GCO de Strasbourg : Veni Vidi mais pas Vinci !

Pour désengorger la circulation dans le centre ville de Strasbourg, les autorités ont confié à Vinci la construction d'une nouvelle route : le grand contournement ouest (GCO). Mais ce projet va engendrer la disparition de nombreuses terres agricoles pour un bénéfice assez modeste en terme de réduction de la pollution et de nuisances routières.

La manifestation contre le projet de contournement de Strasbourg GCO.

Notre-Dame-des-Landes, lignes LGV, autoroutes… Des dizaines de projets tous plus fous les uns que les autres sont mis en route, déclarés d’utilité publique et imposés aux Français sur ce seul argument. L’Alsace n’est pas épargnée par ces projets faramineux et aussi inutiles que destructeurs. Depuis plus de 16 ans, Strasbourg veut désengorger son autoroute A35 qui traverse la ville. Avec presque 170 000 passages par jour, cet axe routier est surchargé les matins et soirs lors des mouvements pendulaires des travailleurs. Les autorités font le forcing pour créer une « voie de délestage » censée rendre tolérable le trafic routier et la pollution qui en découle, pollution de l’air mais aussi pollution sonore. La faune et la flore sont aussi très largement impactés.

La solution miracle ?

Les autorités ont donc lancé le Grand Contournement Ouest (GCO), une autoroute de délestage qui permettrait à ceux qui ne vont pas à Strasbourg d’éviter de passer par le centre ville pour continuer leur route. Le hic ? Cette solution ne résoudra en rien le problème. Pire encore, pour être réalisé, le projet doit confisquer des terres agricoles qui sont parmi les plus fertiles de France, exproprier des agriculteurs, détruire des espaces naturels en partie protégés et surtout donner du travail à une toute petite entreprise qui a bien du mal à faire des bénéfices : VINCI Autoroutes.

Comme dans le cas de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou de la LGV du sud-ouest, les citoyens ont été consultés, mais bien sûr au moment où le projet était déjà en route. Dans le cas de l’aéroport par exemple, certains accusent le référendum d’avoir été faussé.

A Strasbourg, la notion même d’intérêt public est largement bafouée. Pourquoi ? Parce que des études indépendantes démontrent l’inutilité du projet, son impact microscopique sur la qualité de vie des habitants et son incapacité à réduire le trafic. En effet, la Chambre de commerce et d’Industrie du Bas-Rhin annonce une réduction de 35 000 véhicules par jour, mais il en restera encore encore 135 000 en circulation. On s’interroge alors sur l’utilité de cette nouvelle route au regard des capitaux engagés, des destructions effectuées, des citoyens volés de leur terre, avec un résultat modeste : 135 000 véhicules traverseront encore Strasbourg.

C’est à ce moment précis de l’article que vous devriez faire appel au bon sens. Cette réflexion doit vous amener à vous poser une simple question : n’y a-t-il pas d’autres solutions ? Evidemment oui ! Mais ces alternatives ne profiteraient pas à notre pauvre Vinci, puisque au-delà de construire le GCO, la société deviendra aussi le gestionnaire et pourra exploiter la concession pendant plusieurs dizaines d’années. Il serait vraiment dommage de repenser le flux routier en priorisant les transports propres.

Avec la montée des mouvements comme Nuit Debout et bien d’autres, un nombre croissant de citoyens comprend que faire plus de routes, c’est engendrer plus de trafic et plus de véhicules. A l’heure où la planète cherche le moyen de corriger ses erreurs, les autorités imposent une nouvelle route polluante. Ainsi, le bon sens joue quand le collectif parle en son nom pour dire : non il n’y a pas de notion d’intérêt public.

La révolte citoyenne.

Dès le début, des habitants se sont opposés à ce chantier. Ils se sont regroupés en collectifs et militent sur tous les fronts. Manifestations, procédures juridiques et recours, blocages citoyens. Ils ont le courage de s’opposer et de lutter pour le réel intérêt public. Nous devrions tous les remercier pour leur ténacité. Je ne vais pas ici vous dresser leur portrait car je souhaite réellement que vous alliez voir leur site internet pour comprendre, agir pour et avec eux en signant par exemple leur pétition. Ce projet ne concerne pas que les Strasbourgeois : nous sommes tous concernés par des chantiers qui vont totalement à l’encontre du bien commun. Alors plus que vous informer par ce modeste article, agissez et soutenez les citoyens en lutte.

La Hulotte

Article publié sur Gazette Debout 

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