Des « Réverbères » obscurantistes : réplique à Pierre Hazan

Je réplique à une défense — fort mal rédigée — du communautarisme arménien en Suisse.

Un ami m’a alerté sur une note de blog publiée le 26 avril par un nommé Pierre Hazan, journaliste devenu chargé de cours en « arts visuels » à la Haute école d’arts appliqués (Genève) et en journalisme à l’université de Neuchâtel. Ce texte tente, fort maladroitement, de défendre le monument communautariste (et esthétiquement moche) qui vient d’être terminé à Genève sur le « génocide arménien », monument appelé, non sans emphase, « Les réverbères de la mémoire ». Il traduit un mépris absolu des règles universitaires les plus élémentaires.

D’abord, à aucun moment il n’est question du fait qu’un recours a été déposé, contre la construction, devant le Tribunal fédéral suisse, non par de grands méchants Turcs mais par des riverains, et que par conséquent, ceux qui ont pris la décision de commencer quand même les travaux prennent le risque de devoir ordonner un démontage, aux frais du contribuable genevois. De même, quand il parle des difficultés successives, rencontrées par les partisans du monument, jamais M. Hazan ne précise que le premier site choisi, c’est-à-dire la Vieille ville, l’avait été en contradiction avec les règles de l’urbanisme (dûment rappelées, là encore, par une association de riverains) et sans le vote de tous les crédits nécessaires, ce qui (ajouté à une découverte archéologique) a conduit à l’abandonner en 2013. M. Hazan ne précise pas non plus que le second site prévu, c’est-à-dire le parc de l’Ariana, a dû être abandonné aussi, non seulement en raison des demandes de la Turquie et d’associations turco-suisses, mais aussi de l’ONU, dont les bâtiments genevois donnent sur ce parc.

Le reste est à l’avenant : il aligne les imprécations morales[1], mais présente fort peu d’arguments pour soutenir la qualification de « génocide arménien ». À la vérité, il n’en donne que deux. Le premier est une citation attribuée à Hitler, qui aurait dit, le 22 août 1939 : « Qui se souvient encore du massacre des Arméniens ? » Remarquons d’emblée qu’une telle affirmation devrait reposer sur une source, a fortiori de la part de quelqu’un qui se dit universitaire et qui donne des leçons à un pays souverain. Or, il n’en fournit aucune, et pour cause.

Cette citation est apparue en 1942, dans un livre publié par un journaliste américain, Louis Lochner (1887-1975), ancien chef du bureau berlinois d’Associated Press (1928-1941)[2]. Passons sur le fait que Lochner ait été, pendant la Première Guerre mondiale, le secrétaire général d’un mouvement piloté et financé par Henry Ford, le fondateur des automobiles Ford, et qu’il ait signé, dans le cadre de ses fonctions, un texte prônant « la propagande », afin d’obtenir « l’autonomie pour l’Arménie, sous contrôle international[3] » — c’est-à-dire prendre aux Turcs des étendues plus vastes que la Suisse, et où ils étaient, déjà à cette époque et depuis des siècles, majoritaires[4]. Ne nous appesantissons pas sur l’antisémitisme obsessionnel de Ford[5], patron de Lochner — obsessionnel au point d’avoir inspiré Hitler, qui se référait nommément à Ford[6] —, ni sur le comportement, parfois plus que douteux, de la société Ford (encore dirigée par son fondateur), durant la Seconde Guerre mondiale. N’insistons même pas sur la rétention d’informations, pratiquée et assumée par Lochner, quand il était en poste dans le Berlin nazi : il considérait que le maintien de son activité professionnelle prévalait sur la qualité de l’information donnée au public américain, ce qui signifiait, concrètement, cacher certains crimes nazis pour que les autorités ne le forçassent point à exercer ses talents ailleurs[7].

