Les régions «submergées par les flux» : une représentation raciste classique

Avec «les régions submergées» de Monsieur Collomb on se trouve face à un discours classique du racisme

"Submergés" : Discours Le Pen.

C'est ce que j'ai appelé ailleurs la métaphore ou le trope de l'inondation, et cela remonte au 19ème siècle, mais dans son étude de la construction du fascisme, récit raciste qui allait porter ses fruits en Allemagne nazie, dans les années 1930 et 1940, quand le « flot envahissant » était le flot rouge du bolchévisme, « véritable océan se soulevant par vagues, inondant et engouffrant tout », Klaus Theweleit isole le pouvoir de la métaphore de l’inondation dans un discours de haine essentiellement raciste (Male Fantasies, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1987, 1, p. 231).

Plus près de chez nous Jean-Marie le Pen, pendant une trentaine d'années ressort sans cesse le trope de l’inondation : dans son ouvrage, La France est de retour, (1985), il proclame que « “nous” somme boutés [de toutes sortes de lieux publics] par une véritable marée humaine », puis il déclara qu’ « il n’y a  plus d’intégration possible. Il n’y a plus de possible que la résistance, ou, tôt ou tard, la submersion par l’invasion », Présent (13-14 novembre 1989) ; de même, dans son livre L’espoir, (1989), qui présente la perspective de populations européennes indigènes de moins en moins nombreuses, destinées à être « rapidement remplacées et submergées par des populations étrangères ».*

* Pour plus d'exemples on peut consulter Taguieff, Face au racisme tome 1.

Voir aussi l'article basé sur un entretien téléphonique que j'ai accordé à Jared Goyette de la radio publique américane PRI qui cite ma recherche sur la métaphore de l'inondation.
http://www.pri.org/stories/2016-01-29/historically-xenophobic-metaphor-used-trump-limbaugh-obama-and-us

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