Sondocratie et manipulation des masses : la méthode!

En prenant l'exemple du dernier sondage BVA Sales Force sur les intentions de vote à la présidentielle, voilà un précieux billet de blog à lire et partager pour comprendre le fonctionnement de cet outil de manipulation de l'electorat avant une election et les raisons pour lesquelles nous devrions combattre son influence.

Depuis plusieurs mois nous vivons en perfusion de chiffres, d'hypothèses, de pourcentages, relayés et analysés tous les jours que ce soit sur les chaines d'information en continu, nos murs Facebook ou notre fil Twitter. Ce baromètre est rentré dans notre quotidien et il faut une capacité d'abstraction importante pour parvenir à ne pas le prendre en compte. Les sondages : on les déteste et on les critique quand notre candidat est au plus bas, ou au contraire on les partage dés qu'il y a une amélioration.

Mais ce qui est grave ici, la conséquence la plus perverse de ce système sondocratique, l'enfant immonde issu de l'union du monde des médias et des instituts de sondages détenus par des holding et la grande finance : ce vote utile et sans illusions, défaitiste et désabusé, qui oriente très nettement, qu'on le veuille ou non, le comportement des electeurs dans l'isoloir et créant de fait les réactions qu'on entend partout autour de nous désormais " Toutes façons ça va etre X qui sera élu" ou "mais à quoi ça sert de voter pour lui, il a aucunes chances de passer le 1er tour"
Et voilà comment limiter les scores des petits candidats au profit des grands candidats et des grands partis largement majoritaires dans les grands médias. (Voir l'alerte récente du CSA sur l'inégalité des temps de parole.)

Je ne m'étendrai pas sur le rapport entre instituts de sondages et monde des finances pour préférer l'explication d'un sondage, montrer le ridicule de cet outil et comment nous devons combattre son influence.

Pour l'exemple nous prenons donc le sondage BVA du 11 mars 2017 sur les intentions de vote aux présidentielles

obs sondage bva obs sondage bva

Le résultat de ce sondage et son analyse ne nous intéressent pas ici, pas d'avantage que la justesse statistique ne sera remise en cause, ce qui nous interesse c'est sa méthode, sa représentativité du reel très limitée et son usage abusif dans les médias en tant que "fait" sans aucunes limitations et sans mises en gardes préalables quand à sa fiabilité.

1/ ECHANTILLON

echantillon BVA echantillon BVA


Jusqu'ici aucuns problemes, l'enquete d'opinion se base sur les réponses de 1419 personnes et redréssé pour que le résultat corresponde à la composition reelle de l'electorat en France en terme d'age, sexe, région, profession. Nous ne nous étenderons pas dans une critique du système de redressement, ici nous en acceptons le principe et les défauts.

2/ NOTES DE LECTURE

notes de lecture BVA notes de lecture BVA


Manipulation n°1 : finalement sur les 1419 personnes intérrogées, seulement 950 sont comptabilisées. Et hop magie du sondage, voilà donc près de 33% du panel représentatif qui disparait. Ici l'enquête ne prend donc en compte que les personnes certaines d'aller voter, pas les indécis, les abstentionistes, cet electorat flottant dont on ne peut anticiper les comportements.

3/ INDICE DE VOLATILITE

Indice de volatilité Indice de volatilité


Manipulation n°2 : sur les 950 personnes certaines d'aller voter et comptabilisées dans cette enquête, il est indiqué que seulement 59% d'entres eux "se disent sûres de leur choix" C'est ce que l'on nomme "indice de volatilité" que moi j'aime à renommer "indice de non-fiabilité ou non représentativité" du sondage

Vous avez bien suivi?
1/ De 1419 personnes intérrogées, nous passons à seulement 950 personnes certaines de voter et comptabilisées dans les résultats de l'enquête
2/ Sur ces 950 personnes, 59% sont certaines de leur vote c'est à dire 560 personnes seulement sur les 1419 de l'echantillon initial!

4/ CONCLUSION
Voilà donc un sondage qui inonde les réseaux sociaux depuis ce matin, qui est repris dans tous les médias, analysé, décortiqué, et qui au final ne prend en compte que 67% de l'electorat, oubliant abstentionistes et votants de dernière minute, avec en plus un indice de volatilité (donc d'incertitude sur l'intention de vote) de 41% sur cette partie, déja réduite, de l'echantillon représentatif. Ca fait quand même beaucoup de zones de flou pour un outil diffusé et mis a jour quotidiennement en période électorale.

A cette représentativité plus que contestable du sondage sur les intentions de vote, il faudrait y ajouter une autre variable : celle de la volatilité des intentions de vote par candidat, c'est à dire la certitude au moment du sondage de donner son vote à ce candidat au moment de l'election ou bien de se laisser la possibilité de changer d'avis. Et bien quand on regarde le sondage IPSOS / LE MONDE du 12 février on constate par exemple que l'intention de vote pour Emmanuel Macron est définitive à 33% contre 74% pour Marine Le Pen et ça change tout.

MAJ : Comprenez bien ici que je ne conteste pas la justesse statistique de cette enquête, j'en conteste la représentativité, la lecture qui en est faite dans les médias et qui matraqué dans les têtes à longueur de journée fini par nous paraitre comme une représentation de la réalité du vote final. Si chaque sondage etait présenté et qu'avant la lecture des résultats on commencait par dire : "attention, nous avons intérrogé 1400 personnes, que sur ces 1400 personnes nous ne prenons pas en compte les indécis et que seulemement 560 personnes se déclaraient certains de leur vote" L'importance des sondages dans le système des élections et leur impact sur le comportement de vote réel des français seraient amoindris.

J'espère que maintenant vous comprenez mieux la méthode et pourquoi il faut combattre la sondocratie par tous les moyens. La sondocratie c'est "voter comme on vous dit", c'est la défaite de la démocratie, c'est l'abandon du vote d'adhésion et d'idées au profit du vote utile et sans illusions.

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