l'ami n°1 d'Uber c'est Macron

defendre le salariat, le statut des salariés contre la "sociéte sans statut", "post salariale" de Macron gerard.filoche.fr

Ne pas céder un pouce de terrain

La large victoire du Oui au référendum californien du 3 novembre dernier imposé par les deux géants Uber et Lyft pour défendre leurs intérêts (voir encadré ci-dessous) relance le débat sur le modèle économique des plateformes internet et sur l’auto-entrepreneuriat. C’est l’occasion pour notre camarade Gérard Filoche de repréciser des vérités qui sont toujours bonnes à dire.

Il faut voir l’homme, plutôt chétif, tenir à la main son instrument de torture. D’ailleurs, il préfère marcher à côté, plutôt que de pédaler. On est au Forum des Halles. Il s’agit d’un « vélo cargo », nouvelle appellation pour un simple vélo affublé d’une immense remorque.

Drôle de cargo...
Le caisson est à presque deux mètres de hauteur, presqu’autant en longueur, à peine moins en largeur. Peint en bleu, il pèse rien de moins que 250 kg. L’homme doit se dresser sur les pédales pour franchir les premiers mètres, et souffrir la misère pour traîner le « cargo » ; je ne vous raconte pas l’effort. Le pauvre est venu d’Afrique, ça se voit, pour faire ça. Le deux-roues n’est pas électrique, ça ne marche qu’à l’huile de genoux.
La « pub » vante une « bicyclette magique » avec « zéro frais d’essence, 100 % français, ne pas se pencher dans les virages, éviter les surfaces inégales, passer les dos d’âne bien droit, éviter les bordures » pour un « usage logistique, marchandises lourdes et volumineuses, alternatif, écologique et non polluant ».

Le mythe du libre choix
Tout le charme de la plateforme numérique : livraison géo-localisée, suivi réel, livraison express, sept jours sur sept, de 8 h 30 à 23 h (sauf couvre-feu), tarification instantanée, départ magasin, retour express : vous êtes prestataire indépendant et répondez « librement » aux commandes, au « choix » pour plusieurs donneurs d’ordre à la fois comme Uber Eats, Foodora, Stuart, Deliveroo ou encore Frichti.
Ayez le statut de l’auto-entreprise individuelle. Achetez vous-mêmes « le vélo cargo, le smartphone et sa batterie externe isotherme, le casque, les éclairages, les gants, la veste coupe-vent ». L’hiver est bientôt là.
En tant que coursier à Paris, vous avez la chance d’être non seulement payé (en dessous du Smic et sans cotisations sociales), mais aussi le plaisir de « pratiquer votre passion, le vélo, et en plus, vous profitez du grand air et du magnifique paysage toute la journée ».
Elle est pas belle la Start up Nation de Macron ?

Le retour du travail à la tâche ?
Le pire, c’est qu’ils nous font revenir au travail payé à la tâche, à la mission, au chantier, au forfait. C’est la plus sûre façon de nous prendre notre temps, de ne plus payer nos heures, nos journées, nos semaines, nos mois. Ça sape les fondements du salariat.
Ils le faisaient illégalement jusque-là, surtout pour ceux d’en bas. Ils ne comptaient plus en heures mais en nombre de blousons, de chaussures ou de sacs confectionnés, de mètres carrés de carreaux nettoyés ou de quartiers de ville par éboueurs, par prospectus distribué.
Sur leurs fiches de paye, ils indiquaient encore une référence horaire, parce que la loi l’oblige. Mais elle est fictive, calculée arbitrairement : l’employeur divise le volume de travail du mois par un taux horaire.

Sorry We Missed You
La pression de la recherche du profit maximal les pousse à abolir la référence au temps de travail et à rétablir sans le dire le salaire à la tâche, celui-là même que l’on croyait consigné au passé, voire réservé à quelques professions : les bûcherons payés à la taille, les désosseurs de viande payés à la découpe, les livreurs payés à la course, la dentellière au napperon.
Dans le nettoyage par exemple, le paiement « au lit », à la chambre, voire au m2 s’est accru, dans l’entretien des bureaux ou des hôtels. « Aujourd’hui, vous avez trente lits à faire. » Chaque matin, à 7 h, les femmes de ménage sont au garde-à-vous devant leur téléphone. Le lendemain, la commande peut varier de 20 ou 30 unités, en fonction du taux de remplissage de l’hôtel.
Les heures supplémentaires ne sont pas payées. Le temps rémunéré se rétrécit pendant que le temps travaillé s’intensifie et s’allonge. Les salariés sont de moins en moins nombreux à choisir eux-mêmes la façon d’atteindre les objectifs fixés et à pouvoir faire varier les délais fixés.
Hé bien, maintenant, c’est devenu le point commun à 12,5 millions de salariés qui se croyaient en haut de l’échelle, ils sont de retour en télétravail, sur leur ordinateur. « Tiens, t’as trente dossiers à traiter pour demain ».

Gérard Filoche

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