Georges HADDOU

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Billet de blog 22 décembre 2012

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L'Algérie

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Un beau pays l’Algérie 

En 1948, à l’aube de mes vingt ans, M. François Hollande n’était pas encore né et M. Abdelaziz Bouteflika avait 11 ans. A l’instar de M. Hollande, mais à cause d'une grève des paquebots desservant l'Afrique du Nord, j’atterrissais à l’aéroport d’Alger Maison blanche pour aller prendre le train inox qui me conduirait à Tlemcen rejoindre la Médersa où j’avais obtenu, après des recherches infructueuses en métropole, un poste de maitre d’internat et d’externat stagiaire afin de poursuivre des études supérieures. Les médersas d’Alger, Constantine et Tlemcen avaient été créées sous Napoléon III pour prodiguer un enseignement bilingue franco-arabe. J’y appris surtout la dactylographie en tapant les cours de philosophie et un manuscrit sur les tombeaux de Tlemcen du directeur M. Emile Janier (1909 – 1958), éminent arabisant. Les stagiaires, pratiquement tous internes prenaient leur repas au collège De Slane avec un menu spécial sans porc et peut-être Hallal. En 1949, je rejoignais la médersa d’Alger, dirigée par M. Ibnou Zekri (1893 – 1956), d’origine Kabyle, excellent linguiste, homme de grande prestance dans son habit traditionnel. La médersa se trouvait dans la casbah à coté de la mosquée Sidi Abderahmane, derrière le lycée Bugeaud. Chaque jour ouvrable, je me rendais à pied à la faculté de droit par la rue Randon, la rue d’Isly et la rue Michelet en passant devant la grande poste. Comme le vieux port à Marseille, le quartier de la marine avait disparu, mais restaient les rues Bab-Azoun et Bab el Oued. En 1950 les médersas devinrent des lycées franco-musulmans et les directeurs des proviseurs. Je regagnai- la métropole en 1952, une fois la licence en droit obtenue. L’université d’Alger avait produit beaucoup de professions libérales d’origine autochtone (médecins, avocats, pharmaciens et même notaires dont un, Me Farés, occupera des fonctions gouvernementales). Il n’y avait, à ma connaissance qu’un seul polytechnicien, M.Bouakuir, directeur au gouvernement général, qui périt noyé quelques années plus tard. Les médersas fournirent des cadres médersiens à la république algérienne naissante, pour ceux que je connaissais, un speaker à la BBC, un préfet, un ambassadeur au Bengladesh, un consul général à Lyon, un consul à Clermont-Ferrand,…Je revins en Algérie en mai 1956 comme sous lieutenant rappelé afin de participer à des opérations de pacification au pied du Djurdjura, sous les ordres d’un capitaine également rappelé, polytechnicien et jésuite de surcroît, lui-même sous les ordres d’un commandant d’active qui avait alors publié dans « Le Monde » un article fort instructif sur les qualités intrinsèques du combattant algérien. L’histoire n’est jamais simple.

Le président de la république a parlé d'André Mandouze, professeur à la faculté des lettres d'Alger, latiniste et, entre autres éminent spécialiste de Saint-Augustin. En 1950, un ami Yvon Sentenac, collègue de la Médersa suivait sont cours de latin. Grace à lui, je pus profiter d'un cours délocalisé à la station de sports d'hiver de Chréa au dessus de Blida. Je ne fis pas  de latin, mais beaucoup de luge. Je ne le criais pas sur les toits, car un de nos professeurs d'économie politique qui ne s'était pas relevé de l'enlèvement de son épouse par un colonel de la commission d'armistice italienne, nous avait menacés des pires avatars s'il apprenait que nous fréquentions  ce professeur. Mais il y avait alors un autre professeur d'économie politique, le Doyen Jacques Peyréga (1917-1988)  dont j'avais suivi les cours en première année de licence. Ce professeur dénonça, en 1957, dans une lettre à un hebdomadaire une exécution sommaire dont il avait été témoin rue de Tanger à Alger. Il fut chassé de l'université d'Alger, et devint par la suite professeur émérite à la faculté des sciences économiques de l'université de Bordeaux I et professeur détaché à l'école supérieure des sciences économiques d'Ouagadougou (Burkina Faso). Le doyen Peyréga avait su accorder sa qualité de juriste avec son éthique individuelle de citoyen.

Revenons à Tlemcen, Pommaria, cité des pommes au moment de l'occupation romaine, célèbre aussi pour les cerises de Mansourah. La ville eût également, en 1949,  la visite d'un président de la république, Vincent Auriol. En qualité de fonctionnaires, bénéficiant du tiers colonial, mais pas encore de la sécurité sociale, mon ami Yvon et moi-même furent invités à certaines cérémonies officielles, dont une fantasia. Par hasard, nous fûmes doublés, dans une rue de la cité, par la voiture découverte, faiblement escortée, du président qui regagnait la gare, ce qui nous permit de crier "Vive Vincent". Venu en mai 1956 par le "Pasteur" et accueilli, avec mes compagnons d'armes par des jeunes personnes.qui nous distribuaient des brioches, je repartis, en juillet,  sur le "ville d'Oran" ou "le "ville d’Alger". J'allais rejoindre à Khel, un régiment d'artillerie anti-aérienne, qui bientôt ferait semblant de partir pour Suez, où le colonel Nasser faisait des siennes. J'avais toujours voyagé sur le pont des bateaux ; pour une fois ma qualité d'officier subalterne me permettait de voyager en 1 ère classe et de déguster, pour la dernière fois, quelques crus de la maison Borgheaud. Avec mon épouse nous fîmes un séjour en Algérie en août 1983, n'ayant pu nous rendre  en Bulgarie ou en Corse. Nous séjournâmes à Tipasa, non loin des magnifiques vestiges romains, dans un complexe très bien conçu par l'architecte Fernand Pouillon, mais dont la maintenance laissait à désirer,  ce qui en avait éloigné la clientèle allemande, remplacée par des travailleurs des républiques démocratiques de l'Est, et il était plaisant de voir certains d'entre-eux essayer d'obtenir de la population autochtone un peu d'argent de poche en vendant des bleus de travail. Un ancien médersien et ancien consul d'Algérie à Clermont-Ferrand nous fit visiter Alger, de l'ex- Médersa, rue Ben Cheneb à la faculté de droit, rue Michelet ; je ne reconnaissais plus ma ville, de ruche, elle était devenue fourmilière, un immense chantier canadien, je crois, était en cours à Hussein Dey. Notre consul nous conduisit dans sa famille en Kabylie, près de Port-Gueydon. La mer était bleue, le ciel était bleu, le hameau et le paysage calmes et sereins, les habitants accueillants. Oui l'Algérie, c'est et ce sera toujours un beau pays.

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