Tambouille ou bonne cuisine ?

GDS depuis plus de six ans, cela se sait, défend la nécessité d’une plateforme commune de la gauche, et d’un front unique de ses organisations sans exclusive ni hégémonisme pour parvenir à des listes et candidatures communes.

GDS n’a cessé de proposer un comité de liaison permanent de la gauche de façon à agir en commun dans les luttes comme dans les élections. En commençant par le fond politique, par une plateforme commune. En quelque sorte nous proposions de décider de faire une bonne cuisine à gauche, avec des bons produits pour faire de bons plats qui plaisent à toutes et tous.

Jean-Luc Melenchon, lui, avait coutume de dénoncer  les « tambouilles » en politique et les « ribambelles de logos ».

S’il entendait par « tambouilles » la recherche d’accords médiocres peu susceptibles de répondre aux revendications de la grande masse des électeurs de gauche, il avait raison.

S’il entendait par « ribambelle de logos » la vanité d’aligner des sigles sans qu’il y ait de contenu dynamique politique, il avait aussi tout à fait raison.

Sans clarté politique entre les organisations de gauche, cela ne peut que se passer mal.

Rien de pire que de chercher des accords au rabais, au cas par cas, en dessous de table, avec des négociations sans offrir une vision politique clarifiée, nationale, compréhensible par tous les électeurs.

Sinon ceux-ci se trouvent mis devant le fait accompli d’accords à géométrie variable et dans un même département où région, font face soit à des listes unitaires, soit à des listes divisées, soit à des alliances différentes, ce qui est illisible et peu mobilisateur. Là pour le coup, c’est de la mauvaise tambouille.

Sentant sans doute la difficulté, et comprenant que la LFI allait se retrouver isolée, autour de 2 à 6% des voix, et que ce n’était pas porteur pour la suite, le 21 mars 2021, Mélenchon a proposé, tardivement, sur France inter un « compromis » national à EELV :  « Voilà ce que je dis aux Verts : […] vous avez une tête de liste » et bientôt « une deuxième » puisqu'« on est en train de terminer la négociation ailleurs » sans préciser quelles régions étaient concernées. « Il en reste six, acceptez qu’il y ait une région en contrepartie, et on vous cède les têtes de liste dans les cinq autres » sans donner plus de précisions.

« Il en reste six» cela semble vouloir dire que les six régions où le PS est sortant ne sont pas dans la balance et qu’il s’agit donc d’une proposition globale à la gauche, au moins pour les 13 régions métropolitaines (sur 17).

Trois mois avant les régionales, Mélenchon semblait donc vouloir soudainement en arriver à une négociation nationale.

Bien trop tard, d’autant que lui-même était engagé dans une course solitaire pour la présidentielle de 2002 et qu’il n’avait consulté personne avant de se lancer unilatéralement en octobre dernier.

S’il juge impensable de discuter plateforme et candidature commune à la présidentielle, quel crédit a-t-il pour le proposer aux régionales ?

D’autant que son exigence n’est pas mince : il demande « par exemple en Ile-de-France » où le secrétaire national des Verts Julien Bayou « pourrait faire le beau geste pour Clémentine Autain » ou… en PACA. Vous imaginez  l'effet de dire au leader des verts, en guise d’accord : « Bayou retire toi pour Autain » alors que Mélenchon ne supporterait pas une seule seconde d'entendre cela pour lui ?

Mais sur quelle base politique ? Reconnaît-il EELV dans la gauche ? Pense-t-il donc, a un mois du dépôt des listes, que les programmes Bayou et Autain, dont les campagnes sont déjà lancées, sont interchangeables au point qu’ils puissent se remplacer en s’associant ? Dans ce cas, la seule divergence devient la tête de liste !

Si c’est vrai en Ile-de-France, ça doit être vrai au plan national, non ?

Si Melenchon propose au moins « 1 région en contre partie à LFI » et les 12 autres au PS et à EELV, c’est un partage national qui demandait un accord national. Pour réussir à atteindre un tel résultat cela demandait une bataille politique programmatique et politique de longue date.

