Une nouvelle république, mais comment?

Le débat national est lancé. Les partis font de ce changement de république, leur cheval de bataille pour les mois à venir.

Il est vrai que l’actuel gouvernement donne une telle image de l’Etat, que le fruit républicain attient un stade de murissement tellement dépassé qu’il va bien arriver un moment où on ne pourra même plus en faire de la compote.

A vrai dire, cette situation est le résultat de la convergence de deux phénomènes qui sont indépendant l’un de l’autre mais s ‘unissent pour amener, rapidement le pays au désastre.

D’abord il y a la terrible trahison de l’exécutif, élu et cette politique totalement incohérente  et toute entière occupée à maquiller sa malfaisance afin de pouvoir tranquillement amener le peuple de France  à accepter la saignée totale que cet état ultra-libéral cherche à lui infliger au nom des diktats de  Washington et de Berlin.  Historiquement, la France est entrée dans la dynamique du choc en 2008 et son avenir s’inspire de celui du Chili de Pinochet en 1974.

Mais cette situation, révèle, avec acuité que cette déliquescence politique  est rendue possible par les institutions d’une république qui s’est donné les apparences  de la démocratie, alors qu’en réalité elle est une forme de dictature dont il est parfaitement interdit de révéler la vraie nature.

Pourtant c’est ce qu’il faut faire. Prendre conscience de la maladie du grand corps pour avoir envie de le soigner.

La République  française n’est pas une république démocratique et elle l’est de moins en moins au fil du temps qui passe.

La justification de l’existence d’une démocratie s’appuie sur le caractère  électif de la légitimité du pouvoir. La constitution stipule que le pouvoir tient sa source de l’expression populaire qui s’exprime par le suffrage universel. (L’expression, « national » eut été plus juste).

Mais ce suffrage universel s’exprime comment ? Tous les 5 ans  on élit un candidat qui va focaliser tous les pouvoirs sur sa personne sans avoir à rendre de compte à qui que ce soit. Comme ce pouvoir ne suffisait pas on a décidé que la représentation nationale serait désignée par élection de manière à donner au Président une majorité en béton pour tout son mandat. En fait, on a  soudé le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif afin qu’ils soient indissociables. Si on en croit Condorcet, on est bien dans une dictature. Même si les députés de la majorité ne sont pas d’accord avec le gouvernement, ils ne vont tout de même pas tenter l’aventure au risque de se retrouver au chômage. On vient de le voir récemment.

Comment un peuple raisonnable peut-il accepter cette situation ?

Il faut dire que les médias les plus répandus, ceux qui sont soutenus financièrement par les groupes financiers qui profitent du système, jouent un rôle non négligeable  en transformant le système politique français en un immense parc d’attractions ou les motivations qui conduisent aux votes sont vidées de toute culture, de toute conscience, de toute réflexion, pour faire place à des perceptions uniquement émotives et grégaires. Dans ce vacarme vain, la population est rabaissée au rang de troupeau, manipulable, corvéable, exploitable. Pour la classe dominante, elle n’est pas plus que la clientèle pour les supermarchés, indispensable pour payer, mais totalement méprisée !

L’oligarchie dominante profite largement de cette situation et ce d’autant que  l’état n’est pas du tout regardant sur l’évasion fiscale, sur les bénéfices camouflés à l’étranger, sur les cotisations sociales non payées, alors qu’il fond comme l’aigle sur les PME  en défaut ou les petits contribuables négligents. Tout ce joli monde, élite gouvernementale et oligarques, s’entend sur un programme unique qui consiste à dépouiller l’ensemble de la population française progressivement, en annonçant chaque jour une mesure injuste, inique, crapuleuse présentée comme une nécessité  due à la crise. Cette politique est un crime contre l’humanité. Elle fabrique une misère qui ne peut que s’amplifier avec le temps, qui ne peut pas connaître de fin et qui broie le peuple de France avec toute la bassesse, la cruauté et l’imbécilité malfaisante.

Donc, il y a urgence à changer de modèle de gouvernance. Certains clament par monts et par vaux qu’il faut  tuer la V eme république pour accoucher de la VI eme.

Le numéro de la république n’est pas une affaire sérieuse. Tout au plus un artifice marketing que certains croient absolument nécessaire pour éradiquer les méfaits de la gouvernance actuelle. C’est leur affaire. Ce n’est pas important, sauf que pour la population, il y des slogans qui sont contre productifs. Quand on fait du marketing, il vaut mieux réfléchir et tester sur des panels que de lancer des slogans qui ne reflètent que nos  préoccupations personnelles.

