Morts en chaine, à vélo

Au boulot n° 543

 

 

Le drame quotidien des livreurs à vélo, esclaves des plateformes type Ubereats, Deliveroo, Frichti s’étend tous les jours…  Il n’y a pas que les 500 morts par accident du travail par an, dont 21 policiers et 215 ouvriers du BTP, il y a la hausse des accidents routiers professionnels. Parmi eux, depuis Franck Page, 18 ans, tué à Pessac en 2019, en en est à 8 livreurs morts a vélo depuis deux ans. A Paris La Chapelle le 4 mai, c’est le jeune Rumel Ahmed, qui est percuté par un  camion. Le 6 mai c’est à Sotteville-lès-Rouen, que Chahi, 41 ans, père de 4 enfants, est mortellement renversé.

Deliveroo s’est permis d’abaisser de 5 euros à 2,60 euros chaque course et d’inciter à la prise de risque, avec une prime liée à chaque commande réalisée sans condition. Pour survivre, il faut un rythme de travail infernal. Pas de contrat de travail, ni protection sociale, ni cotisation retraite, ni droit à chômage, pas d’indemnisation ni couverture des frais médicaux en cas d’accidents hormis de très rares motifs dans les contrats d’assurance des plates-formes. Pas de salaire minimum, ni de rémunération pendant les temps d’attente, paiement à la tâche, au nombre de kilomètres parcourus, calculé en toute opacité par les applications. La cadence de travail des livreurs leur est imposée à la fois par les algorithmes, par les exigences d’immédiateté des clients et par cette forme de rémunération qui impose de travailler le plus vite possible, sans pause ni congé.

Ce système n’est pas seulement inhumain, amoral, il tue. La justice le condamne dans tous les pays, en Angleterre, en Italie.

En France il faut évidemment interdire ces pratiques criminelles par la loi,  restaurer et imposer la présomption de salariat. Macron et Borne savent tout ça et se refusent à agir parce que ces plateformes, au fond, c’est leur modèle de société. JC Cambadelis vient de dire que « Macron est un caméléon », non, non pas du tout, Macron défend avec acharnement une société sans statut, une société post-salariale, au coût du travail bas, aux superprofits, uberisée et sans cotisations sociales.

Le 18 juin partout en France les livreurs manifestent.  

 

Gérard Filoche

 

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