appréciation GDS des différentes forces et des candidats potentiels

convention nationale GDS mars 2021 texte n°2 en débat

 

1. Les risques de fragmentation s’accentuent

La GDS a défendu depuis sa création publique, le 20 janvier 2018, dans toutes les luttes sociales et aux élections européennes de 2019, comme aux municipales de 2020, le fait qu’il n’y avait pas de gauche irréconciliable, et qu’il était possible d’empêcher la bipolarisation, voire la tripolarisation de la gauche. En décembre 2020, ce risque est toujours là.

La déclaration de candidature de Jean-Luc Mélenchon a lancé unilatéralement la course aux candidats. EELV s’est fixé un calendrier pour des primaires du pôle écologiste en septembre 2021. Si le principal dirigeant du PS avait annoncé officiellement ne pas vouloir présenter de candidat socialiste et proposé à plusieurs reprises un seul candidat unitaire, l’hypothèse d’une candidature Hidalgo est venue brouiller le message.

Benoît Hamon affirme que Jean-Luc Mélenchon pourrait être son candidat « s’il est unitaire », puis propose Christiane Taubira, et revient en force sur le revenu universel qui, selon lui, devrait être au cœur d’un programme présidentiel.

Arnaud Montebourg essaie de se construire un espace politique. Lutte ouvrière se présente. Le NPA en crise s’interroge (certains sur un éventuel soutien à Jean-Luc Mélenchon, d’autres sur une candidature autonome de Philippe Poutou).

On en est en fin 2020 à cinq ou six candidats de gauche, c’est-à-dire à la défaite assurée. La guerre des gauches remplacera la guerre contre Macron. Nul ne sera au second tour. 

La GDS milite pour un rassemblement large, sans hégémonie ni exclusive à gauche. Les principales formations de la gauche (EELV, LFI, PS, PCF) n’en prennent pour l’instant, chacune à sa manière, pas le chemin, malgré la pression unitaire de leur électorat.

 

2. Europe Écologie les Verts (EELV)

EELV bénéficie, outre de l’irruption des questions environnementales sur le devant de la scène, du tableau général de la gauche : d’un côté, le PS qui a considérablement reculé, et de l‘autre, le comportement non-unitaire dans laquelle la FI s’est enfermée. 

Mais c’est une illusion totale de croire qu’il y aurait un nouveau « centre » entre la gauche et la droite. La lutte de classes ne laisse pas d’espace en France entre le salariat puissant et l’actionnariat avide. Il n’y a pas de « centre » ni de « milieu ». Il n’y a pas de programme écologiste indépendamment du programme social de la gauche. L’histoire de l’écologie en France est liée à la gauche. Tous les écologistes qui, par vagues successives, ont voulu se distinguer de la gauche ont rapidement sombré à droite. 

Pour nous, il ne peut pas y avoir d’écologie sans anticapitalisme ni d’ailleurs d’anticapitalisme sans écologie. Pourtant, il y a des forces de l’écologie politique qui ne se sentent pas liées à la gauche : CAP 21 de Corine Lepage – dont les quatre députés siègent à l’Assemblée nationale dans le groupe LaRem –, Génération Écologie dirigée depuis 2018 par Delphine Batho, ainsi que l’Alliance écologiste indépendante qui se présente sur son site comme une mouvement politique rassemblant « des citoyens engagés en politique au-delà du clivage gauche/droite ».

Au sein de EELV, le courant « ex-Europe Écologie », aujourd’hui représenté par Yannick Jadot, a fourni des ministres (Pompili et De Rugy) des députés européens (Pascal Canfin) et des propagandistes (Daniel Cohn-Bendit) à LaREM.

EELV est une organisation aux effectifs encore modestes (environ 10 000 adhérents) avec un nombre total d’élus encore faible et sans liens organiques avec le mouvement syndical (mais en relation étroite avec le milieu associatif). Comme tout appareil, celui d’EELV est marqué par un vie interne bureaucratique, mais il porte malgré tout, quoique de façon déformée, les aspirations multiples de ses membres. Les idées, en son sein, varient d’une gigantesque aspiration humaniste et révolutionnaire aux calculs les plus politiciens et égoïstes pour des postes.

Son positionnement est éclairé dans les documents officiels de EELV et de tous ses courants par la référence indifférenciée aux plateformes « Plus Jamais » (autour de la CGT, de la FSU, de Solidaires, Attac, Oxfam…) qu’à celle du « Pacte du pouvoir de Vivre » (autour de la CFDT). Cela s’est ressenti dans les divisions du mouvement au moment des lois Travail ou encore de la mobilisation contre la retraite à points.

