L'écrivain dissident soviétique Alexandre Zinoviev déclarait, en juin 1999, que pendant la guerre froide entre les forces de l'OTAN et celles du pacte de Varsovie, la démocratie dans les pays de l'ouest était une arme contre l'URSS. Aujourd'hui, l'URSS ayant disparu, la démocratie n'est plus nécessaire aux puissances occidentales.
Cette analyse prémonitoire fait écho à la situation de crise du système de production capitaliste. Cette crise qui a pour effet de paupériser, y compris au sein des nations les plus riches, une quantité grandissante d'individus, prend sa source dans la baisse des taux de profit moyen obtenu par les investisseurs financiers. Si certains prédateurs mondiaux tirent leur épingle du jeu de monopoly planétaire, cela se fait au prix d'un jeu de massacre qui met à terre des pans entiers de l'économie mondiale. Les dégâts humains sont irréparables.
La maîtrise des appareils d'Etat par ces prédateurs est encore à l'ordre du jour dans la mesure où des gisements de profit échappent encore partiellement à leur contrôle. En France, il en est ainsi de la protection sociale (741 milliards d'euros en 2018...), d'entreprises nationales de type EDF/SNCF. Les représentants des groupes financiers (banques, assurances, fonds de placement,...) au sein des gouvernements qui se sont succédé depuis 1969 (rappelons que Pompidou, déjà!, était fondé de pouvoir de la banque Rothschild avant d'être président de la République) n'ont eu de cesse de déconstruire les acquis des luttes sociales de 1936 et 1946 notamment. Leurs "succès" étaient inversement proportionnels au rapport de force que leur opposaient les travailleurs organisés.
Depuis l'effondrement de l'URSS et la mise en conformité néo-libérale de la Russie et des anciens pays "de l'est", c'est "open bar" pour la prédation financière. La course au profit a pu reprendre...mais les crises se font de plus en plus fréquentes! Contradiction indépassable de ce système économique qui n'en finit pas de finir! Et qui risque, dans son agonie, de tous nous emporter par le fond.
Les conditions "d'extorsion de la survaleur" créée par les travailleurs sont à tel point pathogènes (souffrance au travail, précarité qui se répand, chantage au chômage comme arme de dissuasion massive,...) que nombre de personnes, notamment des jeunes, refusent de jouer le "jeu" d'entrer sur le marché du travail. Les "valeurs" de concurrence, de winners, de profit et autres obscénités semblent ne plus faire autant recette. Et pourtant la propagande d'Etat ("start up nation") les y encourage assidûment. Le discours idéologique en faveur des "loups libres dans un poulailler libre" ou autrement dit "la concurrence libre et non faussée", rejetée par référendum mais validée par les députés de droite et du parti socialiste, semble avoir perdu de son mordant.
Entre en scène un nouveau "prêt à penser" de substitution. Le désordre, la violence, la "chienlit" disait déjà De Gaulle en 1968, suite à quoi les chars du général Massu entourèrent Paris! La bourgeoisie ne permet jamais docilement que ses privilèges soient remis en cause. N'oublions jamais le slogan du patronat français avant la seconde guerre mondiale: "plutôt Hitler que le front populaire!". Choix qui fut assumé avec des flux financiers français vers le 3ème reich...
L'alignement des médias et de nombres de politiques sur cet axe autoritaire pour "sauver la nation qui sombre" permet de banaliser la perspective, déjà bien amorcée reconnaissons le, de ce qu'il faut bien appeler par son nom: restriction des libertés publiques, état policier, promotion de discours guerriers (l'Orient comme ennemi), le fascisme, quoi!
Les candidats se bousculent déjà au portillon médiatique et politique. Le dernier article en promotion semble être un général! (De Villiers pour être précis). Les plus vieux articles en rayon (les gestionnaires de stocks appellent ceux-là des "rossignols") du type Le Pen, utilisés jusqu'à la corde par les Mitterrand, Chirac, Macron, y croient encore. Ce dernier vient de déclarer qu'il ne serait peut-être pas en capacité de se représenter car susceptible de mettre en œuvre des politiques extrèmes...Comme d'habitude, il fera où ses commanditaires lui diront de faire.
Le décors est planté (nous aussi d'ailleurs...). Que faire? Dirait Lénine. A mon humble avis, commencer par arrêter toutes les âneries qui divisent notre "camp". Prendre conscience que tous les discours qui visent à occulter, nier, euphémiser la réalité de la lutte des classes (les capitalistes ont une conscience aigüe de leurs intérêts de classe!) nous affaiblissent, nous divisent. Honte à Foucault et ses héritiers intersectionnalistes, post modernes, post marxistes, mystiques, adorateurs de Gaïa et autres. Ne pas voir qu'il y a celles et ceux qui produisent plus qu'ils ne consomment (en gros celles et ceux qui bossent ou qui aimeraient bien bosser) et les autres qui consomment plus qu'ils ne produisent (par choix et position de classe), Marx parlait du prolétariat et de la bourgeoisie, et qu'il faut se regrouper d'abord sur ces bases, est une attitude mortifère. Les autres problèmes bien réels portés par les mouvements intersectionnels ne peuvent être appréhendés et dépassés sans dépassement préalable des contradictions du système capitaliste qui transforme et traite les personnes humaines en marchandises.
Ce dépassement a comme condition sine qua non le rapport de force. Tout ce qui l'entrave travaille en faveur du fascisme re-naissant.