséné toute une série le citations destinée à valider sa propre maigre pensée.

L'auteur du film Podium, que j'avais beaucoup aimé grâce à la performance de Benoît Poelvoorde, osait se comparer à Jean-Paul Sartre donc il disait que lui aussi avait un nuage radioactif au-dessus de la tête.

Mon ami qui était à mes côtés, expliquait qu'en matière de nuage, la radioactivité de l'antisémitisme était extrêmement difficile à supporter en France, toujours sur le ton de la plaisanterie bien évidemment, ce que Monsieur Moix là encore n'a pas supporté. Et mon amie de lui demander si ce n'était pas trop difficile pour sa carrière et là Yann Moix, répondit de la façon la plus pitoyable qui soit, sous expliquant que tout allait bien pour lui parce que, contrairement à nous, petit peuple ce dont il ne savait absolument rien,  lui gagnait 20 000 € par jour, depuis la sortie de son livre.

Et nous de réagir en lui demandant si la carrière d'un écrivain  se résumait au nombre de zéro que vous pouvez cumuler sur un compte en banque ?

Pire encore, nous ne comprenions pas cette attitude, qui consistait à prétendre gagner 20 000 € par jour pour un livre qui n'avait été vendu qu'à 4 950 exemplaires le mois de sa sortie. Son livre pourrait éventuellement lui avoir fait gagner plus de 15 000 € sur le mois avec de généreux droit d'auteur qui pouvait culminer à 15 %.

Bref, Yann Moix poursuivait son invective, jusqu'au moment où je lui ai posé la question fatale sur ses équipées antisémites des années 90 et là, toujours aussi arrogant, il tentait, pour se défendre de nous demandait ce que nous faisions en 1989 ? Bien sûr, je ne fais pas mon âge et il a sous évalué l'âge de mes amis s'imaginant qu'on avait encore le biberon à cette époque.

Je devais lui répondre que j'étais en faveur de la lutte contre l'apartheid et que je n'ai jamais cessé de garder cette position de principe. Lui surpris de la réponse m'expliquait dans une démarche complètement tarabiscotée que si je n'avais pas évolué en 30 ans, il avait été capable de le faire. 

Sous-entendu, le primat que je suis, était incapable d'évoluer sur les questions de principe que je lui rappelais, alors que cet être remarquable qui brillait devant nous, tout en continuant à s'envoyer nerveusement des cacahuètes dans la bouche, prétendait avoir une évolution formidable.

D'un virulent antisémitisme négationniste à un amour sans limite d'Israël.

Et là, de nous servir son numéro habituel de partisan inconditionnel d'Israël, ce sur quoi je répondais simplement que lorsqu'on est inconditionnel d'une cause on est forcément un extrémiste car si une cause dérape et deviens injuste, la raison voudrait que l'on interroge le soutien porté à cette lutte, tout comme on doit interroger les méthodes utilisées par la cause palestinienne lorsqu'elle dérape. Je lui expliquait en conclusion qu'il était passé de l'extrémisme de la droite antisémite et négationniste, à une autre posture extrémiste mais cette fois-ci caricaturale.

Quelle performance artistique !

Et enfin, pour lui donner le coup de grâce, je lui rappelais que j'étais l'opposant historique de la première heure, d'Alain Soral, alors que lui était son pote, il n'y a pas si longtemps que cela. 

La nervosité de notre écrivain des Carpates, venu se cacher à Tanger comme il disait, ville qu'il visitait depuis 27 ans dans le but de reprendre un second souffle, finit par atteindre des sommets. En cherchant à tout pris la rupture, il me répondait sèchement qu'il n'était pas obligé de m'écouter, qu' il faisait ce qu'il voulait et que surtout je ne devais pas le montrer du doigt, ce qui évidemment je n'avais jamais fait, car en bon méditerranéen je ne faisais que parler avec mes mains et que en aucun cas je le montrais du doigt.

Au moment de tourner les talons, un de mes amis lui rappelait que c'était une attitude un peu lâche, et une autre amie sur ma  droite, ce qui n'est pas le moins cocasse, finissait par le siffler en le traitant d'antisémite… à Tanger.

Il nous assénait, au moment de sa fuite à Varennes, une nouvelle et dernière citation  chargé de mépris, comme il se doit :

"Vous savez ce que disait George Bernanos ? Les ratés ne vous rateront pas".

Dans une ambiance de kermesse très amusante, qui n'a pas eu l'air de plaire à notre Baudelaire chargé de spleen, nous finissions par le saluer, dans l'espoir de ne jamais plus le rencontrer.

 

Belle ironie pour cette  personnalité sur le déclin, remise à sa place par des maghrébins ayant autant de détestation pour le racisme, que pour l'antisémitisme, ou l'islamophobie, le tout dans un pays arabo-berbère, en Afrique du Nord.

Tanger, villes monde, des artistes et des écrivains maudits comme Jean Genet ou William Burroughs, aujourd'hui elle abrite Moix. 

Quoi qu'il en soit, une chose est certaines, c'est que dans sa quête de  refuge,  il eût préféré ne jamais rencontrer de franco-maghrébins.

 

Gamal Abina

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