Un accord sur le climat qui irait dans le bon sens, si le système ne s'y opposait pas

L’accord sur le climat, négocié à Paris en décembre dernier lors de la COP21, a été officiellement signé hier vendredi 22 avril par 175 pays à New York. Tout cela ira dans le bon sens et devrait pousser à des changements allant vers la limitation du réchauffement climatique, si le système n'était pas celui qui nous gouverne. Trois exemples nous le montrent.

 

L'accord aura force de loi seulement s'il est officiellement ratifié par 55 pays dont les émissions de gaz à effet de serre (GES) représentent au moins 55% du total (voir le Monde). Tout cela ira dans le bon sens et devrait pousser à des changements allant vers la limitation du réchauffement climatique. Mais il est loin d'être sûr que le réchauffement pourra être contenu en deçà de 2°C car, comme n'ont cessé de le répéter les altermondialistes au cours de la COP21, si nous ne changeons pas le système, l’accord des 195 pays n'aura qu'un effet très limité sur la diminution de l’utilisation des énergies fossiles. Trois actualités récentes le montrent clairement.

 

D'abord, comme l'ont démontré les rapports successifs du GIEC, lequel regroupe les scientifiques mondiaux experts du climat, 80% des réserves connues de combustible fossile doivent rester dans le sol si nous voulons rester en dessous d'une hausse de 2°C. Or que se passe-t-il ? Le système mondial de production d'énergie est pour l'essentiel focalisé sur les industries pétrolières qui cherchent à maintenir leurs profits à court terme. De l'autre coté, les énergies renouvelables qu'il faudrait privilégier se heurtent aux règles du commerce international qui en bloquent le développement.

 

Premier exemple, le 24 février dernier, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a jugé que le dispositif de soutien à l’énergie solaire en Inde était non-conforme aux règles du commerce international. Il serait, estime-t-elle, trop favorable aux entreprises locales au détriment des entreprises étrangères. Ce dispositif très ambitieux visait à installer 100 gigawatts d’énergie solaire d’ici à 2022. Davantage que les cinq plus grands producteurs réunis – Allemagne, Chine, Italie, Japon, États-Unis. Le gouvernement des USA a donc porté le cas devant l’Organisme des règlements des différends de l’OMC et a obtenu de le limiter. (Voir l'article de Basta pour plus de détails). Car l'Inde subventionne en effet les dispositifs solaires fabriqués sur place, le temps que l’énergie solaire devienne compétitive face au charbon, qui fournit aujourd’hui encore près de 60 % de l’électricité. Les règles de l’OMC et la concurrence des pays limitent ainsi fortement les politiques de transition énergétique.

 

Deuxième exemple des freins du système, les projets de construction d'aéroport élaborés en Europe au siècle dernier sont maintenus du fait de l'inertie des pouvoirs en place, quels que soient les coûts en énergie fossiles qu'ils généreront. À Notre Dame des Landes, le maintien du projet surdimensionné d'aéroport entrainerait en particulier de fortes dépenses d'énergie fossile alors qu'il faudrait au contraire les réduire.

Troisième exemple, les dirigeants des industries pétrolières se réunissent partout dans le monde pour chercher à restaurer leurs profits face disent-ils aux conditions exigées par la COP21 (voir par exemple l'appel de l’Oil International Summit). Et comment ? En extrayant toujours plus de pétrole, de gaz de schiste, aux États-Unis comme en Europe, et en exploitant les réserves sous-marines de l'Océan Arctique, ceci afin de satisfaire des marchés qu'aucun gouvernement ne cherche à réduire. Le rouleau compresseur de la recherche de toujours plus de profit par notre système économique nous éloigne ainsi fortement de l'objectif du maintien de conditions de vie décentes sur notre planète.

Que faire pour sortir de ce système organisé autour de la mobilité, de la vitesse et dont les dieux successifs se sont appelés bagnole, avion et maintenant jet ? C'est pour s'opposer à cette course vers l'abime que de multiples collectifs ont engagé des actions bloquant ces réunions (voir articles sur les actions du 21 avril et du 5-7 avril). Il est encore temps de les rejoindre en cliquant sur un de leurs liens en  350.org, Action non-violente COP21, Alternatiba, Les Amis de la Terre France, Attac France, Bizi!, la Confédération Paysanne, JEDI for Climate, Nation Océan, ou encore l’Union syndicale Solidaires!

 

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