Militer au corps à corps

Quel type de militantisme pour combattre la peur et la résignation?

Le contexte politique est connu. La présidentielle de 2022, sauf coup d'Etat bonapartiste, ou pire, toujours possible, se jouera entre forces très inégales. Sur un axe RN...Valls, les soutiens violents de l'ordre capitaliste. Sur un axe PS...Jadot, le maintien du social libéralisme. Sur l'axe restant, LFI...NPA, on va, aujourd'hui, d'un programme d'urgence actualisé depuis 2017 à une attitude critique sans débouché politique à court terme. Etat des lieux peu réjouissant pour les partisans d'évolutions révolutionnaires.

Est-ce joué d'avance? Le bouillonement de l'actualité sociale et économique nous incite à la prudence et à l'audace.

La prudence face à une certaine sidération d'une grande partie de la population n'ayant pas pensé les contradictions du système capitaliste et son histoire faite de violence face à toute menace. La peur est également présente, et encouragée par le pouvoir. Peur des violences policières pour les salariés engagés, peur de la misère sociale pour les salariés, ou non, dans la précarité. Angoisse construite par les médias spécialisés. Guerre idéologique qui n'hésite plus à reprendre les discours racistes voire néo nazis (les gens qui ne sont "rien" étaient la cible du philosophe Heidegger en parlant de ces "sous hommes" n'ayant pas accédé à "l'être").

Prudence également vis à vis du rôle efficace joué par les faux nez du système: partis ou associations, syndicats, églises, intellectuels, coupe jarrets du mouvement progressiste. Cela fait du monde et beaucoup d'argent et de relais médiatiques.

Audace nécessaire cependant face aux potentialités de colères et de luttes. Rien ne serait pire pour des progressistes que d'être en retrait par rapports aux exigences portées par le "mouvement social", même contradictoires. Le rendez-vous manqué avec les gilets jaunes doit faire réfléchir de façon critique. Audace également vis à vis de millions de personnes actuellement en retrait, souvent les plus victimes de ce système obscène, qui, mobilisées, peuvent faire la différence.

Comment espérer casser cet isolement politique et le transformer en force progressiste? Le corps à corps politique. La dispute, l'échange, le débat à égalité de dignité. Repérer ce qui dans les discours verticaux de nos organisations ne correspond pas aux possibilités de mise en mouvement des populations concernées. Adopter une posture d'écoute, d'empathie à rebours du sermont politique souvent asséné, semble être une condition sine qua non de l'accès au respect de l'autre. Ceci n'est pas contradictoire avec une posture de conviction personnelle, mais conviction poreuse à l'apport d'autrui.

S'inspirer des leçons du psychologue russe Vigotski qui, en matière d'apprentissage, avait développé la notion de "zone prochaine de développement". Son transfert dans le champ politique (ou syndical) permet et impose de proposer et respecter chez l'autre sa capacité à faire parfois un seul pas, parfois plus lui permettant de déplacer et d'agrandir son espace d'implication. Cela implique, comme dit plus haut, écoute, empathie, égalité de dignité. Et beaucoup de temps passé en porte à porte, réunions d'appartement et autres dispostifs ad hoc.

Un an et demi dans les conditions démocratiques (volontairement et durablement) dégradées, ce n'est pas de trop!

 

 

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