Le changement de République suppose, par contre, qu’on puisse répondre à trois questions

  • Quels sont les buts recherchés, donc à quelle situation de la Nation doit-on aboutir ?
  • Par quel processus constituant on veut parvenir à cette situation et comment se déroule ce processus ?
  • Quelle est la structure politico-administrative qu’on mettra en place après la constituante ?

A la  dernière question, ne peut être appliquée qu’une seule réponse ; c’est la Constituante qui en décidera. Il n’est surtout pas souhaitable que des individus ayant voix au chapitre car faisant les délices des médias ou des groupes quelconques cherchent à  impulser une notoriété à leur façon de concevoir la république à venir. La constituante doit travailler sereinement en dehors de tout lobbying et de toute intervention et pression quelconque. Les constituants peuvent interroger des sachant sur tel ou tel point, mais ne sauraient subir leur influence. C’est parce que le Peuple est régulièrement assemblé  en un lieu sacré qu’on nomme assemblée constituante qu’elle tire sa légitimité  à  accoucher d’une véritable constitution que la totalité du peuple devra ratifier par référendum.

Pour répondre à la première question,  la pratique des cahiers de doléance me parait un bon point de départ. Leur établissement est plus facile qu’en 1788 car on dispose de moyens de communication et on peut faire s’exprimer la population par Internet. Il faut cependant faire attention, une grande part de la population n’accède pas ou mal à ce média. Il faudra pallier à cela par des visiteurs qui iront chez les personnes isolées du réseau. Mais il faut que le processus reste entièrement sous le contrôle de l’état.

Définir les objectifs en partant des cahiers de doléances, peut être un travail ardu mais le dépouillement devra  être confié  à des agents de l’état.

C’est à partir de la synthèse de ces documents que sera établi le «  cahier des charges » de l’assemblée constituante. Il s’agit de fixer les grandes orientations, république sociale, recherche de l’intérêt général, recherche d’un contre-pouvoir citoyen, etc. Il pourra être établi un comité  (comme celui du CNR pendant l’occupation) qui  sera chargé de rédiger un document de synthèse. En 1789, une synthèse des cahiers de doléances a été établie et elle a permis aux constituants de légiférer en toute légitimité.

La question de la réunion de l’assemblée constituante est une question qui agite beaucoup les partisans d’un passage de république. C’est, notamment, le Parti de Gauche qui lance ses missi dominici de province ferrailler contre les partisans du tirage au sort, avec des arguments qui ne font honneur ni aux rédacteurs, ni à ceux qui les inspirent ? Si tous les débats nationaux étaient de ce niveau, il serait très difficile de parler de démocratie.

Pour autant, on peut comprendre que des partis soient opposés au tirage au sort dans la mesure ou le système électif est leur seul fonds de commerce. On a l’habitude  de prétendre que les ouvriers ne sont pas admis à la représentation nationale. C’est vrai et donc un déni de démocratie. Mais, dit-on que les militants des partis politiques, toutes tendances confondues ne représente que 1 % de la population du pays ? Dit-on que  les militants politiques fournissent 99% des élus aux assemblées, des ministres et, bien entendu du président de la république qui ne saurait provenir que de l’un des deux clans qui depuis 1958 se partagent le pouvoir sans partage (avec les autres) (sauf, évidemment la récréation « Giscard à la barre »  entre mai 74 et mai 81) ? Dit-on que de ces partis, n’arrivent au pouvoir que ceux qui ont fait les grades écoles ou sortent du sérail par papa interposé ou par le gros financier local !

Alors à ceux qui sont opposés au tirage au sort je dis «  trouver nous une solution par laquelle, la constituante réunira une assemblée représentative de l’ensemble de la population française, ou les militants politiques ne seront pas relativement plus nombreux que dans la société, ou les vieux briscards de la politiques ne pourront pas exercer une influence néfaste sur cette jeune assemblée qui portera les espoirs du pays, ou seul l’intérêt général aura droit de prise en charge, ou toutes les combines malsaines seront proscrites.

Cela va arriver un jour. Le monde va nous regarder. Si par malheur l’état accouche d’une nouvelle structure replâtrée, rafistolée afin de permettre à ceux qui ont tant contribué à la détruire, de retrouver tous les délices de leurs prébendes, de leurs manœuvres, de leur mépris pour l’intérêt général, alors nous repartirons pour mille ans de malheur.

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