Basta!

Au lendemain du début du déconfinement, Alice Bosler et Grégoire Verrière, coordinateurs nationaux des Jeunes Génération.s, interpellent les responsables politiques de gauche et écologistes, et leur demandent d’être à la hauteur du moment grave et inédit que nous vivons. Basta ! Pour eux, le temps de l'unité est venu.

Soyez à la hauteur car le monde qui se dessine peut devenir sinistre. Bien que la catastrophe du Covid-19 bouscule la hiérarchie des valeurs et nous pousse de fait à opérer des basculements vers plus de justice et de résilience, les gardiens de la doxa néo-libérale nous préparent déjà à une régression sans précédent.

Dans ce contexte grave et inédit, quoi de plus sensé que de proposer et de défendre avec ardeur la question de l'unité du camp social et écologiste.

Vouloir l’unité, ce n’est pas folklorique ni nostalgique, mais bien pour nous permettre de vivre dignement, sans angoisse perpétuelle. Pour certains c’est même une condition de survie.

Le capitalisme financier est un système aujourd’hui ébranlé, qui n’arrive plus à dissimuler les dégâts qu’il engendre. Pour perdurer il se renforce en devenant de plus en plus vorace. Le cynisme est roi et la finance broie. Certains se font casser la gueule parce qu'ils manifestent, d'autres subissent la violence de la misère dans les quartiers populaires.

Cela fait bien longtemps qu’il n’y a plus de projet politique capable de susciter véritablement espoir, de permettre un sursaut collectif, de remettre l’économie au service de la vie et non du profit. Une ambition pour la jeunesse de notre pays, il y en a encore moins.

La jeunesse est livrée à l’idéologie néo-libérale, c’est-à-dire à la loi du plus fort.

Bien né.e, un.e jeune adulte sera formé.e dans les grandes écoles aux dernières techniques managériales. L’esprit pollué par la performance et la compétition, aucune dimension sensible ne sera permise.

Pour les autres ils/elles seront le prolétariat 2.0, de la matière précarisable à disposition. Un métier, une situation stable, de la reconnaissance sociale, ils/elles ne connaîtront probablement pas.

Cela vous indigne ? Nous les premiers. D’autant que pour les hommes en col blanc et les réactionnaires en tout genre, cela se justifie par : ”le mérite”. Vous comprenez, « un jeune ça doit en baver pour apprendre la vie ». Basta ! Ras le bol de leurs conneries. Parce qu’en plus  de précariser notre présent, ils saccagent aussi notre avenir.

Si nos sociétés dites « modernes » ont tant de mal à encaisser le choc provoqué par le Coronavirus, c’est bien parce qu’à force de dominations, tant sur les êtres humains que sur le reste du vivant, on a annihilé toutes chances de résilience. La catastrophe que nous traversons est un aperçu de ce que l’on nomme l’effondrement. Des chocs il y en aura d’autres, plus ou moins violents mais il y en aura d’autres, et qui en prendra plein la gueule ? Nous et les générations suivantes.

Les gardiens du temple néolibéral, les adorateurs du profit et de la concurrence ne jurent que par la reprise de l’activité économique tambour battant et par la suppression des quelques protections qu’ils restent aux travailleurs et aux éco-systèmes.

Ne les laissez pas faire, ne les laissons pas faire !

Basta ! C’est bien parce que nous refusons d’être spectateurs de notre déperdition, que nous disons aux responsables politiques, qu’ils se disent de gauche ou écologistes, peu importe, cela fait bien longtemps, pour nous, que l’un et l’autre veulent dire la même chose, bougez-vous, soyez à la hauteur. L'heure n'est plus aux querelles de clocher ou aux pinailleries de vocabulaire, et encore moins au narcissisme des petites différences. Nous condamnons fermement les procès en pureté politique et les volontés hégémoniques des un.e.s et des autres. Aucun parti n'a le monopole de l'écologie, aucun parti n'a le monopole de la gauche, aucun parti n'a le monopole de l'opposition au macronisme. Nous ne pourrons porter aucun des trois si nous ne parvenons pas à décrisper les identités partisanes et à nous rassembler autour d'une visée en commun.

Les dystopies barbares que mettent en scènes certaines séries ne sont plus si distantes de la réalité. C’est avec la boule au ventre que nous nous projetons vers l’avenir. La précarité nous guette, l’effondrement écologique est là, le temps n’est plus aux querelles. Un bouillonnement sans précédent s'opère au coeur même de la société engagée et des idées transformatrices émergent partout. La jeunesse, de par ses mobilisations massives et répétées, de par sa recherche de modes de vie plus sobres, en rupture avec le consumérisme technophile, rejette en bloc ce modèle qui nous asservi.

Alors soyons à la hauteur car comme le montrent vos constats et vos contributions, à 90% vous partagez  la même conception de ce que devrait être une société juste, résiliente, convivialiste, et humaniste. Pour les 10% restants, mettons nous autour de la table et discutons, dès aujourd'hui. A 99% nous tomberons d'accord sur le fait que nos divergences sont secondaires par rapport à ce qui nous unit : un ennemi commun, le capitalisme libéral et productiviste qui nous tue.

Avec tout ou partie de la jeune gauche écologiste, nous avons déjà entamé le travail d’échange et de construction. Quotidiennement nous discutons, réfléchissons et écrivons ensemble des propositions communes pour un basculement total et radical de notre société vers une vraie République Sociale et Écologiste. L’unité des humanistes, des écologistes, de la gauche, nous y sommes prêt.e.s. Nous y travaillerons sans relâche.

Alice Bosler et Grégoire Verrière, Coordinateurs nationaux des Jeunes Génération.s

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