Melofolia et le domaine de chauffaille en Limousin

Encore un projet "climaticide", 47 ha de terres agricoles vont disparaître dans l'indifférence quasi générale, sauf que :...

Il y a un grand domaine arboré de 170 ha et des gens veulent le détruire pour y faire un parc d’attraction.

chauffaille1

 

 

L’action se passe dans la pays Arédien au sud de la Haute Vienne.

La mégalomanie de quelques « élus » mène à ça.

Il n’est pas possible d’en discuter avec les gens d’ici. L’autocensure fait son œuvre, on a peur des « représailles » supposées, le manque de courage est partout. 

Donc écrivons. 

Ce projet est « climaticide » dans toute sa dimension

Détruire toujours détruire.

Depuis les années 80, époque des trente glorieuses les humains fument les ressources de la planète par les deux bouts. On ne sait plus trop comment faire pour se mettre à réduire ne serait ce que petit à petit notre rythme de destruction de la biodiversité.

Certes il y a une prise de conscience, la COP21, les objectifs régionaux en terme d’agro foresterie, d’agro écologie, de programmes écophyto, le « Limousin puits de carbone », le « tourisme vert »…

Et là un projet complètement à l’envers qui se propose de faire venir  prochainement dans cette zone reculée des milliers de touristes par jour tout ça pour faire les singes sur des trottinettes électriques. 

 

Une association a été crée afin de défendre le lieu.

« chauffaille autrement »

« chaufalha Autrament » en occitan

 

Déjà une centaine d’adhésion et des personnes déterminées qui travaillent pour informer, car des infos il n’y en a pas ou très peu.

Un site internet vient d’être crée pour tout expliquer et proposer autre chose

 

https://chauffailleautrement.000webhostapp.com/

 

On y trouvera notamment l’analyse suivante par Germaine Auzeméry-Clouteau

 

Mélofolia : Petit marketing pour un grand vide

Un humanisme à l’eau de rose

Le projet de parc d’attraction Mélofolia (nommé « Les géants de la musique » dans les documents les plus anciens) développe un discours de bienveillance et affiche un univers fait de bons sentiments. Les termes « écoute », « respect », « partage » et « intergénérationnel » émaillent le propos. Il est même question de viser « l’harmonie entre les Êtres, la Nature et la Musique ». Le grand Rousseau lui-même semble avoir inspiré le projet… À moins qu’il ne s’agisse d’un recyclage à bon compte de la pensée New Age.

Notre lecture.
Tant que le projet n’explicite pas très concrètement la mise en œuvre de ces nobles notions, nous ne voyons que des mots-clés destinés à anesthésier le jugement critique des décideurs.

L’autofiction : « Écoutez : j’ai eu une vision ! »

Parallèlement à ce discours pseudo-humaniste, le projet est présenté comme s’inscrivant dans une histoire. Il est scénarisé. Et ce n’est pas un hasard. Le jargon de la communication marketing appelle cela le storytelling, stratégie bien connue pour embarquer l’imaginaire du client. Et qui plus est lorsque cette histoire est une autofiction : Monsieur Hodiamont himself a eu une vision. Il a entraperçu un monde auquel nous n’avons pas accès. Et nous avons une chance inestimable : par philanthropie, il va nous faire partager cette vision en donnant corps à son rêve.

Notre lecture.
Avec ce scénario, le tour est joué, le sujet déplacé. La question n’est pas du tout que la société privée Dreamgest veuille faire un business dans une ZNIEFF mais bien que Monsieur Hodiamont, personne par ailleurs semble-t-il tout à fait affable et généreuse, souhaite nous faire communier à son rêve.

 

Un vide narratif

Bon, soyons fairplay et décidons pour un temps d’adhérer à ce storytelling. Soit. Lançons-nous dans la vision et ouvrons la bande dessinée qui nous la conte. Ciel !... Malgré nos efforts et ceux du dessinateur, le vide narratif est sidérant, la fiction fait pschitt. Voici Alice blasée et le Lapin blanc désœuvré… N’est pas Lewis Carroll qui veut ! Et la puissance d’une fiction ne se réduit pas à une image ni à la taille d’un piano. 