Non : l’essentiel est que la version présentée par Lochner du discours prononcé par Hitler (notamment la phrase sur les Arméniens) est un texte apocryphe, rejeté comme tel par le Tribunal militaire international de Nuremberg. En effet, il n’existe, pour ce discours, ni de manuscrit rédigé par le Führer, ni de compte-rendu sténographique. Or, si le Tribunal de Nuremberg a retenu deux comptes-rendus, presque identiques entre eux, de ce discours (écrits après coup par des officiers ayant participé à la réunion), où ne figure aucune référence aux Arméniens, il a explicitement rejeté le texte remis par Lochner. Sidney Sherrill Alderman, substitut du procureur américain, a ainsi expliqué, au nom de l’accusation (passages soulignés par moi) :

« Nous avons trois de ces documents ; ils se tiennent et constituent un groupe unique. Je ne vais pas déposer le premier. Je vous présenterai les deux autres.

La raison en est la suivante : le premier de ces trois documents, qui nous est parvenu par l’intermédiaire d’un journaliste américain [Louis Lochner], prétendait être le compte rendu original de cette réunion d'Obersalzberg, remis à ce journaliste américain par une tierce personne, mais nous n’avons aucune preuve que le document ait été réellement remis à cet intermédiaire par celui qui avait pris les notes. Ce document n’a donc servi qu'à donner l'éveil à notre Ministère Public et à lui faire chercher des documents plus satisfaisants[8]. »

Quant à la défense des nazis, en personne de l’avocat Otto Stahmer, elle a contesté aussi bien la version de Lochner que celles retenues par l’accusation[9], et présenté une quatrième version, où il n’est pas question des Arméniens non plus. Quant au président, il n’a aucunement défendu la version Lochner, bien au contraire :

« Le troisième document ne nous intéresse pas puisqu’il n'a pas été lu. Le Tribunal juge d’après les preuves déposées et non d’après les articles parus dans les journaux. Le troisième document n’a pas été déposé devant le Tribunal[10]. »

Depuis, l’universitaire britannique d’ascendance arménienne Robert John a expliqué à plusieurs reprises, en s’appuyant sur les travaux du Tribunal de Nuremberg mais aussi sur un entretien avec le procureur américain Telford Taylor (1908-1998), lequel s’est dit fort sceptique quant à l’authenticité du texte de Lochner, que cette citation est fausse. M. John a aussi précisé qu’il avait écrit, en 1974, à Lochner, mais que celui-ci n’avait pas répondu[11]. L’historien américain Heath Lowry, qui fut chercheur à l’université de Harvard (1980-1983), directeur de l’Institut d’études turques à l’université Georgetown (1983-1993) puis professeur à l’université de Princeton de 1993 à son départ à la retraite, en 2014, s’est également penché sur la question, arrivant à la même conclusion[12]. Ajoutons que ni dans Mein Kampf, ni dans son autre ouvrage, écrit vers 1928 et publié après sa mort[13] Hitler ne fait la moindre référence aux Arméniens.

Or, est-il concevable qu’un universitaire, si modeste soit-il, ayant écrit sur la justice internationale, et notamment sur le procès de Nuremberg, n’ait pas lu le compte-rendu de ce procès, n’ait pas poussé la lecture jusqu’au tome II ? En d’autres termes : est-il concevable que Pierre Hazan ait proféré autre chose qu’un mensonge grossier ?

L’autre « preuve » de M. Hazan ne vaut pas mieux :

« C’est un juriste polonais, Raphaël Lemkin, qui, comparant l’abandon des Arméniens lors des persécutions et des massacres de 1915-1916 et celui des juifs durant la deuxième guerre mondiale, qui, dans son livre Axis Rule over Occupied Europe, forgea en 1944 le terme de « génocide » (un néologisme dérivé du grec genos – genre, espèce- et du latin –cide, tuer). Il voulait ainsi capturer conceptuellement et juridiquement une nouvelle réalité monstrueuse de la guerre – l’extermination des populations civiles – pour mieux la combattre. Lemkin fut, du reste, l’infatigable artisan de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948. »