Selon nous, GDS, il n’était pas impossible de parvenir à une seule liste partout comme le prouvent l’accord excellent dans les Hauts de France, avec des réciprocités, mais pour cela il fallait en avoir créé depuis des mois, les conditions, par le respect, par la recherche d’un projet commun, ce qui n’était pas le cas.

À force de dénoncer la mauvaise tambouille, la bonne cuisine n’a pas été préparée.

La mauvaise tambouille, ça peut s’improviser mais ça rate.

La bonne cuisine ça demande de la volonté et du doigté.

Certes Melenchon a raison de se plaindre que « les écologistes considèrent absolument partout qu’il n’y a qu’eux qui peuvent être tête de liste et par conséquent ils ne supportent rien ». C’est un hégémonisme insupportable ... d’où qu’il vienne  ! Mais quand il s’emporte contre « les menteurs, hypocrites, faux-jetons » à gauche, ca n’est pas un bon moyen de persuasion. Surtout s’il va le faire publiquement le 1er mai dans la seule région où il y a un bel exemple d’unité.

Il a raison de se plaindre de l’exclusion de LFI par EELV dans la liste regroupant plusieurs formations de gauche en PACA. Nous aussi, GDS en avons été écartés.

Comme nous avons été minorés par la scission tardive, bureaucratique, sans principes, inouïe, dans le Grand Est. Là-bas, les apparatchiks du PS ont frondé contre Pernelle Richardot, une de leurs principales dirigeantes nationales, parce qu’elle s’était alliée avec Aurélie Filipetti et Caroline Fiat députée LFI, et nous, GDS. L’aile droite du PS a entrainé le PCF pour diviser la gauche conduisant à la défaite face à un conseil régional sortant LR, RN LREM.

Les configurations locales sont devenues très variées, faute d’accord national, de cap national, de volonté unitaire nationale.

En Pays de Loire, LFI soutient le députe élu macronien, Matthieu Orphelin avec EELV !  Nous GDS, avons refusé pareille entorse aux principes : Orphelin est passé à droite pour se faire élire ce qui fait une différence substantielle avec Garot resté au PS d'où le fait que des militants de 11 formations politiques participent à sa liste : GDS, Génération.s 44, GRS, PCF, Place publique, Nouvelle donne, PRG, PS, LEF, UDB Cap Ecologie. Mais dans la même région nous sommes alliés dans les départements avec LFI, contre le PS qui ne nous a pas respecté.

C’est ainsi que, nous GDS, avons été amenés à travailler en Rhône-Alpes Auvergne avec l’alliance autour de Nadjat Vallaud-Belkacem et dans le midi et en Occitanie, en alliance principalement avec LFI.

GDS a privilégié chaque fois un accord qui était à la fois le plus unitaire et à la fois sur une plateforme la meilleure possible.

Mais nous aurions préféré, si nous avions eu le poids nécessaire, une même alliance et une même base de plateforme. Nous étions nombreux à vouloir cela (Ensemble, Nouvelle donne, Résistance sociale, PEPS, Place publique…) et si LFI avait mené campagne active en ce sens, on aurait pu entrainer le reste de la gauche dans un grand accord et un grand partage cohérent.

Car 81 % des électeurs de gauche sont pour cette unité. 81 % !

Je n’ai jamais vécu ça” dit Mélenchon sans prendre conscience que ce sont ses choix politiques qui ont initié cette concurrence à l’hégémonisme, et parce qu’il est donné en tête des sondages de la gauche dans les sondages,  il en a la principale responsabilité.

C’est irresponsable, ridicule. Nous sommes dans la main d’une poignée de gens qui s’arrangent entre eux, se répartissent les places et les postes et ne veulent rien changer à leurs mauvaises habitudes » dit Melenchon. Oui, hélas ! “Le minimum de la courtoisie n’est pas respecté, on ne consulte personne, ça se discute entre quelques-uns, ils excluent des gens.” Dit encore Melenchon. Oui, hélas. Mais c’est ce qu’il fait pour la présidentielle et il en est victime pour les régionales.

