Gédéon Peret
Abonné·e de Mediapart

11 Billets

0 Édition

Billet de blog 16 avr. 2012

Le Politique et la conquête du hasard (Réflexion sur l'idéologie réaliste, partie IV)

Gédéon Peret
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

C'est le mot de la campagne présidentielle, celui des partis prétendant au pouvoir, celui qu'on entend comme résonne le judement dernier, "réaliste". On pourrait se rejouir de voir pour la première fois, dans l'histoire politique française, comme un élément de mesure, comme une modération inattendue et tant espérée portant en elle la promesse -enfin tenable- que les mots du politique ne dépasseraient plus l'étendue du pouvoir des actes. Le politique, presque affranchi de la mythologie providentielle, aurait réduit ses ambitions à ses possibilités. Sa volonté a perdu sa majuscule, sa vue s'est affaiblie, ses mots sont plus légers, moins engageants, il marche avec sur lui rien qui ne reluise, mais il est déjà pardonné,car son réalisme a réduit la question des fins à celle -limitée- de ses moyens.
Le panache évincé, la modestie retrouvée, on pourrait presque soupirer de soulagement de voir le politique enfin "humain, trop humain". Mais quelque chose d'étrange nous dit que nous avons été floué, que le message réaliste masque quelques lâchetés. En réduisant les fins aux moyens, le politique tait ce qu'il a abandonné. Et le réalisme alors tant vanté, peut-être relègue dans un silence indifférent les injustices les plus criantes au prétexte qu'aucun moyen n'y peut remédier. Le réalisme charcute les mots de justice et de priorité. Il comprend le réel en fonction de ses possibilités et non selon la hiérarchie des nécessités. Le politique s'est fait expert comptable, il parle de chiffres sans dire qu'ils ont abandonné des hommes,  mais ses allures d'épicier doivent être entendues comme une vertu. C'est là le crime redoutable de sa pensée.
Cependant, il semble que même le réalisme promette trop. La définition des moyens et de l'étendue de leurs pouvoirs repose en définitive sur la science économique. Mais ce vocable de science masque la deuxième grande lâcheté du réalisme: la peur du hasard. La science s'efforce de prédire l'avenir, de contrôler ce qui par essence échappe au politique. Aussi le politique qui abaisse ses ambitions nourrit-il en secret l'espoir de contrôler la Fortune, car quand il y a peu d'ambitions, il y a peu de hasard. Mais les fondements de son rêve sont des plus imparfaits. La science économique qui n'a pas su annoncer la crise de 2008, n'a pas non plus les moyens de nous dire de quoi demain sera fait. La prudence du politique "réaliste" va ainsi jusqu'à promettre de continuellement s'ajuster aux variations des possibles contenues dans les moyens. A l'épicier succède le présentateur météo.Celui-ci ne promet ni la pluie, ni le beau temps; il se contente de les annoncer avec plus ou moins d'indifférence car au fond, tout cela ne dépend pas de lui. Le réalisme est donc autant une stratégie de déresponsabilisation du politique.
La lâcheté et la peur sont des passions cousines. C'est parce que le politique craint l'échec qu'il s'efforce avec insistance de réduire les possibles afin de mieux les contrôler. Ce "lâche soulagement" contemporain a cependant le caracètre paradoxal d'avoir renforcer le recours à la science prédictive écomonique. On aurait pu croire qu'après 2008, le savoir référentiel aux yeux du politique serait redevenu la science de l'Etat, c'est-à-dire la science politique; en somme, qu'on serait passé de l'économie politique actuelle à la politique économique, l'une insistant sur le rôle de l'Etat comme variable d'ajustement de l'économie, l'autre sur le rôle de l'Etat comme moteur planificateur et régulateur du marché. Il semblerait donc qu'on ne change pas d'oracle comme de chemise. Mais comme on l'aura vu, il y a quelques lâchetés qui ne sont pas sans intérêts. 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Covid long : ces patientes en quête de solutions extrêmes à l’étranger
Le désespoir des oubliées du Covid-19, ces Françaises souffrant de symptômes prolongés, les pousse à franchir la frontière pour tester des thérapies très coûteuses et hasardeuses. Dans l’impasse, Frédérique, 46 ans, a même opté pour le suicide assisté en Suisse, selon les informations de Mediapart.
par Rozenn Le Saint
Journal — Extrême droite
L’extrême droite et ses complicités tacites
Au lendemain de l’agression de journalistes et de militants antiracistes au meeting d’Éric Zemmour, les rares condamnations politiques ont brillé par leur mollesse et leur relativisme. Au pouvoir comme dans l’opposition, certains ne luttent plus contre l’extrême droite : ils composent avec elle.
par Ellen Salvi
Journal
Sylia (SOS Racisme) : « On n’avait pas anticipé la violence de la réaction de la salle »
Ce soir, retour sur le meeting d’Éric Zemmour à Villepinte avec notre reportage et notre invitée, Sylia, militante de SOS Racisme. De la violence dehors, de la violence dedans, et de nouvelles preuves que le candidat de l’extrême droite est bien, aussi, le candidat de l’ultradroite. Retour également sur les enquêtes « Congo hold-up » avec nos journalistes, Justine Brabant et Yann Philippin.
par à l’air libre
Journal — Social
La souffrance à tous les rayons
Le suicide de la responsable du magasin de Lamballe, en septembre, a attiré la lumière sur le mal-être des employés de l’enseigne. Un peu partout en France, à tous les niveaux de l’échelle, les burn-out et les arrêts de travail se multiplient. La hiérarchie est mise en cause.
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel

La sélection du Club

Billet de blog
Lettre ouverte du peuple kanak au peuple de France
Signé par tous les partis indépendantistes, le comité stratégique indépendantiste de non-participation, l’USTKE et le sénat coutumier, le document publié hier soir fustige le gouvernement français pour son choix de maintenir la troisième consultation au 12 décembre.
par Jean-Marc B
Billet de blog
Ne nous trompons pas de combat
À quelques jours du scrutin du 12 décembre, il importe de rappeler quel est le véritable objet du combat indépendantiste dans notre Pays. Ce n’est pas le combat du FLNKS et des autres partis indépendantistes contre les partis loyalistes. Ce n’est même pas un combat contre la France. Non, c’est le combat d’un peuple colonisé, le peuple kanak, contre la domination coloniale de la République française qui dure depuis plus d’un siècle et demi.
par John Passa
Billet de blog
Pourquoi ne veulent-ils pas lâcher la Kanaky - Nouvelle Calédonie ?
Dans quelques jours aura lieu, malgré la non-participation du peuple kanak, de la plupart des membres des autres communautés océaniennes et même d'une partie des caldoches. le référendum de sortie des accords de Nouméa. Autant dire que ce référendum n'a aucun sens et qu'il sera nul et non avenu.
par alaincastan
Billet de blog
1er décembre 1984 -1er décembre 2021 : un retour en arrière
Il y a 37 ans, le drapeau Kanaky, symbole du peuple kanak et de sa lutte, était levé par Jean-Marie Tjibaou pour la première fois avec la constitution du gouvernement provisoire du FLNKS. Aujourd'hui, par l'entêtement du gouvernement français, un référendum sans le peuple premier et les indépendantistes va se tenir le 12 décembre…
par Aisdpk Kanaky