Georges HADDOU

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Billet de blog 17 octobre 2012

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Refondation de l'école

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La période de scolarité obligatoire s’étend, depuis un peu plus d’un demi-siècle de six à seize ans. Mais nous conservons encore une rupture obsolète entre l’enseignement primaire prodiqué dans les écoles et la première partie de l’enseignement secondaire dans les collèges.

Il paraîtrait judicieux de porter la scolarité obligatoire de cinq à dix-sept ans. Cela aurait l’avantage de réduire l’échec scolaire en étalant le cours préparatoire sur deux ans et en faisant du baccalauréat le diplôme de fin d’études obligatoires. Bien entendu, il devrait y avoir une obligation d’accueil par les collectivités publiques des enfants de deux à cinq ans dans des ensembles comprenant, sans solution de continuité, jardins d’éveil et écoles maternelles. L’enseignement obligatoire doit retrouver une unité. L’unité de base pourrait être le collège avec une partie éclatée correspondant aux actuelles écoles et une partie regroupée qui irait jusqu’au baccalauréat qui serait, répétons le, le diplôme général de fin d’études obligatoires. Le collège aurait à sa tête un professeur principal, secondé par des professeurs principaux adjoints à compétence géographiques, pédagogiques et administratives. Cette solution aurait l’avantage de résoudre, à moindre frais, l’épineux problème des EPEP (établissements publics d’enseignement primaire), les principaux adjoints à compétence géographique devenant des régisseurs de recettes pour le compte du comptable principal. Les lycées deviendraient soit des lycées généraux antichambres de départements universitaires appropriés et grandes écoles, soit des lycées techniques donnant une qualification et pouvant également ouvrir les portes de départements universitaires adéquats et grandes écoles.

Il importe d’amener progressivement l’effectif de la classe dans une fourchette 12/18 pour diminuer l’échec scolaire et intéresser les élèves. Il importe également que chaque classe ou groupe d’éèves soit toujours animé, par au moins deux enseignants, femme et homme si possible. « Testus unus, testus nullus » disait un adage du droit romain ; ce qui valait pour les gendarmes vaut aussi pour les professeur(e)s. Cela devrait faciliter également la lutte contre l’échec scolaire.

Cette évolution supposerait une adaptation importante du contenu de l’enseignement qui doit toujours transmettre des connaissances aux élèves, contribuer à faire le constat de leurs aptitudes et les améliorer. Il importe de rechercher l’équilibre entre l’abstrait et le concret, le mental et le physique, l’intellectuel et le manuel. L’apprentissage de l’anglais est à généraliser, de l’anglais parlé avant l’anglais écrit, car c’est la seule façon de vendre nos idées au monde anglo-saxon. L’étude scientifique, progressive et significativement évaluée des principales règles juridiques de vie en société (droit privé et droit public) est indispensable. Il est inadmissible qu’à la fin de la période d’instruction obligatoire les jeunes ignorent les textes essentiels gouvernant les statuts des personnes et des biens, les contrats avec les droits et obligations attachés, la responsabilité, l’utilité publique,…. Le droit privé gère désormais la comptabilité nationalement et internationalement. Les jeunes doivent être familiarisés avec son maniement. La formation juridique ne peut être que bénéfique à la formation de l’homme et du citoyen. L’apprentissage du français et des autres langues doit se faire autant à partir des textes juridiques que de la littérature. L’article 1382 du code civil « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer » ne présente pas moins d’intérêt que le vers de Racine « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes » (Andromaque –V-5).

Le 20 décembre 2007 le président de la République affirmait : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il leur manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. »

Il est évident que l’instituteur, devenue depuis quelques temps déjà professeur des écoles, ne peut pas remplacer le pasteur, le curé et l’imam. Mais le pasteur, le curé, l’imam ne pourront jamais remplacer le professeur des écoles. Seul le professeur laïque des établissements publics, qu’il soit professeur des écoles, des collèges, des lycées ou d’université est en mesure et se doit, parce qu’il est laïque, d’éviter tout prosélytisme politique, philosophique, religieux ou autre. Lui seul est en mesure d’enseigner objectivement les règles juridiques de vie en société. Certes les religions, les philosophies, les morales ont joué, jouent et joueront un rôle dans l’élaboration et l’évolution de ces règles humaines qui restent le dénominateur commun des sociétés qui réunissent les citoyens. Ces règles qui constituent le droit, dans la mesure où elles sont acceptées par une majorité de citoyen(ne)s libres doivent s’imposer à tous, même si elles doivent évoluer. C’est la seule source viable d’un enseignement objectif de la morale laïque et de l’humanisme susceptible de combler le vide laissé par la dégénérescence du sentiment religieux traditionnel.

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