Institut culturel italien de Marseille: l'Omertà ?

" Personne mieux que vous - écrit Matteo Renzi aux Italiens de l'étranger - n'a ressenti l'humiliation d'entendre sur l'Italie les moqueries, accompagnées des habituels lieux communs." Mais cet appel serait plus crédible si son gouvernement ne traitait pas lui-même par le mépris les enseignants en charge du rayonnement de la langue de Dante. Le scandale de Marseille en constitue un nouvel exemple.

Dans la perspective du référendum constitutionnel du 4 décembre prochain, Matteo Renzi a choisi de s'adresser aux Italiens de l'étranger en évoquant, à juste titre, l'importance pour son pays de la diffusion de la culture et de la langue italiennes.

Un rappel qui s'inscrit dans le prolongement de l'organisation par son gouvernement, les 17 et 18 octobre derniers à Florence de « Gli stati generali della lingua italiana nel mondo ».

Mais la cohérence s'arrête là.

Lors de ces états généraux en effet, un chapitre était consacré à la situation des Instituts Culturels Italiens à l'étranger. Mais pas un mot à cette occasion sur la crise de l'Institut Culturel de Marseille, où un mois auparavant, les deux tiers des quelques 350 étudiants ont décidé ne pas renouveler leur adhésion 2016/2017.

Raison de cette démission collective ? L'annonce par la direction de l'Institut, à quelques jours de la rentrée, du remplacement sans reclassement ni indemnités de l'équipe enseignante appréciée de tous et dont le Consul de Marseille Fabrizio Mazza saluait lui-même publiquement la qualité professionnelle à la veille des vacances d'été.

Les participants au colloque de Florence n'en ont rien su et rien n'a été tenté pour empêcher ce gâchis humain et culturel, malgré nos démarches successives auprès de Giandomenico Magliano, l'ambassadeur d'Italie à Paris, puis de Mario Giro, le vice-ministre des Affaires Extérieures et de la Coopération Internationale.

Pourquoi ce silence ? Sans doute parce que Marseille n'est pas un cas isolé, mais le dernier épisode en date des pratiques scandaleuses à l'égard des professeurs, déjà observées ces dernières années dans plusieurs Instituts Culturels Italiens (Bruxelles, Paris, New York). Les étudiants ont ainsi appris que les enseignantes de l'Institut étaient depuis des années salariées d’une association – Amerigo Vespucci – dont le Consulat Général de Marseille était l'unique client, dans le cadre d'une convention auquel il a choisi de mettre un terme, sans se soucier de leur devenir. Si les cours d'italien sont la principale source de revenus des Instituts, ils doivent coûter le moins cher possible. La précarité est la règle !

A Paris, deux professeurs d'italien, Mimmo Ciofarelli et Sergio Tirone, salariés d'une association comme à Marseille, ont obtenu du tribunal des prud'hommes français leur réintégration, avec dédommagements. Mais La Farnesina n'a jamais exécuté la décision de justice.

A Marseille, a-t-elle choisi également d'ignorer les protestations ? Qu'en pense Matteo Renzi ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.