Chirac, malade mais justiciable

L'état de santé de Jacques Chirac ne semble pas assez préoccupant pour assurer un report de son procès. Mais suffisamment pour faire accepter aux juges une assiduité minimum.

L'état de santé de Jacques Chirac ne semble pas assez préoccupant pour assurer un report de son procès. Mais suffisamment pour faire accepter aux juges une assiduité minimum.


Et si Jacques Chirac échappait à son procès pour des raisons de santé ? C'est en tout cas ce que semblaient souhaiter certains des proches de l'ancien président. La semaine dernière, la verte Eva Joly tirait la sonnette d'alarme et prévenait que le procès devait « avoir lieu », ajoutant que « le coup de la maladie de la personne inculpée » était « très classique ». Il est en effet « courant » que des demandes d'aménagement de procédures pour raison de santé soient demandées par des avocats, confirme Benoit Hurel, secrétaire général adjoint du syndicat de la magistrature. De là à constituer une stratégie pour esquiver un procès ? « Il faut tout de même avoir des élément tangibles et forts sur la mauvaise santé de son client » nuance Rodolphe Bosselut, avocat au barreau de Paris. Les demandes de renvoi d'un procès pour raison de santé font l'objet d'une expertise médicale indépendante, et il revient ensuite entièrement au médecin désigné de juger si le prévenu est apte ou non à se présenter devant les juges. «Il semble que les avocats de Jacques Chirac soient conscients que son état de santé ne soit pas assez grave pour justifier un report du procès » estime Rodolphe Bosselut.

Présence minimum
. Les avocats peuvent alors utiliser l'argument de la mauvaise santé de leur client pour limiter sa présence au procès, lui épargnant autant qu'il est possible l'humiliation de la comparution. C'est la thèse que défend Rodolophe Bosselut. « Le fait de se faire représenter par ses avocats est possible en droit. Cependant dans les faits c'est extrêmement mal vu pour les juges. Il est très probable que les avocats de Chirac mettent en avant la mauvaise santé de leur client pour faire accepter aux juges une présence minimum de Chirac à son procès » estime l'avocat. On peut donc facilement imaginer que les indices distillés dans la presse sur la mauvaise santé de l'ancien président soient en partie lancés par la défense de Chirac. « J'espère que l'état de santé de M. Chirac lui permettra d'assister au procès» avait déjà lâché en octobre dernier maitre Georges Kiejman lors d'une première audience de fixation. Et dimanche dans le Journal du dimanche, l'ancien président était décrit par ses proches commme « fatigué, très vieilli, déclinant » alors que Bernadette Chirac aurait évoqué en privé un Alzheimer. Maladie, vieillesse, autant de raisons qui plaideraient pour que Jacques Chirac économise ses forces à partir du 7 mars prochain, date prévue du début de son procès.
Gaspard Dhellemmes

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