Faire de la PAC le levier de la transition agroécologique

La Commission Européenne a lancé le 29 mai dernier une consultation européenne sur « l’usage durable des pesticides ». Réponse de Guillaume CROS, Vice-Président EELV du Conseil Régional d’Occitanie, membre du groupe des Verts au Comité des Régions

Les crises sanitaire et climatique que la planète entière traverse doivent nous amener à réinterroger urgemment le modèle agricole prédominant et à opérer un changement radical de modèle de développement.


Le modèle de développement agricole qui s’est imposé en France, en Europe, dans le monde est dépassé, inadapté, inefficace tant d’un point de vue environnemental, économique que social.

Les écologistes ont toujours agi tant au niveau local qu’européen pour une agriculture paysanne qui préserve la biodiversité, les sols, lutte contre le dérèglement climatique. Les écologistes défendent l’interdiction des pesticides chimiques et la mise en place de modèles résilients basés sur l’agroécologie.

En effet, les pesticides chimiques détruisent le vivant et altèrent notre santé. De nombreuses études ont mis en évidence les liens entre exposition aux pesticides et risques accrus de troubles du développement, de détériorations des fonctions neurologiques, de déficiences immunitaires et de certains cancers.

Si de nombreuses lois et directives sur l’usage des pesticides existent, force est de constater que leur ambition et leur application sont de véritables échecs. A titre d’exemple, d’après les chiffres publiés en janvier 2020 par le Ministère de l’Agriculture français, l’utilisation des pesticides a bondi de 24% en un an alors même que le gouvernement s’était fixé pour objectif une diminution de 50% d’ici à 2025 !
 
Cette explosion des ventes de pesticides révèle l’échec cuisant des différentes mesures mises en place depuis 20 ans comme le plan Écophyto lancé en 2008.

Pourtant, les consommateurs ne veulent plus être exposés aux pesticides. D’après un sondage IFOP paru en Mai 2019, près de 89% des français interrogés se déclaraient pour « l’interdiction totale des pesticides chimiques en Europe » d’ici 5 ans.
 
Des mesures fortes doivent donc être prises au niveau européen pour accompagner le changement des pratiques agricoles vers l’agroécologie.

Si la réduction des pesticides constitue un des axes forts des stratégies « Farm to Fork » et « biodiversité », il est essentiel que la future Politique Agricole Commune, à partir de 2023, intègre concrètement ces deux stratégies dans ses instruments.

La prochaine Politique agricole commune doit donc être modifiée en profondeur pour abandonner les modes de production industrialisés dépendants des intrants chimiques, au profit de l’agroécologie, qui garantit aux populations une alimentation saine et sûre tout en préservant les écosystèmes.  Il apparait ainsi essentiel que les aides du premier pilier de la PAC soient strictement conditionnées à des pratiques respectueuses de l’environnement et de la santé et qu’un rééquilibrage conséquent des budgets vers le second pilier soit opéré pour accompagner les agriculteurs dans la transition et réussir à transformer les systèmes agricoles en place.

L’Union Européenne doit faire de la prochaine PAC le levier de la transition agroécologique et l’outil de la souveraineté alimentaire de l’UE. Elle doit, dès aujourd’hui, arrêter de céder aux sirènes des lobbies des pesticides, de l’agrobusiness, en repensant nos systèmes agricoles afin de mieux protéger la santé des agriculteurs, des consommateurs mais aussi protéger et faire revivre notre biodiversité !

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