Ce paragraphe, en plus d’être écrit en un mauvais français, est mensonger. D’abord, il n’y a pas la moindre référence aux Arméniens dans le livre de Lemkin Axis Rule in Occupied Europe. Ce n’est qu’après avoir publié ce livre que Lemkin s’est soudain mis, en quelques occasions, à parler d’un « génocide arménien », sans d’ailleurs apporter de développement un tant soit peu substantiel, et sans jamais donner à cet exemple une importance particulière dans sa pensée — à la différence de la famine en Ukraine sous Staline, par exemple. Ensuite, si Lemkin a effectivement créé le terme « génocide », la définition très vague qu’il en donnait a été explicitement rejetée par l’ONU[14]. Il n’a donc joué aucun rôle particulier dans la rédaction de la convention signée en 1948, sinon comme repoussoir. De fait, les notes personnelles de Lemkin montrent qu’il ne recensait pas moins de quarante-et-un cas de « génocides » aux époques moderne et contemporaine[15], ce qui serait considéré par la plupart des historiens comme une ineptie sans nom.

L’auteur tente de contrebalancer cette inanité argumentative par l’emphase :

« La tragédie arménienne nous interpelle d’autant plus qu’elle préfigure les événements qui vont se succéder tout au long du 20ème siècle jusqu’à nos jours, et en particulier, les persécutions des minorités et les politiques de nettoyage ethnique, sous l’œil souvent indifférent des monstres froids que sont les Etats. »

A-t-il entendu parler des guerres balkaniques (1912-1913) et de la purification ethnique, d’une part contre les musulmans (Turcs, Pomaks, etc. : 1 450 000 morts au total) et les Juifs, par les forces monténégrines, grecques et bulgares, d’autre part entre chrétiens (principalement Bulgares contre Grecs, et réciproquement)[16] ? Il semble que non. Un commandant des volontaires arméniens de l’armée bulgare, Garéguine Nejdeh, auteur de massacres de musulmans à cette époque, s’est pourtant retrouvé officier du Troisième Reich, pendant la Seconde Guerre mondiale[17]. Mais cela n’a pas l’air d’intéresser M. Hazan.

 

Toutefois, le texte de Pierre Hazan n’est pas seulement misérable : il laisse percer des idées dangereuses. C’est notamment le cas lorsqu’il écrit :

« Il est salutaire que Genève et la Suisse aient donné refuge [sic] aux Réverbères de la mémoire. Car la tragédie arménienne comme toute tragédie nécessite un travail de mémoire. Celui-ci est d’autant plus essentiel qu’il se heurte toujours à un négationnisme qui reste vivace. Rappelons qu’en octobre 2015, – soit un siècle après le début des massacres – la Suisse s’est faite condamner en appel par la Cour européenne des droits de l’homme pour avoir brimé la liberté d’expression d’un homme politique turc, qui, sur le sol suisse, avait nié la réalité du génocide arménien. »

Ne remarquons qu’en passant la faute d’accord (le participe passé du verbe « faire » est invariable devant un infinitif). Passons sur le fait que M. Hazan confonde la Grande chambre avec une cour d’appel : c’est une preuve de plus de son incompétence. Faire appel est le droit de toute personne, physique ou morale, condamnée ; la demande de réexamen devant la Grande chambre est soumise à un contrôle préalable du sérieux de ladite demande. Un arrêt d’appel, même confirmatif, se substitue au jugement de première instance ; un arrêt de la Grande chambre s’ajoute à la décision précédente. Une cour d’appel a une composition nécessaire et complètement différente de la juridiction de première instance, ce qui n’est pas le cas de la Grande chambre. Ne nous attardons pas sur le stratagème grossier qui consiste à confondre la contestation de la qualification de génocide et la « négation de la réalité du génocide » (sous-entendu : dénégation de tout massacre, de tout crime).

