Pas de défense au travail face au Covid

Au boulot n°539

Une entreprise de 20 salariés à Paris en pleine pandémie : pas de télétravail (alors qu’il est facile de l’organiser) parce que le patron a décidé que non. Survient le Covid : trois cas contacts, le patron dit : « - y a trop de boulot, on peut pas arrêter ». Des salariés cherchent à joindre l’inspection du travail : personne ne répond. Ils cherchent à joindre le médecin du travail : personne ne répond. Puis le patron lui même est testé « positif », il s’en va en province et sa seule consigne pour les 20 salariés reste : « travaillez ». Ils tentent à nouveau de joindre l’inspection du travail : ça sonne dans le vide. Le médecin ? Pas joignable. Ils n’ont pas l’habitude de défendre leurs droits, pas de délégué, pas de syndicat, un certain malaise s’installe. Il faudra 20 jours pour que l’inspectrice du travail (elle reçoit 400 appels et mels par demie journée) leur dise leurs droits et qu’ils rentrent chez eux s’isoler.

Voilà le prix à payer pour avoir démantelé les CHSCT, délégués du personnel, quasi supprimé les médecins du travail et affaibli gravement les effectifs de inspection.

Le bilan ? « Depuis le début de l’année, les agents de l’inspection ont mené près de 24.000 contrôles en lien avec l’application des mesures sanitaires pour lutter contre l’épidémie et adressé 34 mises en demeure ». Mais il y a des centaines de milliers de cas !

S’ajoute le vide juridique.

Pour Simon Picou (CGT ministère du Travail) : « Le gouvernement annonce l’augmentation des contrôles. Du coup, de nombreux salariés nous contactent. On doit alors leur expliquer que l’inspecteur n’a pas de pouvoir de sanction directe en cas de non-respect du télétravail ». Cela passe par une mise en demeure et une tardive et faible contravention de 3.750 euros. Pas très dissuasif. Et pas immédiat. Donc inefficace.

Tout ça parce que, dans leurs multiples lois d’urgence sanitaire, Macron, Castex, Bornes refusent dogmatiquement de contraindre les employeurs.

 

Gérard Filoche

 

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