Saint Madiba, porte drapeau du néo libéralisme

 

 

Mandela est mort à l'age de 95 ans, après une vie bien remplie et durant laquelle, l'Homme aura fait ce qu'il pouvait pour que son passage sur terre reste utile à ses semblables. Un homme comme les autres avec une personnalité propre, des défauts et- des qualités. Un homme mortel, ni dieu ni prophète.

 

Le journal « L'humanité » lui consacre un numéros spécial, sans doute ( je ne l'ai pas lu), truffé d'apologie du « saint » laïque qui a vaillamment combattu l'apartheid et payé de 27 ans de captivité son engagement militant.

 

Au milieu de ce merveilleux concert de louanges, il serait urgent que les femmes et les hommes de la vraie gauche retrouvent un peu leurs esprits.

 

L'ANC est né en 1944 avec vocation de combattre l'apartheid qui permettait à une population blanche qui ne représentait que 10 des Sud-africains, de ne pas avoir à se mêler physiquement aux noirs et à les traiter comme une sous-humanité. Le pays, très riche (plus gros producteur d'or et de diamant du monde) réservait toute la richesse aux blancs et laissait croupir la population noire dans une misère effroyable.

 

En 1954, l'ANC, qui était devenu un mouvement révolutionnaire, délégua 50 000 militants dans les villages pour rédiger des cahiers de doléances. Ces recueils furent ensuite analysés et synthétisés.

 

L'année suivante, le congrès du parti eut lieu à Kliptown, dans un terrain vague. Le parti avait rédigé un document que l'histoire retient comme « charte de la liberté ». C'est un vrai programme socialiste. Son article premier  « Le Peuple gouvernera ». Il promet la nationalisation des mines et de toutes les industries qui ne sont pas en situation de concurrence. Il promet la redistribution des terres, l’accès à l'éducation, aux soins, la hausse des salaires pour tous. C'est un programme de « front de gauche »

 

Le parti National, dont Botha était le leader fit interdire l'ANC comme mouvement terroriste en 1961. Mandela et bien d'autres furent arrêtes en 1962. Il fut condamné à la prison à vie.

 

Durant sa captivité, le militantisme de l'ANC reprit de la vigueur au nom de la lutte contre la ségrégation et pour la défense de la charte. Bien des jeunes militants tombèrent sous les balles de la répression. Un peuple qui espère ne craint pas le sacrifice. Le culte de Mandéla est né de ces insurgés qui avaient besoin de personnaliser leur combat.

 

Ce sont les pressions internationales, malgré le double jeu de certaines grandes puissances qui firent accepter à Deklerk qui avait succédé à Botha en 89 , un assouplissement du régime d'apartheid, dont la manifestation ostensiblement représentative fût la libération de Mandela en 1990.

 

Quelques jours avant sa libération, Mandéla déclara «  il n'est pas de liberté possible sans redistribution »

 

Son crédit de popularité était alors immense et l'homme aurait réellement pu accomplir la révolution économique que son parti avait décrétée 39 an plus tôt et qui restait dans le cœur de toute la population noire d'Afrique du sud.

 

En 1994, eurent lieu les élections du Premier Président de la république d'Afrique du sud (Deklerk avait le titre de « Président d'état »). Mandela les remporta sans aucune difficulté.

 

Alors, commença un étrange ballet de négociations dont le but avoué était d'assurer une transition en douceur. Les vainqueurs, les tenants de la justice et de l'équité, invitaient les bourreaux sanguinaires dont le méfaits auraient pu être débattus au tribunal pénal international ou a Nuremberg en 45. Ils leur demandaient de participer à l'élaboration de la transition et donc, de la nouvelle société !

 

Mandela discuta du volet politique avec Deklerk et gagna sur tous les tableaux. En particulier, il évita la partition du pays que réclamait le parti national.

 

Sur le volet économique, c'est Mbeki (étoile montante du parti ANC qui succédera à Mandela en 99) qui mena les négociations. Tandis que dans les comités du parti, des économistes préparaient des programmes sociaux (en particulier Vishnu Padayachee), qu'ils comptaient bien introduire dans la nouvelles constitution. Mais Mbeki céda sur tout. Il accepta la tutelle du FMI, de la banque mondiale et du GATT.

 

Il accepta que la banque centrale d'Afrique du sud demeure totalement indépendant de l'état. Il entérina même le maintien à la tête de cet organisme de Chris Stals qui en avait eu la charge sous l'apartheid.

 

Ils acceptèrent que Derek Keyes, ministre des finances sous Botha et Deklerk, garde son poste. On ose à peine réaliser comment un parti qui se bat de bien des façons et très durement depuis 50 ans peut se laisser rouler de cette façon.

 

Une fois de plus, le spectacle était dans la négociation politique, la négociation économique, beaucoup trop technique pour les média demeurait dans l’anonymat ds cuisines. Peut être même que la « tambouille » était trop peu noble pour le prisonnier devenu prophète. Peut être que Mbeki, qui avait fréquenté une école d'économie en Angleterre, sous le règne de Margaret Thatcher, avait il attrapé le virus néolibéral ?