Notre lecture.
Aussi géant soit-il, ce piano sorti des eaux est une toute petite idée. Cette image n’a pas le pouvoir de nous faire passer de l’autre côté du miroir. Aucun monde n’est inventé qui pourrait être support d’une attraction. Quant aux personnages Mélo, Folia et Rythmix, ils sont sans consistance, leur graphisme insipide semble une pâle copie de l'univers BD et des grands parcs d'attraction. Posons-nous la question : comment le public pourrait-il se déplacer en masse ? Et, quand bien même il serait au rendez-vous, comment pourrait-il avoir envie de revenir ou de recommander la visite ?

La fameuse « expérience »

Le parc Mélofolia entend faire vivre une « expérience » et ressentir « des émotions ». C’est là encore un lieu commun, une terminologie devenue incontournable et politiquement correcte dans le monde de la culture et du tourisme, notamment dans celui des parcs d'attraction nouvelle génération. Eh oui, qu’on ne s’y méprenne pas : il ne s’agit plus du tout de venir consommer du loisir, non, absolument pas. Nous avons dépassé cette époque ! Il s’agit « de proposer une expérience », de « partager des émotions ». Revoilà cette belle rhétorique marketing aux allures humanistes. La société Dreamgest a certainement dû lire le récent rapport publié par l’agence consultante Atout France « Des parcs aux sites de loisirs ». Mais d’ailleurs, l’a-t-elle assez médité ? Car on y explique que désormais, le public recherche de véritables expériences plus que des distractions gadget… Et que nous promet Mélofolia sur ce point ? De déambuler dans et autour de structures évoquant des instruments géants, d’écouter du son, de regarder des vidéos, de faire joujou avec des trottinettes électriques, de voir des mises en lumière, d’activer des supports numériques et enfin de manger dans un snack.

Notre lecture.
Le menu attractif semble bien maigre. Il s'agit à nos yeux d'une pseudo-expérience vécue dans un environnement de clichés et fondée sur l'emploi de technologies qui seront bien vite dépassées et qui n’éblouiront pas les plus jeunes, eux qui, quoi qu’il en soit, auront toujours un temps numérique d’avance. Quant à la « communion avec la Nature », expérience existentielle s’il en est, on en déduit qu’elle réside dans l’accrobranche et dans la possibilité de stationner son véhicule à l’ombre de vrais arbres…

Avis de recherche : où donc est la musique ?

Seul l'univers de la musique savante et un peu celui du rock sont évoqués. Et encore, de manière tout à fait superficielle. Où sont les musiques populaires, les musiques urbaines contemporaines, les musiques traditionnelles du monde, la musique expérimentale, etc... ? Violon, piano, harpe, batterie : voici pour les instruments.

Notre lecture.
Où est la diversité, l’ouverture au monde, la soi-disant pédagogie ? L'approche de la musique proposée dans le projet reconduit des clichés pas même dignes d’un quiz niveau 1. Les instruments de musique géants ne sont pas des instruments de musique géants, ce sont des structures qui n’en ont que l’apparence extérieure. Donc il n’y a pas d’exploration, d’expérimentation, rien de bien spectaculaire non plus, seulement des images.

Un projet hors sol et dépassé.

Le volet social du développement durable mentionne le nécessaire ancrage local de tout projet. Qu’en est-il dans le projet de Monsieur Hodiamont ? Où donc est le lien avec la réalité culturelle et notamment musicale du territoire ? Ce n’est pas la présence anecdotique d’un restaurant « produits du terroir » ou encore les parements en pierres de Saint-Yrieix qui maquilleront cette indigence culturelle.

Notre lecture.
Le parc Mélofolia procède d’un modèle de divertissement consumériste de masse standard, de nulle part et de partout à la fois. Il est en décalage complet avec un tourisme vert et culturel dont les schémas directeurs de développement régionaux et départementaux font étalage. Il est grand temps que notre région sache tirer parti de ses richesses : une ruralité toujours vivante, un environnement relativement préservé, des paysages divers, bref : un lieu où l’authenticité a encore un sens, modèle alternatif qui devient de plus en plus précieux dans un monde de plus en plus anonyme, uniforme et surconnecté.

Le Limousin et notre Pays de Saint-Yrieix ont-ils à gagner de l’atterrissage d’une soucoupe volante déjà ringarde ? N’ont-ils pas l’imagination, la jeunesse d’esprit et la sagesse d’être bien plus innovants que cela ? Ne pourrait-on se payer le luxe d’avoir, pour une fois, une longueur d’avance au lieu de courir après la soi-disant modernité ?

 

 

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