J’ai regardé ces derniers jours la série de HBO, intitulée Chernobyl.
Cinq épisodes, pour raconter l’histoire de la catastrophe de Tchernobyl.
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Horreur, tristesse immense, impuissance, colère, rage.
Car cette tragédie est surtout celle d’un peuple.
Celle du mensonge de ses dirigeants.
Celle des conséquences.
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Celle des sacrifiés, comme les célèbres « liquidateurs », ou comme ces trois héros qui deux jours après la catastrophe, sont allés sous la centrale effondrée, pour tenter de sauver ce qui pouvait l’être, et surtout empêcher le pire : l’explosion des deux autres réacteurs, qui aurait contaminé toute l’Europe et au-delà. Leurs noms : Alexei Ananenko, Valeri Bezpalov et Boris Baranov.
Celle de ce mal invisible et terrifiant.
Celle finalement, de l’épouvante nucléaire.
Chernobyl, c’est une réflexion politique, le récit d’une tragédie, et un hommage aux victimes.
Et cela nous rappelle qu’en France, il y a des centrales partout.
Les accidents, pudiquement baptisés "événements" nucléaires sont classés sur une échelle internationale, de 0 à 7. Les accidents les plus graves, Tchernobyl (26 avril 1986) et Fukushima (11 mars 2011) étaient de niveau 7.
En France, on a déjà atteint à plusieurs reprises, le niveau 4.
Juste quelques exemples :
A St-Laurent-des-Eaux(Loir-et-Cher) en octobre 1969 et en mars 1980, où des combustibles ont fusionné dans un des réacteurs de la centrale.
A Civaux (Vienne), le 12 mai 1998, un des réacteurs de la centrale a perdu son réfrigérant à la suite d’une rupture de canalisation.
Lors de la tempête de décembre 1999, le réacteur de la centrale nucléaire de Blayais (Gironde) a dû être arrêté d’urgence après que tous les systèmes de sécurité ont été inondés : les digues de protection n’avaient pas résisté à la force des vents.
Lors de la canicule de 2003, c’est la centrale de Fessenheim (Alsace) qui avait pris chaud. Elle a dû être arrêtée en urgence.
En 2006, de nouveau à Civaux, un opérateur a posé un livret sur un clavier de commande, entraînant un dépassement de la puissance thermique autorisée. De l’avis même de « l’autorité de sûreté nucléaire », une centaine d’anomalies ont lieu chaque année, comme au Tricastin en 2008 et à Gravelines en 2009.
Ces incidents sont souvent sous-évalués, parfois évités de justesse.
Les réacteurs nucléaires français ont été pensés et conçus pour une durée limite de 30 ans. En avril 2017, 42 des 58 réacteurs nucléaires français avaient déjà plus de 30 ans.
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Et je ne parle même pas du casse-tête des fameux « déchets nucléaires », demandez aux habitants de Bure ce qu’ils en pensent.
L’industrie nucléaire assure pourtant qu’en cas d’accident majeur dans une installation française, aucune conséquence ne pourrait se faire sentir à l’extérieur du site …
Certes, ce n’est plus une « idéologie » qui motive nos dirigeants (quoique …). A la place, ils défendent les intérêts des multinationales et font la guerre au Mali. Alors, l’intérêt des peuples devient secondaire.
Quand on sait que dans un pays aussi « développé » que le Japon, le gouvernement prétend que seul le tsunami a été responsable des 20 000 morts, et que les gens sont invités à retourner vivre dans les zones contaminées
Quand on sait qu’Arte a diffusé un documentaire intitulé Tchernobyl Fukushima "vivre avec" (en 2016), proclamant qu’il faut « gérer » sa peur à la suite de catastrophes comme celles de Tchernobyl et de Fukushima, les aménageurs de la vie mutilée, relayés par des représentants d'instances étatiques ou associatives, prétendent réduire à néant toute possibilité de mise en cause de la déraison nucléaire, enjoignant à chacun d’en tirer au contraire parti, plutôt que de se hasarder à en rechercher les responsables et à rendre inhabitées des terres inhabitables,
Quand on se souvient que « le nuage de Tchernobyl s’est arrêté à nos frontières », on peut se le demander : que se passerait-il si un accident survenait chez nous ? Que nous raconterait-on de bien rassurant dans la boite à mensonges ?