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Serge Gauthier, Physicien, retraité du CEA
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Billet de blog 29 janv. 2019

La dissuasion, le CEA et le Laser MégaJoule

Le programme « Simulation » du CEA visant à pallier l’absence de tirs nucléaires impliquait la construction d’un grand équipement scientifique, le Laser MégaJoule (LMJ). Aujourd’hui, 23 ans plus tard,seulement 4,5 % de l’énergie prévue initialement est disponible. Dans le même temps, le renouvellement des têtes nucléaires s’est poursuivi.

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La France vient d’augmenter fortement le budget de la force de frappe, en vue de la moderniser [ici et ici]. Depuis une vingtaine d’années, alors que les menaces ont clairement changé de nature, la France poursuit la modernisation à marche forcée de son arsenal nucléaire. En particulier, le programme « Simulation » du CEA vise à pallier l’absence de tirs nucléaires dont le dernier a eu lieu en 1996. Ce programme, défini au début des années 90, a trois composantes, des ordinateurs massivement parallèles, une machine de radiographie, Epure, construite en collaboration avec les Britanniques, et un grand équipement scientifique, le Laser MégaJoule (LMJLMJ et LMJ). En termes financiers, l’élément central est évidemment le LMJ. Le CEA donne le chiffre de 7 M€ sur 20 ans, difficilement vérifiable. L'idée du LMJ, est de disposer d'une énergie suffisante pour atteindre la fusion thermonucléaire en laboratoire. Il s’agit de concentrer des faisceaux de lumière laser pour mimer le comportement d’une tête nucléaire. Le projet a été officialisé en 1996, après l’arrêt des tirs nucléaires. Le programme initial portait sur une machine de 240 faisceaux pour une énergie de 1,8 MégaJoule. Un bâtiment spécifique de 300 mètres a effectivement été construit au Barp (près de Bordeaux) pour 240 faisceaux et le projet a ensuite été revu à la baisse à 176 faisceaux pour 1,5 MJ. Une collaboration a été mise en place au début du projet avec les scientifiques du Laurence Livermore National Laboratory (Californie, USA), où le même objectif est poursuivi, à travers la construction d’une machine semblable, le NIF. Pourtant, dès cette époque, on pouvait être sceptique sur la faisabilité d’une telle machine à l’échelle purement française et sur la capacité de la Direction des Applications Militaires du CEA à mener à bien un tel projet scientifique. La culture interne du CEA/DAM est en effet plus proche de l’ingéniérie que de la recherche scientifique. En 2009, un physicien, vice-président du conseil régional d’Aquitaine, pointait que le LMJ représentait l’instrument scientifique le plus coûteux jamais construit en Europe par un seul pays et appelait à une collaboration avec la communauté scientifique civile pour impliquer l’Europe []. L’appel est resté sans effet et le CEA sûr de lui.

 Aujourd’hui, en 2019, 23 ans plus tard, il serait temps de faire le bilan. Il n’y a aujourd’hui que 8 faisceaux disponibles, c’est-à-dire 4,5 % (en théorie) de l’énergie prévue initialement. Dans le même temps, le NIF a atteint 2,15 MégaJoule avec 192 faisceaux, c’est-à-dire 115 % des spécifications initiales et a fêté cette année le 2000ème tir.

 Cela n’empêche pas le CEA, dans le document consacré aux 20 ans du Programme Simulation,  d’affirmer que « Le laser MégaJoule (LMJ) est en service depuis 2014. … Le défi du passage à la simulation a été relevé avec succès. Il s’est concrétisé par le renouvellement des têtes nucléaires des deux composantes. » Un peu plus loin, on trouve : « Le programme Simulation, tel que lancé en 1996, a été parfaitement réalisé en termes de délais, performances et coûts [ici]. … Il a permis la conception et la garantie des têtes nucléaires de renouvellement des composantes aéroportée TNA et océanique TNO. » Le point important est que la conception et la garantie des TNA et TNO ont été réalisées sans le LMJ car celui-ci est entré en service en 2014 et à 4,5 % des spécifications initiales. Cela est évidemment en contradiction avec le discours officiel selon lequel le LMJ est indispensable à la mise eu point de nouvelles têtes nucléaires.

 Par ailleurs, nos gouvernements, depuis bientôt deux décennies font du déficit budgétaire et de la dette publique un point central de la politique économique. On comprend difficilement dans ces conditions que l’on laisse le CEA mener sa propre politique. Ni le Parlement, ni la Cour des Comptes ne trouvent rien à redire. Il serait pourtant naturel de rechercher d’une part, une certaine efficience compte tenu des sommes considérables mises en jeu, et d’autre part, un minimum de transparence.

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