En souvenir d’Hiroshima et Nagasaki, et de ce qu’il y est resté d’humanité

"La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas ». C’est ainsi que Paul Valéry définissait cette horrible chose, et la conclusion de la guerre du Pacifique ne l’aura pas fait mentir : alors que la famille impériale japonaise est épargnée et que l’on propose à Shiro Ishii1, criminel de niveau Mengele2, l’immunité et le secret sur ses activités contre les résultats de ses expériences scientifiques, le peuple d’Hiroshima et de Nagasaki sera massivement et froidement massacré sur l’autel d’un prétendu progrès et de l’hégémonie nord-américaine. Comme l’Histoire est souvent racontée par les vainqueurs, cet holocauste est souvent paré dans nos contrées de justifications bidon. Aussi, pour faire tomber ce voile immonde, il est parfois bon de lire, tout simplement, des témoignages de ceux qui y étaient. Quel progrès, quelle « paix » et quelle humanité peuvent justifier d’un tel degré de barbarie ?


Fleurs d’été, de Tamiki Hara, une nouvelle qui date de 1947, récemment publiée par le Monde Diplo : http://www.monde-diplomatique.fr/1986/10/HARA/39509

Hiroshima, de John Hersey (1946). Il s’agit d’une suite d’articles parus dans le New Yorker l’année d’après les bombardements, basés sur des témoignages directs. La première révélation faite au monde occidental des détails et de l’ampleur de l’horreur : http://www.newyorker.com/magazine/1946/08/31/hiroshima

(extraits traduits en français ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/gregory-garcia/060815/hiroshima-par-john-hersey)

Journal d'Hiroshima : 6 août-30 septembre 1945, de Michihiko Hachiya. Le journal d’un docteur qui a survécu à l’explosion et raconte l’événement comme ses conséquences. Ce n’est pas très rigolo. http://www.tallandier.com/livre-9791021010772.htm

Gen d’Hiroshima, de Keiji Nakazawa. BD en 10 tomes qui raconte l’enfance de l’auteur. Lequel à l’âge de dix ans vit périr sa famille dans le bombardement de sa ville, et narre par le menu ce que furent les temps qui suivirent la défaite japonaise, le chacun pour soi dans une société ruinée et égoïste, l’état de délabrement social, sanitaire et humain du Japon après le massacre.

Il en existe aussi un film : http://www.dailymotion.com/video/x11w3v_gen-d-hiroshima_shortfilms

Avec un peu plus de distance, les Notes sur Hiroshima de Kenzaburo Oe sont le témoignage d’un auteur reconnu comme l’une des plus brillantes de sa génération et qui, 18 ans après la bombe, se penche sur l’organisation des commémorations et sur le sens (ou l’absence de sens) que l’on peut donner à l’événement dans la société japonaise : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio/Notes-de-Hiroshima

Les enfants de Nagasaki, de Kaisuke Kinoshita, est l’adaptation des souvenirs du docteur Nagai, survivant de l’holocauste et qui fut l’un des premiers à mesurer les conséquences des radiations sur ses congénères, les êtres humains. La scène finale est, de ce que j’ai vu, la plus poignante qui soit sur ce sujet. http://www.commeaucinema.com/bandes-annonces/les-enfants-de-nagasaki,77180-video-7089

Rhapsodie en août, d’Akira Kurosawa. L’un des films les plus beaux et les plus terribles qu’il m’ait été donné de voir. Dans les années 90, des enfants en vacances avec leur grand-mère veulent comprendre leur passé familial et en viennent à l’interroger sur ce que fut le bombardement de Nagasaki. Hors-champ permanent et insistant de ce film très simple, la bombe hante encore un demi-siècle plus tard les consciences. L’innocence et l’horreur se font face. Et en plus il y a Richard Gere qui apparaît ! : https://www.youtube.com/watch?v=roxp-YA4OAI

Enfin, même s’il n’a lieu ni à Hiroshima ni à Nagasaki, Le Tombeau des Lucioles, d'Isao Takahata, reste l’un des témoignages les plus poignants de ce que furent les bombardements sur le Japon. Le bouquin d'Akiyuki Nosaka dont le film est tiré est tout aussi poignant, plus expérimental dans son écriture et plus pessimiste encore (!) dans son propos. https://www.youtube.com/watch?v=4vPeTSRd580

Je laisse le dernier mot à Penderecki et son Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima : https://www.youtube.com/watch?v=wQDnv7D7gpY

 


 

  1. Shiro Ishii (1892 - 1959) dirigeait la macabre unité 731, centre d'expérimentations biomédicales et bactériologiques implantée dans l'Etat fantoche du Mandchoukou, où l'armée japonaise menait toute sorte d'expériences sur des cobayes humains. Après la guerre, Ishii fit un deal avec Douglas Mc Arthur pour avoir l'impunité la plus totale en échange des résultats de ses expériences.
  2. Joseph Mengele (1911-1979) faisait lui aussi, mais pour le compte du IIIème Reich, des expérimentations sur les êtres humains, au mépris total de leur vie et de leur souffrance (notamment en ce qui concernait la recherche génétique sur les jumeaux). Cela se passait au camp d'Auschwitz-Birkenau. Il réussit à s'installer au Brésil après la guerre, où il ne fut jamais inquiété.

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