Nous sommes écologiquement perdus

Avec l'arrivée de la Cop21 à Paris, de nombreux citoyens voient en cette conférence une réelle possibilité de changement à l'échelle mondiale. Il s'agit d'empêcher le réchauffement climatique de nous prendre ces deux petits degrés qui détruiraient la stabilité de notre planète. L'idée est belle, mais c'est sans doute déjà perdu d'avance.

Cet article a été réecrit au propre sur mon blog personnel.

Nous savons que même en cas d'arrêt immédiat, brutal, soudain d'emissions humaines de CO², la planète mettra aux alentours de 10 ans avant de revenir à une stabilité relative. S'arrêter immédiatement, c'est cesser de vivre comme nous vivons aujourd'hui. Des études ont estimées que 10 minutes de vidéos regardées sur internet dégagent un gramme de CO². En cause, les gigantesques datacenters qui pompent une énergie gigantesque. Le Guardian postait en 2010 un article qui se questionnait sur l'empreinte carbonnique totale d'internet : plus de 300 millions de tonnes de co2 sont générées tous les ans pour faire fonctionner notre toile.

Les gaz polluants sont partout, même chez nos amis les bêtes : les vaches et les bovins sont responsables malgré eux de plus de 18% des emissions de gaz polluants. Comment tuer 247 millions de bêtes (chiffre uniquement applicables aux bêtes laitières) pour survivre ? En quel faveur ? C'est idiot. Sans vache, comment produire ces si agréables hamburgers que nous trouvons dans quasiment tous les pays du monde ? Des entreprises telles que McDonald's, qui est d'ailleurs le premier employeur privé en Angleterre, n'ont absolument pas les moyens de stopper la consommation de viande. Et il resterait tant à arrêter.

La mondialisation et ses flux, notamment ses énormes paquebots transportant les marchandises aux quatres coins du monde, pollue d'une manière incroyable : que cela soit le développement électrique dans les pays les moins développés ou les usines de textiles dans des pays tels que le Bengladesh ou la Chine, les emissions polluantes sont partout. Les transporteurs aquatiques consomment suffisamment de fuel par trajet pour alimenter électriquement des villes de 15 000 habitants pour plusieurs jours. La fonte des glaces du nord de la planète a dégagé de nouveaux trajets permettant l'accélération des allés-retours, qui ont donc tout naturellement été augmentés.

Saviez vous qu'un septième continent était en formation ? Ce n'est pas de la terre qui apparait dans l'océan, mais des déchets de plastique qui s'accumulent au nord de l'océan Pacifique. Large comme 6 fois la taille de France, ce continent est composé d'une très forte concentration de déchets, différents courants marins se reliant à cet endroit. Cela est visible depuis l'espace, et aucun plan de récupération, de transformation et de recyclage n'a été envisagé : mais le pourrions-nous ? Des déchets étalés sur plus d'un tier de la surface des Etats-Unis, pouvons-nous ne serait-ce qu'imaginer la quantité de moyens qu'il faudrait dépenser pour dépolluer cette zone ?

Mais ce n'est pas le seul cas d'extrême pollution humaine sur la terre : dans les pays en développement mais encore sous-développés, tels que le Bengladesh, des zones causent de réels problèmes, écologiques et sanitaires. Allez rechercher des photographies du quartier des tanneries de Dacca pour vous rendre compte que des gens vivent à cet endroit, que des enfants boivent ces eaux polluées par des produits désinfectants, des colles spéciales, des teintures chimiques... 

Photographie de Jakarta, Indonésie Photographie de Jakarta, Indonésie

 

Nous, occidentaux, devont tout changer, tout effacer et tout remettre à neuf : nous ne le pourrons définitivement pas. Par manque d'envie, peut-être. Par manque de moyens, sans doute. Par manque d'une volonté qui réunirait l'envie et les moyens, fort probable. Nous continueront tout de même à polluer, de manière lucide ou désavouée.

