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Billet de blog 7 mars 2020

Polanski, Woody Allen et les autres... Pas si simple.

Le renoncement du groupe Hachette à publier les mémoires de Woody Allen est sans doute ce qui peut donner des ailes et des arguments à tous ceux qui s’opposent à la libération de la parole des femmes.

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Le renoncement du groupe Hachette à publier les mémoires de Woody Allen est sans doute ce qui peut donner des ailes et des arguments à tous ceux qui s’opposent à la libération de la parole des femmes. A tout vouloir mélanger, à se positionner « pour ou contre », à plier devant les pressions de Ronan Farrow et à sa suite de tous ceux qui prétendent défendre les victimes, nous voici devant une censure qui dit son nom.

Woody Allen a été accusé en 1992 par son ex-compagne d’avoir abusé sa fille Dylan alors âgée de sept ans. Allen a toujours démenti les faits qui lui sont reprochés.

Où est la vérité?

Car que savons-nous des faits? Deux cours de justices américaines ont classé cette affaire. Dans le sillage de MeToo, Ronan Faroww, fils de Woody Allen, réactive la dénonciation de sa soeur. 
Alors, la vérité, saurons-nous jamais où elle se situe?

Moses, fils adoptif de Mia Farrow, a pris la défense de son père en faisant de sa mère un portrait bien loin d’une femme aimante. De cette horrible saga familiale, qui pourra dénouer les fils de ceux qui sont pour Mia de ceux qui sont pour Woody?

Mais là n’est pas la question. Aujourd’hui une maison d’édition refuse de produire le livre d'un homme alors qu’elle a édité celui d’un autre homme, son fils, qui l’accuse.

Qui seront demain ceux qui n’auront plus le droit de s’exprimer?

Sommes-nous devant un tribunal qui désormais fera la pluie et le beau temps, le droit de dire ou de ne pas dire en fonction de l’air du temps?

Je ne sais pas si Woody Allen est coupable - il dit que non avec la justice américaine - je ne sais pas si Mia Farrow et Dylan disent vrai en s’appuyant sur MeToo. Personne ne le sait. Mais que les Editions Hachette se soumettent à ce que croit Ronan Farrow et à la vox populi est un bien mauvais signal pour les libertés.

Polanski a été condamné pour des actes qu’il a commis et qu’il a reconnus. Ses films existent. On peut les ignorer ou les apprécier. Il continuera à en faire. Woody Allen, qui n’a pas été condamné, qui a été acquitté, peine à trouver des financements et des distributeurs. Et voici que ses mémoires risquent de ne pas trouver d’éditeur.

Ronan Farrow a le vent en poupe. Il a dénoncé, avec force et raison Weinstein. Mais qui écoute ceux qui ne tiennent pas pour son discours contre son père : sa soeur Soon-Yi, épouse de Woody Allen, son frère, affligé d’avoir été manipulé selon lui par sa mère, Diane Keaton, son ex-compagne, Scarlett Johanson et tous ceux qui lui conservent leur estime et leur amitié?

A s’embarquer dans les croisades indispensables pour la défense des enfants et des femmes sans plus de bagages que la certitude d’être dans « le bon camp », nous risquons d’être demain dans une société régie par ceux qui parlent le plus fort, soumis à une censure qui dit son nom : celle des soldats de la juste cause oublieux de la nuance et du discernement.

L’air du temps est parfois bien sale, bien triste, bien poisseux. Il suffirait d’un doute, rien qu’un doute.

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