Publicité visant les enfants à la TV : pourquoi il est urgent de légiférer

Des députés PS ont enterré, en commission, une proposition de loi visant à supprimer la pub dans les programmes jeunesse de la télévision publique. Les parlementaires écologistes André Gattolin et Michèle Bonneton expliquent pourquoi ils demanderont, le 14 janvier en hémicycle, le vote du texte initial.

 Nathan, 7 ans, fait un caprice devant le rayon des jouets d'un grand magasin : « je veux celui-là, avec sa soucoupe volante, je l'ai vu à la télé ». « Il est trop cher, les couleurs sont criardes, il faut plusieurs piles... » lui répond ses parents. Au bout de quelques minutes de cris et d'agitation, ils finissent mettre le jouet dans le caddy…Ce serait donc celui qui crie le plus fort qui gagne ? Le processus d’érosion de l’autorité parentale observé par ceux qui travaillent au quotidien avec des enfants est en marche…

Les innovations permanentes dans la création d’images de synthèse confèrent aux messages publicitaires une efficacité toujours plus redoutable : les enfants perçoivent de moins en moins la différence entre le réel et la fiction, entre le message publicitaire et le programme visionné. Ne disposant pas de la capacité de distanciation nécessaire, l’enfant est devenu plus que jamais une proie, manipulable à souhait. 

Les publicitaires cherchent à tout prix à éviter le « zapping » au moyen de stimuli incessants. Cette stratégie de « capture » de l'attention voire de fascination des enfants est particulièrement préjudiciable aux heures matinales du réveil. Ainsi, pour le spécialiste de l’éducation Pierre Meirieu, les pratiques publicitaires rendent l'attention trop élevée (« hyper attention ») ou trop faible (« sous attention »), ce qui impacte négativement la réussite scolaire.

Les messages publicitaires ne sont pas conçus pour développer l'intelligence des enfants, ni pour les éveiller au monde, mais pour exalter les pulsions au détriment de la réflexion. Ils mettent en avant des postures que les enfants imitent sans esprit critique. Ils leur imposent des modèles de consommation qui les conduisent à se soumettre à ce que le président de l'association Résistance à l'Agression Publicitaire, M. Khaled GAIJI, appelle la « dictature du bonheur conforme ». Autrement dit : le bonheur est dans l'hyperconsommation, ostentatoire, par essence même jamais satisfaisante pour l’individu. Ainsi le système publicitaire exacerbe chez les enfants un vif sentiment de frustration permanente qui peut déboucher sur des comportements violents.

Nos enfants sont également une cible vulnérable en termes de santé publique. Les messages d’information de l’INPES qui figurent au bas des publicités n’y changent rien : la dérive des habitudes alimentaires est un phénomène de société qui prend racine dès le plus jeune âge. Au-delà du coût généré pour notre système de santé, il faut prendre en considération la souffrance pour des personnes : faut-il rappeler qu’un enfant frappé d’obésité avant l’âge de 7 ans a une « chance » sur deux de le rester toute sa vie ? 

Ces raisons nous ont conduit à déposer une proposition de loi au Sénat puis à l'Assemblée Nationale visant à supprimer la publicité commerciale ¼ heure avant, ¼ d'heure après et pendant les programmes jeunesse de la télévision publique, pour les enfants de moins de 12 ans. Il s'agit d'un texte mesuré, construit sur la base des nombreuses auditions de chercheurs scientifiques comme de praticiens qui a été adopté au Sénat le 21 octobre 2015. Cette proposition de loi a été et va passer en séance plénière de l’Assemblée Nationale le 14 janvier prochain.

 

Michèle BONNETON, députée de l’Isère, rapporteure de la proposition de loi à l'Assemblée Nationale

André GATTOLIN, sénateur des Hauts de Seine, auteur de la proposition de loi

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