Prenez le cas récent de Volkswagen : quel autre exemple pourrait montrer d'une manière encore plus évidente que nous préférons le confort et le mensonge que la réalité et la protection. Nous ne constatons pas directement que nous commetons aujourd'hui ce qui posera problème demain. Nous envoyons nos vieux téléphones et les métaux précieux dans des pays d'Afrique tels que le Ghana, où des enfants tenteront d'extraire ces quelques micro-grammes d'or afin de gagner un peu d'argent, au péril d'être exposés à des produits toxiques, tels que le plomb ou le cadmium. Mais ne nous en soucions pas, ce ne sont pas nos enfants. Nous sommes béats et heureux de poster nos meilleures photographies de plages sans nous rendre compte que des milliers de particules fines de plastique les jonchent. Nous sommes béats et heureux de nous acheter les derniers modèles de voiture, en nous donnant bonne conscience en choisisant celui qui consommera le moins. Mais c'est encore trop.

C'est trop. J'ai le tourni quand je vois toutes ces voitures garées sur les parkings, quand je constate que nous ne pourrons pas empêcher des villes telles que Chongqing de plus de 33 millions d'habitants de cesser d'exister lorsqu'elles ne sont fondées que sur des entreprises de haute technologie ou de textile. Je me rend compte que nous ne pouvons, à l'heure d'aujourd'hui, d'aucune façon nous passer des véhicules. Quitter son véhicule particulier pour prendre les transports en commun est une excellente idée, oui, pourquoi pas. Mais que fait-on de la consommation des bus qui sillonnent les villes de part en part ? Dans ma ville de Reims, nous avons plus de 18 lignes de bus, dont la plupart sont rythmées à plus d'un bus toutes les dix minutes. Et les voitures n'ont pas disparues pour autant.

 

Et la biodiversité alors ?

Le climat est un point, la biodiversité en est une autre. L'année dernière, je fus sensibilisé aux problèmes engendrés par la pêche en eaux profondes par l'organisation à but non lucratif Bloom. A travers une conférence de Tedx Liège, Claire Nouvian nous expliquait comment des chalutiers raclait les fonds marins, détruisaient des écosystèmes entiers à des profondeurs vertigineuses afin de récolter quelques poissons mal-odorants et pas vraiment demandés sur le marché. Intermarché, le chef de file des chalutiers, déclarait, contre-expertise à l'appui, que cela était innoffencif pour la biodiversité des océans.

Tant qu'à rester dans le thème de la pêche, qu'en est-il de ces eaux remplies de poissons ? La surexploitation des ressources maritimes (et par ressources entendez petites créatures) a décimé les bancs et les pêcheurs doivent aller de plus en plus loin pour pêcher de moins en moins de poisson. La boucle ne cessera pas sans un bon coup de pied. L'Islande, dont la pêche représente 8% de son PIB et 60% de ses exportations, a du instaurer des quotas aux pêcheurs : et comme chaque mesure restrictive quant à une profession, de nombreux commercants et pêcheurs ont du mettre la clé sous la porte.

Les forêts, qui sont désormais saturées de CO², ne sont plus que des poumons cancérés par la fumette des hommes. Ravagées par le phénomène de déforêstation, ce sont des zones étendues comme l'Autriche qui disparaissent chaque années, soit 80 000km². Et ces chiffres prennent en compte les plans de reforestation.

La reforêstation, cette escrocrie qui permet à des entreprises telles que Nutella de se laver les mains en plantant de vulgaires palmiers à huile où de somptueuses forêts primaires étaient auparavant installées. Depuis l'an 2000, c'est une superificie de l'ouest de l'Espagne au nord-est de l'Allemagne qui a été détruite.

 

Permettez moi donc de douter de vos changements radicaux de paradigme de consommation. Je, nous, sommes parfaitement incapables de réaliser cette transition pour du propre. 7 milliards d'habitants, presque un tier vivant dans des pays sur-pollueurs tels que l'Inde, la Chine ou les Etats-Unis. Comment remplacer les énergies fossiles, tellement efficaces et peu chères dans les usines du monde entier ? Comment alimenter les humains en tuant les bêtes ? Quelle est la question ethique ? Où se situe le début de nos responsabilité dans cette idée de fin qui se rapproche à grand pas ? Finalement, combien de temps pourront nous continuer de cette façon ?

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