«Chômeur optimisateur» et fière de l'être

Le terme «chômeur optimisateur» a été employé par la droite pour définir des profiteurs du chômage selon eux, puis décrié par la gauche et qualifié d’inexistant, de fantasme. Alors à ces deux descriptions, profiteuse et inexistante, moi qui par choix préfère les contrats courts, et désire la mobilité plutôt que la sécurité, je réponds par mon vécu, mes choix, ma légitimité.

En me penchant sur les actualités j'ai lu le qualificatif de "chômeur optimisateur". Ma définition sera sûrement approximative mais en substance un "chômeur optimisateur" est une personne qui jongle avec ses périodes de chômage et de contrats courts (saisonniers, intérim, remplacement) avec l'intention de rester dans cette situation où allocations et salaires s'entremêlent pour former un revenu décent. A contrario donc de ce que la "bien bien-pensance" estime bon pour cette personne, c'est à dire, mettre toute son énergie et sa volonté à trouver un emploi stable et durable. 

Mais moi je vous le dis haut et fort, "je ne veux pas d'emploi stable!"

Et oui, je me tiens au courants des lois en vigueur pour le chômage, des jours d’allocations qui me restent et je fais en sorte d'avoir grâce au chômage, entre mes contrats, du temps pour moi, pour faire ce que j'aime et auquel je n'ai pas de temps et d’énergie à consacrer lorsque je travaille. Car les emplois que j'occupe sont souvent des métiers fatigants pour le corps, des emplois à 39h, des emplois où les pauses ne sont pas prises et le rythme et plus que soutenu par manque de temps et d'effectif. 

Et si ça vous décoiffe que je me permette d'utiliser des allocations, pour lesquelles j'ai cotisé, pour organiser ma vie comme je l'entend, consolez vous en vous disant qu'en contrepartie ma situation sociale est précaire. Je ne peux certainement pas avoir de crédit, il m'est difficile de trouver un appart en ville, je dois faire des démarches de recherches d'emplois continuellement, et mon CV ne rentre que sur un format A3. (la dernière est une blague ;-) )

Aussi, messieurs, mesdames les politiques, sachez que sans ces "professionnels du chômage", ceux qui décident de sacrifier la "sécurité de l'emploi" pour la liberté d'être mobile, les bars et restaurants ne pourrez pas vous servir tous en pleine saisons, les piscines et campings ne pourraient pas vous accueillir dans de bonnes conditions, les EPHAD où sont entassés vos parents ne pourraient maintenir leurs services lorsqu'un employé est malade, les fruits et les légumes ne seraient pas ramassés, le vin ne serait pas produit, etc, etc..

Que les responsables politiques de droite fassent des raccourcis et montrent du doigt des faux coupables pour les difficultés rencontrées par notre société cela ne me fait ni chaud ni froid. Mais la Gauche n'a pour seule réponse que les chômeurs n'ont qu'une envie c'est de trouver un emploi stable et que jamais au grand jamais ils ne seraient calculateur, ou... optimisateur. C'est certes vrai pour une partie. La majeur? Je ne sais pas, mais pas pour tous!

Qui parle de nous alors?

Nous, nous sommes ces gens passant de meublé en meublé, ou vivant en camion, ou s'installant ponctuellement sur notre lieu de travail provisoire, ou un peu tout ça à la fois. Nous le faisons par choix, sachant ce que l'on gagne et ce que l'on perd. Et comme nous ne sommes pas des idiots, oui, nous utilisons les allocations chômages pour que notre vie soit possible, cette vie où la mobilité prime sur la sécurité. 

Vous parlez de nous comme des profiteurs, "chômeur optimisateur", alors que si nous existons c'est bien qu'il y a un besoin de travailleurs mobiles, capables d'accepter des boulots pas faciles car nous savons que ce n'est jamais pour longtemps et que nous prendrons bientôt un peu de repos. Nous répondons à un besoin et nous sommes satisfait de cette situation, quand on ne nous met pas trop de bâtons dans les roues bien sûr. Alors, où est le problème ?

Pour conclure: j'ai été vexée de me faire qualifier de profiteuse à demi mots alors que depuis que j'ai 16 ans j'ai travaillé dans de nombreux emplois du secteur tertiaire que j'affectionne mais qui est clairement sous valorisé. Mais là où je me suis senti une "sous citoyenne", c'est surtout dans la réponse de la Gauche, soit disant progressiste et qui a pour vocation de s'occuper de toutes les minorités, qui ne nous prenait aucunement en compte. Nous sommes une minorité il me semble, nous les travailleurs mobiles qui l'avons choisi.

Mesdames et messieurs les politiques de gauche ne vous étonnez pas si nous ne venons pas voter, vous ne savez même pas que nous existons.

Une chômeuse optimisatrice.

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