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Billet de blog 3 sept. 2013

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Racisme anti musulman et Islamophobie : M. Valls, un ministre de l’Intérieur à l’idéologie bien affirmée !

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J’ai découvert l’interview rapporté par l’hebdomadaire Le Point du Ministre de l’Intérieur donnée suite aux évènements de Trappes (voir :

 http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20130731.OBS1612/manuel-valls-l-islamophobie-est-le-cheval-de-troie-des-salafistes.html.

Je n’ai certes pas été surpris par le positionnement idéologique de M. Valls dont on a pu apprécier les saillies redoutables dont celle sur «l’ennemi de l’intérieur». Comme le dit lui-même le ministre : «les mots ont un sens,…, je choisis ceux que j’emploie».  Il n’y a donc aucun hasard dans les jugements formulés par l’homme politique engagé qu’est M. Valls. Il faut d’ailleurs lui reconnaitre une vraie cohérence de son appréciation de la discrimination se développant en France à l’égard de la population de notre pays de confession musulmane. Le parallèle fait par Le Point, hebdomadaire très engagé lui aussi sur cette question, est le bienvenu : le propos du ministre de l’Intérieur s’inspire des ratiocinations de Mme Fourest, devenue l’égérie de la direction nationale du PS sous l’impulsion de la 1ère secrétaire d’alors, Mme Aubry. J’étais présent, en tant que membre de droit, à la séance du Conseil National du PS, à la Mutualité en 2010, lorsque j’ai vu – médusé - cette «spécialiste» donner une conférence aux dirigeants du PS, dont les Parlementaires, expliquant que le terme «islamophobie» avait été inventé par les islamistes (iraniens de préférence) pour empêcher les démocrates de critiquer l’Islam. Cet argument exposé par Mme Fourest relève de la désinformation manifeste : l’islamophobie est un concept que l’on peut retrouver dans des textes d’orientalistes français réputés dès le début de XXème siècle ! Qu’importe cela : M. Valls ne retient que la leçon de Mme Fourest avec toute sa fougue de militant assumant ses fondamentaux.

Pourtant, le PS s’est aligné sur ce discours qui l’amène à adopter un  positionnement objectivement très hostile aux musulmans en général. Ainsi, quand Marine Le Pen avait comparé les prières dans les rues (faute de place suffisante dans une Mosquée à Paris) aux défilés des armées allemandes sur les Champs-Elysées en juin 1940, on n’a pas vu les dirigeants du PS émettre une quelconque protestation contre cette véritable ignominie. Scandaleux silence, mais ô combien logique !

L’islamophobie encourage le racisme anti musulman.

Il ne faut pas avoir peur d’utiliser le mot «islamophobie» pour ce qu’il exprime précisément. Ce terme recouvre la pulsion de peur aussi irrationnelle que violente envers l’Islam, religion désignée par des gens malintentionnés comme dangereuse pour la France, sa société, sa démocratie. L’islamophobie est pratiquée outrageusement par l’extrême-droite, qui trouve là un terrain idéal pour ancrer dans les esprits son idéologie anti étrangers. Mais elle est encouragée de fait par les plus hautes autorités de l’Etat lorsque, par exemple, M. Sarkozy parle d’impossibilité d’intégrer des populations immigrées issues d’anciennes colonies (discours de Grenoble en août 2010) ou encore lorsque M. Valls  laisse entendre qu’il y a plein de Merah dans les banlieues prêts à assassiner des citoyens de confession israélite à n’importe quel moment, invitant à dénoncer tout comportement suspect. Quelle ambiance ! On est loin de l’engagement de François Hollande, d’apaiser la société française et de mettre fin à l’opposition entre les Français qu’avait encouragée son prédécesseur. Mais, il est vrai, qu’on ne compte plus les reniements de l’actuel président de la République…

Dans un tel contexte de peur phobique ainsi largement entretenu – pathologie rappelons-le relevant du traitement psychiatrique - il ne faut pas s’étonner que les actes de discrimination contre les musulmans explosent littéralement dans notre pays, se traduisant parfois par une extrême violence à leur égard.

Lutter contre le racisme anti musulman suppose combattre aussi l’islamophobie.

Comment M. Valls peut-il développer une politique efficace de lutte – «féroce» à ses dires – contre le racisme anti musulman s’il refuse d’admettre que l’islamophobie est une réalité majeure qui est en train de submerger l’opinion publique, faisant le lit de l’extrême droite ? Pourquoi refuse-t-il de comparer la montée de l’hostilité violente vis-à-vis des Musulmans à celle qui a fait tant de dégâts dans la population de confession israélite, pendant des siècles dans l’Europe chrétienne, notamment en France ? Est-ce être antisémite que de rappeler ce qu’ont subi les communautés juives pour expliquer qu’il ne faudrait pas qu’une autre communauté confessionnelle, à son tour, au XXIème siècle, subisse le même sort ?! Est-ce être antisémite que de vouloir rappeler l’Etat à ses obligations d’égalité de traitement envers tous les citoyens sans distinction de race, de couleur, de confession, d’opinion,… comme le prescrit magistralement la Constitution de notre République ?