 

La Nation étant prise dans le carcan des accords avec les instances néolibérales mondiales, toute velléité de réforme ultérieur fut vouée à l'échec, au refus des organismes de tutelle. Le pays s'était libéré du racisme et de l'inégalité en se livrant, pieds et poings liés, au capitalisme mondial assassin de peuples.

 

En 2005, on fêta, avec beaucoup d'ostentation, le cinquantenaire de la charte de la liberté. On eut même l'idée de faire de Kliptown une place touristique avec tour de la charte, musée, etc. Pour cela on déporta sans vergogne les ghettos de la vile pour les redistribuer manu militari dans des villes autour.

 

Comme en Pologne, la révolution socialiste d'Afrique du sud avait rejoint le camp des réalistes qui sont certains que seul le néolibéralisme peut éradiquer la misère, ce qui est vrai, surtout pour celle des riches.

 

Un bilan ?

 

Depuis l'arrivée de l'ANC au pouvoir le nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour a triplé, 85 % de la population est pauvre.

 

83 % blancs qu représentent 9 % de la population totale, a un revenu moyen ou élevé.

 

Le PIB , comme le note fièrement Goldman-Sachs a plus que doublé depuis 1994. A qui profite le progrès ?

 

Le chômage était de 23% sous l'apartheid. Il est aujourd'hui à 30% après avoir battu le beau record de 48% en 2006.

 

Un million de petits exploitants agricoles ont été expulsés au cours de la première décennie du gouvernement de l'ANC.

 

Le gouvernement de la «  démocratie » à construit plus de deux millions de logements mais à expulsé, coupé l'eau ou l'électricité à plus de trois millions de personnes. Comment vivre avec un dollar par jour dans un pays ou le niveau des prix est équivalent à la moyenne européenne?

 

Et bien entendu, il n'y a pas eu de nationalisation, bien au contraire ! Les mines sont toujours propriété privées et pratiquent l'esclavage à peine salarié. La famille Debeers à tranferé sont capital en Suisse, au cas ou. Au contraire, on a privatisé pour payer les dettes que le régime précédent avait gentiment laissé et que le nouveau «  pouvoir » a accepté sans discuter.

 

80% de la capitalisation boursière du pays appartient à 4 familles..

 

Quelle leçon tirer de ce bel exemple historique ?

 

D'abord qu'un mouvement qui est appelé à accéder aux responsabilités doit se préparer soigneusement et avoir une transition clairement définie, décrite, planifiée.

 

Toute improvisation, toute marque de faiblesse, peut donner à l'adversaire ; même groggy, de revenir sur le ring et de se battre !

 

Ensuite, c'est que le néolibéralisme est un système redoutable. Même lorsqu'il est lié à une entreprise criminelle comme l'apartheid, il bénéficie d'appuis très diversifiés et possède une grand habilité à retourner les acteurs de la politique.

 

Ensuite, cet exemple permet de prendre conscience qu'aucune négociation n'est possible avec le capitalisme néo-libéral qui est une terrible machine à détruire les peuples par tous les moyens sans aucune conscience. C'est l’ennemi absolu ausi dangereux que les fascismes du XX e siècle.

 

Enfin, je crois qu'il faut prendre conscience de la raison pour laquelle, nous assistons à une sanctification de Mandela.

 

Les médias, la presse et les TV vont faire de cet événement une messe universelle.

 

Tous les grands chefs d'état vont se précipiter, se faire voir au raout médiatique qui va avoir lieu demain. La population de France est fébrile à l'idée que Hollande et Sarkozy vont y aller ensemble, un peu déçue qu'ils ne couchent pas dans le même lit dans l'avion.
Bref ce sera une fois de plus « fantasia chez les ploucs » !

 

Mais nous ne devrions pas mêler nos voix camarades, à ce tohu-bohu indécent. Non pas que le personnage ne soit pas remarquable. Il avait une bonne volonté et du courage. Il a essayé, il n'a pas réussi car, au fond, il n'avait pas le profil. Non, ce n'est pas à cause de cela.

 

Le monde néolibéral, va sanctifier le personnage, et dépenser des torrents d'argent pour faire de cette canonisation médiatique un événement retentissant. Et pourquoi se donne-t-il cette peine. Parce que Saint Mandela est porteur d'un message subliminal fantastique ! Un homme bon, intelligent, gai, ayant souffert beaucoup, ayant réclamé des droits juste, s'est insurgé contre la barbarie ! Quel homme ! Et en plus, il a été révolutionnaire, choisi le camps de ceux qui voulaient le partage et, figurez vous ma bonne dame, que quand il a pris le pouvoir, par sagesse, raison, intelligence, il a choisi le camp de ceux qui assurent que l'enrichissement des riches finira par profiter aux pauvres, peut être à la Saint Glinglin !

 

Il a compris comme nous, brave homme, qu' « il n'y a pas d'alternative »

 

Ne nous commettons avec l'ennemi, camardes !!!!!!

 

Gérard Bertre

 

9 décembre 2013

 

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