Remarques pertinentes de Fatima Benomar sur le "mouvement" des gilets jaunes .

Un mouvement social, ce n'est pas une masse informe de galérien-nes en colère qui ont décidé, du jour au lendemain, d'accrocher le même gilet jaune à leur pare-brise.

Comme l'écrit aussi Alain Lipietz :

"On aimerait que tous les femmes et les hommes politiques « à la gauche de la gauche » aient le courage de Fatima Ezzahra Benomar".

https://www.facebook.com/fatima.benomar/posts/10158179532553066

Par Fatima Ezzahra Benomar

Un mouvement social, ce n'est pas une masse informe de galérien-nes en colère qui ont décidé, du jour au lendemain, d'accrocher le même gilet jaune à leur pare-brise, un 17 novembre au soleil froid.

Un mouvement social, ce sont des milliers de personnes qui décident, au péril de leur emploi ou de plusieurs jours de salaire, de défendre ensemble un modèle de société, une vision du monde et de l'intérêt général, c'est-à-dire leurs chemins de fer, leurs lignes de train ou de bus, leur bien commun, leurs salaires, leurs conditions de travail, leurs usines, leurs commerces de proximité, leurs hôpitaux de proximité, et éventuellement l'état de leurs poumons.

Quelqu'un-e sait ici ce que pense le "mouvement du 17 novembre" de tout ça, d'un monde où il faut disposer d'une bagnole polluante dans son patrimoine pour aller travailler et faire ses courses ? Quelqu'un-e sait ce que pensaient ses protagonistes des cheminots qui se battaient il y a encore quelques mois sous les huées des grands médias pour que les petites villes soient correctement desservies ? Ou étaient-ils juste entrain de maugréer contre ces saloperies de manifestants-e qui bloquent les rues en leur adressant des coups de klaxons rageux ?

J'ai un scoop: les partis, les syndicats, les assos de quartier, les orgas de jeunesse regorgent de pauvres qui savent très bien de quel côté ils sont de la grande barricade, qui voient plus loin que le prix du diesel, qui savent que le problème, c'est qu'ils travaillent dans les centres villes mais doivent se lever aux aurores et rentrer à pas d'heure dans leur banlieue lointaine où le prix du loyer est abordable, qui ont très bien compris que eux et leurs enfants risquent incessamment sous peu de mourir d'un cancer à force d'inhaler des particules fines.

Le vrai mépris de classe, c'est d'insulter l'intelligence de toutes celles et ceux qui savent pourquoi ils se lèvent le matin pour faire nombre, qui veulent changer le monde et les règles du jeu.

Le 17 novembre est un "mouvement" qui n'en est pas un, qui ne veut rien mouvementer, rien remettre en cause, ni le consumérisme, ni l'individualisme, ni l'opportunisme greenwasher du gouvernement, avec des fashos en tête de manif qui traitaient hier encore les écolos, les syndicats, les grévistes, les défenseurs du code du travail, les collectifs de sans papiers, les femmes et les LGBT d'affreux bobos qui mènent la France à sa perte.

Hashtag #sansmoi.

 

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