MACRON OU LA BANALITE DU MAL LIBERAL

Sans soulèvement populaire à visée révolutionnaire, le gouvernement continuera de façon inflexible à briser la vie sociale de millions de personnes en instaurant l'inhumanité d'une précarité généralisée.

"Des gens qui ne sont rien"; "les sans dents"; "la vie est précaire, le travail doit l'être aussi". Ces obscénités proférées respectivement par Macron, Hollande et Parisot ne sont pas des pensées issues de cerveaux malades. Ce sont des discours en complète cohérence avec les nécessités du système économique néo-libéral qui, dans sa phase de crise aigüe notamment depuis les années 80, doit briser les derniers acquis (parfois très maigres) des producteurs de valeur économique, à savoir les travailleurs, qu'ils soient salariés, sous statut, indépendants.

Les capitaux cherchent en permanence à se rentabiliser "quoiqu'il en coûte" à la collectivité. Eliminer le travail vivant (les humains) au profit des systèmes techniques, non pour libérer l'homme "de la servitude des tâches ingrates" mais pour optimiser le profit à court terme, est une constante. Si le travail vivant est indispensable, maintenir voire développer un chômage de masse afin de maintenir des salaires au plus bas niveau possible. Les marchés de concurrence libre et non faussée, à l'échelle européenne et mondiale non pas d'autre vertu que d'opposer les travailleurs entre eux. La xénophobie et le racisme sont là pour masquer cette réalité économique et politique. Les relais politiques de ces discours de haine sont aux ordres des actionnaires.

Pour plier les volontés de résistance des travailleurs, en plus des divisions artificiellement créées par les discours politiques, la précarité généralisée est une arme de destruction massive des individus dans leur relation au travail. Réduire les gens à ne penser qu'au lendemain qui est incertain c'est en revenir aux conceptions du pré-salariat du 19ème siècle. Dans cette phase le capitalisme était qualifié de "sauvage". Que reste-t-il à accomplir pour les actionnaires et leurs représentants politiques pour parachever ce retour à la sauvagerie?

Détruire ce qu'il reste de bien commun qui échappe encore à la loi du profit. En France ce bien commun que convoitent banques, assurances et fonds de placement, sur l'instigation des actionnaires, c'est le domaine de la protection sociale et les quelques secteurs d'activités nationalisés. Sans relâche depuis leur mise en place depuis 1946, que ce soit le régime général de sécurité sociale (santé, retraite) ou les entreprises comme EDF, les actionnaires privés et les partis politiques (de la droite gaulliste à la social-démocratie incarnée aujourd'hui par ce qui reste du PS) n'ont eu de cesse de vider de leur substance (retraite par répartion, couverture sociale) voire de briser (GDF et autres) ces conquêtes collectives.

Le résultat de cette lutte de classe acharnée est affligeant. 10 millions de pauvres dans le pays. Des millions d'emplois précaires. Une dégradation permanente des relations au travail, à tel point que beaucoup de jeunes ne veulent pas faire le "sale boulot" qu'on leur propose, à bas prix. D'où le succès de cette proposition obscène d'un revenu de base pour que ces jeunes restent dans la marginalité plutôt que dans la contestation active. 

Et Macron dans tout ça? La banalité du mal? Oui, en cela qu'il est en charge du programme de destruction du système de protection sociale et "en même temps" de mettre à disposition de la haute bourgeoisie une population docile ou matée. Le déni du mal social généré par cette politique (mesurons les dégâts psychiques et physiques d'une vie sans perpective concrète pour soi et les siens, dans un contexte de démolition systématique des protections sociales collectives), le déni du mal généré par les exactions, couvertes, des forces de répression. Le discours culpabilisateur porté par l'idéologie dominante renvoyant aux individus isolés la responsabilité de leur propre situation a pour but d'éviter la réflexion collective sur les fondements et mécanismes mortifères du système capitaliste qui broie les individus et leur environnement.

Tous ces politiciens qui se vautrent dans la justification de cette fabrique du mal social (la concurrence, le coût du travail, la dette, les retraites, le temps de travail,...) en nous faisant croire que cette descente aux enfers est inévitable; tous ceux qui détournent l'attention sur des problémes fabriqués par eux, le racisme, la xénophobie, l'insécurité pour que rien ne puisse changer et que les "gens de peu" se battent entre eux!

Tous sont complices du mal et des souffrances endurées par d'autres qu'eux. Réalisons que nous pouvons prendre notre destin en main, sans eux! "La libération des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes".

 

 

 

 

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