Ce qui déjà plus grave, c’est l’usage diffamatoire du terme « négationnisme ». Le « négationnisme », c’est la « doctrine niant la réalité du génocide des Juifs par les nazis, et l’existence des chambres à gaz » (Petit Larousse 2012, p. 727). C’est ce qu’a fait Romen Yepiskopsyan, auteur, en 2002, d’un ouvrage à succès paru à Erevan, intitulé Le Système national et chaleureusement recommandé par l’Union des écrivains arméniens. C’est ce que fait Maria Poumier, admiratrice de Roger Garaudy et Robert Faurisson, publiée (non pas, certes, pour ce qu’elle pense des chambres à gaz, mais pour une autre forme d’antisémitisme : Le Plan sioniste pour le Moyen-Orient) par J. Varoujan Sirapian, ancien vice-président du Conseil de coordination des associations arméniennes de France (CCAF) et auteur, en 2015, d’un article clairement antisémite, paru sur un site suisse d’extrême droite, et présentant le « génocide arménien » comme le résultat d’un complot juif, complot qui se serait perpétué avec la décision rendue le 28 février 2012 par Conseil constitutionnel français, censurant la proposition de loi Boyer (proposition qui visait à interdire tout débat sur les évènements de 1915-1916). Ni l’Association Suisse-Arménie, ni le CCAF n’ont émis, depuis, le commencement d’une critique contre M. Sirapian. Je n’ai pas trouvé trace non plus qu’une quelconque protestation de M. Hazan. Existerait-il selon lui deux types d’antisémitisme, celui qui mérite d’être condamné et celui qui ne le mérite pas ?

Ce qui ne fait guère de doute en tout cas, c’est que M. Hazan soutient le monument communautariste nommé « Réverbères de la mémoire » comme un moyen de contourner la décision de la CEHD rendue le 17 décembre 2013 dans l’affaire Perinçek c. Suisse, puis confirmée, le 15 octobre 2015, par l’arrêt de la Grande chambre — une jurisprudence encore réitérée, le 28 novembre 2017, par l’arrêt Mercan c. Suisse. Ces trois décisions distinguent très clairement le négationnisme — dont la CEDH a expliqué mainte fois qu’il est incompatible avec la Convention européenne des droits de l’homme, et peut donc être interdit[18] — et la contestation de la qualification de « génocide arménien », qui relève du sujet d’intérêt général et de la liberté d’expression.

En d’autres termes, et au mépris de la Convention européenne des droits de l’homme, M. Hazan veut imposer par l’autocensure et l’intimidation ce qui n’a pas pu être obtenu par la censure légale — le but étant toujours d’assimiler aux négationnistes des historiens comme Bernard Lewis (immense islamologue et turcologue, qu’on ne présente plus au public cultivé), Guenter Lewy, professeur honoraire à l’université du Massachusetts-Amherst, Edward J. Erickson, ancien professeur à la Marine Corps University, actuellement chercheur à la State University of New York, Carter Vaughn Findley, professeur à la Ohio State University, Eberhard Jäckel, professeur émérite à l’université de Stuttgart, Stefano Trinchese, professeur à l’université de Chieti (Italie), Norman Stone, professeur honoraire à l’université d’Oxford, Malcom E. Yapp, professeur émérite à l’université de Londres, Stéphane Yerasimos, professeur à l’université de Paris-VIII jusqu’à son décès prématuré, etc.

M. Hazan avait déjà montré le bout de l’oreille, l’an dernier, en s’amusant de ce que les relations entre la Suisse et la Turquie aient pâti de ce projet de monument communautariste. Or, ceux qui en pâtissent, in fine, ce sont les travailleurs suisses, dont les entreprises exportent moins en Turquie à cause des caprices de groupuscules extrémistes, et dont les impôts servent à payer le salaire de M. Hazan.

