Madame O femme de ménage

Au boulot n° 534

 

 

Elle veut « bien élever son fils ». Ne pas le laisser seul quand il rentre de l'école. Surveiller les devoirs, ne pas le laisser traîner dans la cité. C'est le dernier enfant à la maison, les grands sont partis, ils ont leur famille maintenant. 

Cela fait plus de 7 ans qu'elle fait les ménages dans les bureaux. Elle est à temps partiel, 140 h par mois. La société Derichebourg qui l'emploie l'a affectée sur le site de l'école HEC à Jouy-en-Josas. C'est mal desservi, surtout lorsqu'il faut commencer tôt le matin. L'employeur a mis en place une navette pour ses salariés. 

En prenant ce nouveau poste Mme O. constate que son contrat a été modifié : de 140 heures elle passe à 130 heures. Elle refuse de signer l'avenant au contrat de travail et demande le maintien de son ancien horaire. Alors pour la faire « plier » la société Derichebourg lui interdit l'accès à la navette. Elle doit assumer seule le coût du transport et trouver le moyen de partir dès 5 heures du matin pour se rendre à HEC. 

La société Derichebourg n'hésite pas à écrire à l'inspection du travail que « la navette est réservée aux salariés à temps plein ». 

C'est une discrimination, une inégalité de traitement injustifiée. C'est interdit par l'article L. 3123-5 du Code du travail mais la société Derichebourg, pour ce cas, ne se sent pas tenue par le Code du travail. 

Pourtant Mme O. fait un travail utile à tous. Elle fait partie de ses premières lignes invisibles, celles qui dans la crise du Covid et de tout temps, permettent à tous de travailler dans de bonnes conditions et assurent la propreté des lieux collectifs. Réduire le temps de travail de Mme O., faire baisser son faible salaire et la priver de la navette...voilà qui donne une bien piètre image d’une puissante société. 

Mme O. a saisi les Prud'hommes avec un défenseur syndical. 

C’est rare. 

Toutes ne le font pas, ne savent pas se défendre. Combien sont maltraités, exploités, mal payés à assurer des tâches essentielles sans voir leurs droits et leurs vies respectés.

 Courageuse Mme O., nous vous saluons.

 

Gérard Filoche

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