ATTERISSAGE FORCE EN TERRE INCONNUE

Il est des voyages non programmés qui pourtant nous conduisent au-delà de notre réalité, à grande vitesse, sans ménagement ni confort pour l’atterrissage.

Ces dernières semaines nous ont propulsés loin de nos proches et de notre quotidien. Devant ce miroir, sommes-nous encore celui ou celle que nous connaissons ? L’apparence nous rassure, mais un rictus moins spontané, partie visible d’une profonde transformation opérée en nous, nous interpelle. Notre environnement est le même, mais notre pensée, héritage des longs siècles qui ont façonné notre culture, donné un sens aux premières années de la vie, est totalement chamboulée. Quelle assurance pour construire notre pensée aujourd’hui et demain ? La seule certitude est un vide à combler. Comment ? Pourquoi ? Avec qui ? Pour aller où ? Nous ne sommes pas seuls Tout d’un coup cette aventure unique transporte chacun, chacune d’entre nous, riches, pauvres, voisines, voisins de près ou de loin, vers une certaine forme d’égalité, celle de n’épargner personne… sauf les Robinsons qui n’ont pas quitté leur ile.

Alors que faire devant ce vide qui a empli notre intérieur de questions, de mots transformés. Où trouver la force pour de nouveau progresser comme l’enfant en quête de stabilité pour ses premiers pas ? Les médias, les réseaux sociaux apportent des réponses au jour le jour mais la capacité de les sélectionner est souvent un dur labeur.

La nature a horreur du vide, nous dit Aristote. Le vide génère l’action pour créer, faire progresser et développer l’existant si infime soit-il. Nous sommes dans cet état, celui de la création du monde.

La page blanche devant nous s’est progressivement noircie d’idées et de réflexions. Avec des hauts et des bas, mais avec la difficile volonté de rester la tête hors de l’eau. La pensée a alors cherché à réconcilier tête, corps, esprit à travers des problématiques interpellant notre état, celui de notre entourage, notre quartier, le monde.

Le voyage se poursuit avec plus de repères pour progresser et des étapes plus rationnelles. La sobriété devient notre guide, le présent un espace durable, loin des sollicitations d’avant. Ce temps de pause est une invitation pour l’ascension de nouveaux sommets, ceux-là très ambitieux parce que profondément ancré sur le désir de modifier notre rapport au réel.

Contribuer à la transformation du monde, stopper ses dérives, faire de la solidarité le moteur d’un nouveau modèle économique et politique dans un cadre de vie respectueux de l’environnement tels sont les nouvelles lignes que nous devons écrire pour aller vers des horizons plus sereins. Un sacré chantier s’ouvre à nous. Les élans de solidarité qui font notre quotidien sont la boussole pour aller vers ce monde nouveau qui nous sortira des crises économiques, sociales, sanitaires, écologiques, démocratiques, politiques qui mettent en péril nos lendemains.

Beaucoup de printemps ont fait évoluer l’histoire de l’humanité. Aux côtés de dame nature, soyons les petites graines qui demain apporteront couleurs et saveurs à ce monde trop gris.

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