 

Toutefois, le plus grave n’est peut-être pas là. En effet, Pierre Hazan ose écrire :

« C’est sur le sol suisse que des décisions capitales ont été prises, dessinant l’actuelle carte de la Turquie après les massacres des Arméniens dans les années 1915-1916. En 1923, le traité de Lausanne, négocié au château d’Ouchy, satisfait le pouvoir kémaliste, en sacrifiant la création d’un Etat arménien dans le nord-est de la Turquie actuelle. Un Etat arménien, qui pourtant avait été promis par les puissances victorieuses de la première guerre mondiale lors du Traité de Sèvres de 1920. Mais le traité de Lausanne effaça celui de Sèvres… »

Une fois de plus, M. Hazan montre son ignorance de béotien : l’irrédentisme arménien, en ce qui concerne le nord-est de la Turquie, a été liquidé dès le traité turco-arménien de Gümrü (Alexandropol pour les Russes, Gyumri pour les Arméniens), le 2 décembre 1920, qui est une renonciation explicite au traité de Sèvres[19], puis la liquidation a été confirmée par le traité de Kars (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Russie, Turquie : l’URSS n’était pas encore constituée), le 13 octobre 1921. Ajoutons que le traité de Sèvres lui-même ne définissait pas précisément les frontières entre la nouvelle Turquie et l’Arménie, mais s’en remettait à l’arbitrage du président américain W. Wilson ; or Wilson, fort peu pressé, n’a notifié officiellement son arbitrage que le 6 décembre 1920, soit quatre jours après le traité de Gümrü, qui le privait précisément du droit d’arbitrer. Dès le 3 décembre de la même année, le président du Conseil français, Georges Leygues, faisait savoir que l’Arménie ne saurait être admise à la Société des nations, d’abord parce que le traité de Sèvres n’a pas été ratifié, mais aussi parce que « l’extension » des frontières occidentales de ce pays, telles que l’arbitrage Wilson (pas encore officiellement notifié, mais déjà connu) les prévoyait, allait au-delà de ce que les puissances pourraient garantir[20]. En effet, entre la signature du traité de Sèvres et celle du traité de Gümrü, la Turquie kémaliste, ayant échoué à convaincre le gouvernement arménien de transiger[21], est passée à l’offensive, et a écrasé l’armée arménienne sans le moindre problème — et sans non plus massacrer de civils[22].

Quand la conférence de Lausanne s’est ouverte, à l’automne 1922, les nationalistes arméniens et leurs partisans — notamment suisses et anglo-saxons — ne réclamaient plus — du moins plus ouvertement — une Arménie « wilsonienne », mais un « foyer national » autonome[23].

Néanmoins, ce texte ne trahit pas qu’une incompétence navrante : il laisse entendre, sinon un certain soutien, à tout le moins une certaine compréhension pour l’irrédentisme arménien contemporain (encore réaffirmé par la déclaration panarménienne de 2015). Or, c’est au nom de cet irrédentisme que les Commandos des justiciers du génocide arménien (CJGA) et l’Armée secrète arménienne pour la libération de l’Arménie (ASALA), par exemple l’assassinat de l’ambassadeur turc à Paris, İsmail Erez, et son chauffeur (CJGA, 24 octobre 1975), la tentative d’assassinat contre les historiens Stanford Jay Shaw (professeur d’histoire turque à l’université de Californie) et Ezel Kural Shaw (ASALA, 3 octobre 1977), l’assassinat de Yılmaz Çolpan, attaché pour le tourisme à l’ambassade de Paris (CJGA, 22 décembre 1979), l’assassinat de Mehmet Yergüz, secrétaire du consulat turc de Genève (ASALA, 9 juin 1981), la tentative de ravager Nyon (Suisse), en mettant le feu à sa fabrique d’allumettes (ASALA, 12 janvier 1982) ou encore le monstrueux attentat d’Orly (ASALA, 15 juillet 1983), qui fit huit morts et qui aurait dû, dans l’esprit de ses auteurs, en faire bien plus, la bombe ayant été prévue pour exploser dans l’avion, en vol — j’en passe, et des dizaines d’autres, jusqu’en 1997. Or, James Karnusian, cofondateur de l’Association Suisse-Arménie en 1992, était aussi un cofondateur de l’ASALA, en 1971. Autant de faits que M. Hazan ne cite jamais.