L’affaire de Trappes devait arriver ; il y en aura d’autres. Qui y a vraiment intérêt ?

Les évènements de Trappes ne doivent pas être traités à la légère. Bien sûr, le terreau de la détresse sociale est là pour les habitants – tous les habitants quelle que soit leur identité à tous égards –  vivant dans de véritables ghettos. Mais que l’on ne diabolise pas ces habitants : l’immense majorité d’entre eux vivent certes dans «la galère», puisque tellement oubliés dans le pacte républicain, mais ils vivent dans la dignité, avec peu de moyens, mais avec l’exigence d’être respectés a minima.

La course à l’argent étant exclue pour la plupart d’entre eux, le recours à la spiritualité est pour certains un moyen de donner du sens à la vie et à construire une fraternité humaine sur d’autres bases que la solidarité entre ceux qui font profession d’accumuler de l’argent.

Qu’y a-t-il là de menace pour la République ? Rien. Absolument rien.

La loi sur le voile est indiscutablement un instrument permettant de provoquer des incidents comme celui de Trappes. La Police fait son travail, bien sûr. Mais qui peut prétendre qu’il se fasse toujours sans excès, ajoutant l’humiliation intime à l’exclusion sociale. Les habitants de Trappes, et tous ceux des autres villes semblables, ne sont pas des esclaves : ils sont des citoyens qui ont droit au respect de leurs droits. Le PS lui-même, alors dans l’opposition, avait annoncé qu’il mettrait en place un dispositif permettant de lutter efficacement contre le contrôle au faciès (phénomène attesté par le Défenseur des droits dans un rapport récent). François Hollande avait été très clair dans sa campagne présidentielle : les récépissés seraient mis en place. Bien sûr, comme pour le reste, cette promesse n’a pas été tenue. Pour autant, le problème n’existe-t-il pas ? Il ne s’agit  pas là de faire injure à la Police Nationale dont l’immense majorité des fonctionnaires travaillent avec un grand professionnalisme. Mais il est évident que, dans des situations sensibles, où des citoyens se sentent refoulés à tous égards, le sentiment d’injustice donne lieu à des comportements agressifs.

M. Valls tient prioritairement à manifester sa solidarité avec ses services et cela est bien normal. Pour autant, il doit veiller à garantir la transparence sur ce qui se passe lorsqu’il y a protestation de citoyens estimant avoir été provoqués par la Police.

Si les émeutes à Trappes sont inacceptables, elles peuvent évidemment s’expliquer. Par un vaste complot salafiste comme le suggère le ministre de l’Intérieur ? Cette version a l’avantage de consolider les thèses de Mme Fourest et du courant anti musulman. Mais ne peut-on plus sérieusement suggérer une explication plus simple : le sentiment d’injustice et d’impossibilité d’obtenir des institutions une juste réparation ? C’est une réaction humaine collective parfaitement connue (il y a tous les jours en Chine des émeutes populaires, d’une toute autre ampleur).

Le Ministre a fait le choix qui relève de la doctrine et non pas de l’application neutre du droit français.

La loi sur le voile est interprétée de façon abusive par M. Valls.

Au-delà de l’exigence de ne pas cacher son visage dans l’espace public, la loi dite sur le voile vise évidemment et prioritairement les musulmanes portant des tenues cachant leur visage. M. Valls l’exprime d’ailleurs très clairement : cette tenue est selon lui et en substance le signe de l’aliénation des femmes qui seraient maintenues dans une forme d’esclavage. Le vrai sens de la loi est donc bien pour lui de libérer la femme d’un joug qui lui serait imposé manifestant son statut d’infériorité par rapport à l’homme.

Précisons d’emblée un «détail» qui a sans doute échappé au Ministre : tel n’est pas le texte de la loi, ni de près ni de loin ! Et pour cause : les libertés individuelles sont garanties à toutes et à tous dans notre République et cela sans qu’il ait fallu attendre la loi sur le voile : les citoyens, quels qu’ils soient, peuvent saisir la police, les juges, les services sociaux, etc… pour demander protection et réparation de la violation de leurs droits.

Il y a donc un abus juridique de M. Valls, lorsqu’il utilise la loi sur le voile pour se planter comme un croisé combattant la liberté et la lumière face à l’obscurantisme. Un tel comportement, certes trivial est dangereux : dans le climat d’islamophobie actuel, l’interprétation de la loi par le Ministre peut inciter des esprits échauffé à pratiquer des contrôles qui pourraient s’assimiler, si l’on n’y prend garde à du harcèlement. En attendant d’autres développements, peut-être lus graves.

Il faut donc dire au ministre de l’Intérieur qu’il ne devrait plus manifester ainsi sa philosophie politique et devrait, au contraire, rester dans le strict cadre de la loi républicaine qu’il est censé faire appliquer.

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