« En PACA une poignée de gens s’arrangent entre eux. On m’a joué toutes sortes de musiques sur l’unité, mais les gens à qui nous avons tendu la main pour les régionales, c’est le cas d’EELV, ont exclu les insoumis sans consulter personne » dit celui qui n’a consulté personne et veut passer en force en 2022.

Je n’ai jamais vécu ça, et j’en ai vu. La dirigeante nationale des Verts arrive dans une conférence zoom à Marseille et dit ‘on ne veut pas des Insoumis et tous les autres disent ‘oui chef’ rajoute celui qui a dit  à toute la gauche qu'il ne négocierait aucune candidature commune.

"Le lendemain ils se battent entre eux, tout cela est irresponsable puisqu’on dit que la menace de l’extrême droite est très grande en Paca”, a-t-il encore martelé.

Il a raison. Encore.

Manquer l’unité de la gauche, en PACA et en Grand Est, notamment, face à l’extrême droite, est irresponsable.

Mais pourquoi ça ce passe comme ça ? Parce que tout, en vue de ces régionales, (comme auparavant avec les municipales) c’est de la tambouille.

Toutes les négociations se font en dessous de table.

Partout, il y a eu des combats dans le dos des électeurs sans base politique pour additionner des logos, concilier des logos, partager des logos !

Partout des militants de la LFI disent que le PS est de droite ou que les Verts sont des « bobos », et qu’il est hors de question de s’allier avec eux, mais en pratique, partout la LFI a essayé de partager des circonscriptions, des régions. Depuis des mois, la LFI officielle refuse de discuter programme avec le reste de la gauche, mais elle négocie des accords, des partages de cantons, de départements, et de listes !

Jean-Luc Mélenchon explique ensuite avoir “tiré une leçon nationale” de la mésaventure des Insoumis dans le sud. “On m’a joué toute sorte de musique sous mon balcon pour l’unité, blabla bla, ça serait mon égo le problème (...) et bien les gens à qui nous avons tendu la main, pour qui nous avons fait l’effort de dire ‘ok vous avez toutes les têtes de liste parce que vous ne supportez personne d’autre que vous’, c’est le cas d’EELV, (...) eux, la conclusion c’est d’éliminer les Insoumis des départementales et des régionales”, a-t-il regretté, avant d’ajouter : “vous croyez que je suis homme à qui on fait ce genre de traitement et qui ensuite va dans son coin ?” “Non, j’en ai tiré la leçon, ce sont des menteurs, des hypocrites et des faux-jetons, par conséquent, nous n’avons aucune raison de tenir compte de ce qu’ils nous disent et nous devons au contraire marcher nous-même avec nos idées, nos propositions”, lance encore Jean-Luc Mélenchon, quelques secondes avant d’expliquer qu’il ne croit pas au rassemblement de la gauche derrière sa candidature en vue de 2022.

En effet tant que le refus de discuter des uns est la riposte au refus de discuter des autres, ca ne peut pas marcher. Si la leçon qui en est tirée est d’aggraver la division, et d’insulter les autres composantes de la gauche, c’est le résultat de la tambouille, pas de la bonne cuisine.

La leçon à tirer c’est qu’il aurait fallu de longue date, préparer les européennes, les municipales, et les régionales unitairement. La leçon à tirer c’est qu’à aggraver la division, cela provoquera des ressentiments qui nuiront jusqu'à la présidentielle.  Et un candidat qui affirme qu’il n’a « aucune raison de tenir compte de ce que disent » les autres de la gauche diminue ses chances de conquérir leurs voix. Les rancoeurs freineront l’addition des voix. C’est au contraire la prise de conscience de cette réalité qui compte :  reprendre langue, travailler à un socle commun, construire un contrat de législature condition du partage national des circonscription en 2022.

Revenir à une bonne cuisine sur la table et rejeter la tambouille.

Gérard Filoche le 13 mai 2021

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.