DE LA NECCESSITE DU BLASPHEME...

17 personnes massacrées il y a une dizaine de jours, des dizaines de milliers de musulmans qui manifestent parfois violemment dans le monde, la question se pose : esr-ce que ça en vaut vraiment la peine ?

Se complaire, entre athées et défenseurs de la laïcité, à insulter ou ridiculiser une religion (ou toutes les religions) en revendiquant la liberté d'expression voire l'irresponsabilité quant aux conséquences prévisibles : est-ce vraiment nécessaire ?

Se retrouver en compagnie embarrassante de tous les islamophobes, de toutes les extrêmes-droites qui veulent "libérer" la parole en disqualifiant les lois antiracistes ou mémorielles, de tous les déclinistes de l'Occident et des tenants d'une "guerre des civilisations" : fallait-il en arriver là ?

La facilité, le confort (ou le réconfort) d'une société sans tension, d'un monde sans conflit, l'inquiétude et la peur aussi, nous poussent vers le non, non, et non. Pourtant je pense que la réponse doit être : oui, oui et... tant pis !

Car si nous considérons qu'il ne faut blesser personne dans ses convictions, dans ses croyances, quelle liberté nous restera-t-il ?

Cessons de représenter Mahomet pour ne pas heurter les musulmans, puis de diffuser ou reproduire les représentations du Prophète qui existent (j'ai lu récemment que des miniatures perses de Mahomet, conserveées dans des musées, n'étaient volontairement plus exposées ou éditées) ; puis des parents croyants feront peut-être demain retirer tel manuel scolaire parce qu'une représentation est jugée insultante ; puis un jour un historien non-croyant sera considéré comme illégitime pour écrire sur Mahomet... Déjà il est préférable d'être juif pour faire de l'humour sur les juifs, musulmans pour rire des musulmans... Déjà un film hollywoodien sur Noé se voit contesté et interdit dans certains pays...

Et pourquoi les chrétiens auraient-ils moins le droit de défendre leurs croyances ? On en a vu des exemples récents concernant tel film ou tel spectacle, et bientôt : s'élever contre l'édition des évangiles apocryphes, puisque non conformes au dogme voire irrespectueux ? (cf la récente "vie de Jésus" publiée par Charlie) Contester à l'école l'évocation des croisades ou de l'inquisition, vécue comme une stigmatisation ? Et pourquoi pas, comme aux Etats-Unis, contester les "théories évolutionnistes" qui contredisent la Bible ?

Chacun réécrira-t-il son Histoire, où la représentation de Mahomet fut toujours et partout interdite (alors qu'elle est plus récente), où l'Eglise catholique a toujours oeuvré pour la paix, où les Papes ont toujours été exemplaires et infaillibles, etc ?

La laïcité non-stigmatisante se réduira-t-elle peu à peu comme peau de chagrin à un "plus petit dénominateur commun" qui ne dit plus rien pour ne vexer personne. Un ami m'a raconté récemment que dans une école primaire qui organisait la visite d'une cathédrale, l'enseignant avait demandé au conférencier de présenter le monument sans faire référence à la religion...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.