Il faudrait donc que M. Hazan clarifie aussi sa pensée, non seulement sur le droit, la jurisprudence, l’histoire et la liberté d’expression, mais aussi sur l’irrédentisme et le terrorisme arméniens. Cela fait, certes, beaucoup pour un seul homme.

 

Maxime Gauin

 

[1] Par exemple : « Il est salutaire que Genève et la Suisse aient donné refuge aux Réverbères de la mémoire. Car la tragédie arménienne comme toute tragédie nécessite un travail de mémoire. »

[2] Louis Lochner, What About Germany?, New York, Dod, Mead, & C°, 1942, pp. 1-2.

[3] « Ford Party Offers a Peace Program », The New York Times, 18 juin 1916, p. 3.

[4] Xavier de Planhol, Minorités en Islam. Géographie politique et sociale, Paris, Flammarion, 1997, pp. 228-240 ; Meir Zamir, « Population Statistics of the Ottoman Empire in 1914 and 1919 », Middle Eastern Studies, XVII-1, janvier 1981, pp. 85-106.

[5] Henry Ford, The International Jew, Dearborn, The Dearborn Publishing C°, quatre volumes, 1920-1922. Le premier volume a été réédité en 2012 par Alain Soral.

[6] Michael Löwy, « Henry Ford, inspirateur d’Adolf Hitler », Le Monde diplomatique, avril 2007.

[7] Benjamin Carter Hett, Burning the Reichstag. An Investigation into the Third Reich’s Enduring Mystery, Oxford-New York, Oxford University Press, 2014, p. 125.

[8] Procès des grands criminels de guerre devant le Tribunal militaire international de Nuremberg, Nuremberg, Imprimerie du TMI, tome II, Débats. 14 novembre 1945-30 novembre 1945, 1947, p. 290.

[9] Ibid., pp. 294-295.

[10] Ibid., p. 295.

[11]  « Historian of Armenian Descent Says Frequently Used Hitler Quote is Nothing but a Forgery », The Armenian Reporter, 2 août 1984 ; Robert John, « Did Hitler Say It? », The New York Times, 8 juin 1985.

[12] Heath Lowry, « The U.S. Congress and Adolf Hitler on the Armenians », Political Communication and Persuasion, III-2, 1985, pp. 111-140.

[13] Traduction française : L’Expansion du IIIe Reich, Paris, Plon, 1963 (réédité en 2015 sous le titre Second livre, chez Déterna éditions).

[14] Anton Weiss-Wendt, “Hostage of Politics: Raphael Lemkin on ‘Soviet Genocide’”, Journal of Genocide Research, VII-4, décembre 2005, p. 751.

[15] Steven L. Jacobs, Lemkin on Genocide, Lanham, Lexington Books, 2012, p. 17-19.

[16] Ilker Alp, Bulgarian Atrocities, Nicosie, K. Rüstem & Brothers, 1988; Comité de la défense nationale, Les Atrocités des Bulgares en Thrace, İstanbul, 1913 ; Dotation Carnegie pour la paix internationale, Enquête dans les Balkans, Paris, Georges Crès & Cie, 1914 ; René Lebaut, « La guerre balkanique — Les atrocités bulgares », Le Petit Journal, 22 juillet 1913 ; Pierre Loti, Turquie agonisante, Paris, Calmann-Lévy, 1913 ; Justin McCarthy, Death and Exile. The Ethnic Cleansing of Ottoman Muslims, 1821–1922, Princeton, Darwin Press, 1995, pp. 135-177; Jean et Jérôme Tharaud, La Bataille à Scutari d’Albanie, Paris, Émile-Paul frères, 1913 ; Hakan Yavuz et Isa Blumi (dir.), War and Nationalism. The Balkan Wars, 1912–1913, and Their Sociopolitical Implications, Salt Lake City, University of Utah Press, 2013.

[17] Mehmet Perinçek, “Nazi-Dashnak Collaboration During World War II”, dans AVIM (dir.), Turkish-Russian Academics. A Historical Study on the Caucasus, Ankara, Terazi, 2016, pp. 199-232; Christopher Walker, Armenia. The Survival of a Nation, Londres-New York, Routledge, 1990, p. 357.

[18] Cf., entre autres, X. c. République fédérale d’Allemagne, 16 juillet 1982, DR 29, p. 194 ; Honsik c. Autriche, 18 octobre 1995, DR 83-B, p. 77 ; Marais c. France, 24 juin 1996, DR, 86-A, p. 184 ; Garaudy c. France, 24 juin 2003, Recueil, 2003-IX, p. 333 ; et, mutatis mutandis, M’Bala M’Bala c. France, 20 octobre 2015, Gaz. Pal., 17 novembre 2015. Comparez aussi la décision Faurisson c. France du Comité des droits de l’homme de l’ONU, Communication No. 550/1993, U.N. Doc. CCPR/C/58/D/550/1993 (1996), avec l’observation générale n° 34 de ce même comité, 102e session, § 9 : « Toutes les formes d’opinion sont protégées et par là on entend les opinions d’ordre politique, scientifique, historique, moral ou religieux. Ériger en infraction pénale le fait d’avoir une opinion est incompatible avec le paragraphe 1 de l’article 19. »

[19] Serge Afanasyan, L’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie, de l’indépendance à l’instauration du pouvoir soviétique. 1917-1923, Paris, L’Harmattan, 1981, p. 147.

[20] Télégramme de Georges Leygues à Jean Gout et Léon Bourgeois (Genève), 3 décembre 1920, Archives du ministère des Affaires étrangères (AMAE), La Courneuve, microfilm P 16674.

[21] Hovannès Katchaznouni, The Armenian Revolutionary Federation Has Nothing to Do Anymore, New York, Armenian Information Service, 1955, p. 10 (1re édition, en arménien, Bucarest, 1923).

[22] Lieutenant de vaisseau Henri Rollin, La situation en Orient au 1er décembre 1920, 2e partie, Service historique de la défense, Vincennes, 1 BB7 236 : « […] on doit reconnaître que, de l’aveu même des fuyards arméniens, les troupes turques n’ont pas commis, cette fois, d’atrocités lors de leur avance. » Fait confirmé par les témoins américains : Heath Lowry, « American Observers ca. 1920: The Bristol Papers », dans Armenians in the Ottoman Empire and Modern Turkey (1912-1926), Ankara, Boğaziçi University Publications, 1992 (1re édition, 1984), pp. 42-70. J’ai personnellement vérifié, à la Bibliothèque du Congrès (département des manuscrits), le contenu des principaux documents utilisés dans l’article du professeur Lowry.

[23] Visite de M. Khatissian à M. de Perretti, 31 juillet 1922 (qui parle d’une autonomie dans la seule province de Van) ; Lettre des Délégations arméniennes réunies à Raymond Poincaré, 7 octobre 1922 ; Jean Gout, Note — Projet américain de Home arménien, 14 novembre 1922 ; Lettre des Délégations arméniennes réunies à Raymond Poincaré, 15 novembre 1922, AMAE, P 16677 ; A. Krafft-Bonnard, L’Arménie à la conférence de Lausanne, Alençon, Imprimerie Coueslant, 1923 (p. 1 : « Ce que les Arméniens réclamaient se résumait à cette seule requête : un foyer national, quelque part, si petit fût-il […]. ») ; Archag Tchobanian, « Nécessité d’un foyer arménien », La Revue de Genève, V, 1922, pp. 479-494 (p. 494 : « Aucun Arménien ne songe plus à un grand Etat réunissant toutes les terres où jadis a régné la liberté arménienne ; le peuple arménien n'a pu avoir ce rêve qu'au moment où il espérait l'acceptation américaine du mandat de l'Arménie. […] Pour la délimitation de ce Foyer, les Arméniens s'en rapportent entièrement à ce qui sera décidé par la Société des Nations d'accord avec les Alliés. »).

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.