EELV bénéficie actuellement de la recherche, par une fraction de l’électorat, d’un chemin alternatif, du fait de la division et de l’affaiblissement du cœur traditionnel de la gauche. Les élections européennes étant toujours propices à des poussées atypiques, EELV en a bénéficié en 2019 – comme d’ailleurs en 2009. Aux municipales, il n’y a pas eu de « vague verte », mais des vagues roses-rouges-vertes. Quand ils se sont présentés seuls contre des listes unitaires, les écologistes ont été battus (Marseille, Montpellier, Le Havre, Paris, Nantes, Rennes). Même à Lyon, Strasbourg et Bordeaux, leurs « victoires » les plus retentissantes l’ont été en réalisant des listes unitaires.

EELV cherche depuis les municipales à transformer l’essai de deux manières : 

* engranger des victoires aux régionales et départementales de 2021 au nom du pôle écologique en refusant toute alliance avec le PCF, le PS ou FI ; 

* s’agrandir en absorbant les autres petites forces de l’écologie politique regroupées au sein de ce pôle, notamment Cap 21 et Génération Écologie.

Le noyau dirigeant espère que cette stratégie lui permettra d’asseoir la légitimité, comme candidat naturel de la gauche à la présidentielle, de celui ou celle qui emportera la « primaire écologiste » prévue pour septembre 2021. À ce stade, quatre candidats sont déclarés (ou presque) : Yannick Jadot et Éric Piolle, Sandrine Rousseau et Sandra Regol.

Yannick Jadot incarne l’orientation selon laquelle EELV peut prospérer en récupérant les déçus de gauche du macronisme. Sa campagne européenne profondément droitière est l’illustration d’une orientation pro-business refusant le clivage droite/gauche. Il prétend que c’est « l’ère de l’écologie » pour asseoir une rupture avec les traditions d’une gauche divisée et paralysée. C’est en partie la recette des européennes de 2019. Ainsi Jadot a-t-il exclu la possibilité d’une alliance avec Mélenchon, qu’il considère comme un repoussoir pour cet électorat plutôt modéré. Cette ligne stratégique est suicidaire : elle fracture la gauche en théorisant à nouveau les « deux gauches irréconciliables ». Et elle déroule mécaniquement le tapis rouge au « duel » Macron-Le Pen.

Piolle de son côté joue la carte de l’union de la gauche qu’il appelle « l’arc humaniste ». Il s’est déplacé à la fois à l’université d’été de la FI et à celle du PS, et met en avant son bilan à la tête d’un exécutif municipal de gauche plurielle. Éric Piolle semble avoir les faveurs de la majorité de la direction et des adhérents d’EELV, et sa désignation, à la condition expresse qu’elle s’émancipe de la démarche « identitaire » du pôle écologiste, pourrait favoriser la perspective d’un accord fin 2021 entre toutes les composantes de la gauche.

 

2. La France insoumise (FI)

Sans surprise, Jean-Luc Mélenchon a été le premier à annoncer sa candidature, à 18 mois de l’échéance présidentielle. Comme la fois précédente, il l’a proclamée unilatéralement, selon la théorie que « la force va à la force » et selon laquelle, en menant la « course » en tête, il obligera les autres à se rallier à lui. C’est un des facteurs qui a conduit à la défaite du 23 avril 2017.

Car si, en dernier ressort, des électeurs peuvent assurément et sans condition se rallier in fine au vote utile, cela ne suffit pas – on l’a déjà vérifié en 2017. C’est encore plus évident aujourd’hui, pour qui voudrait mobiliser celles et ceux qui ont des préjugés et des réticences ancrés – soigneusement nourris par les grands médias – à l’endroit du tribun insoumis. Pour passer au second tour, il faut convaincre le ban et l’arrière-ban des électeurs potentiels de gauche et donc construire des arguments, des motivations politiques, des accords qui le permettent. Or, la ligne de la FI, pour les présidentielles, c’est le refus d’envisager une quelconque alliance, même si Jean-Luc Mélenchon vient de faire une offre en direction du PCF (pour peser sur ses débats internes ?). 

Seule concession apparente : Jean-Luc Mélenchon a proposé de discuter… mais uniquement de son programme ! Et avec pour date limite octobre 2021. Il est allé jusqu’à se réjouir de la sorte à propos d’une possible candidature d’Anne Hidalgo : « Enfin quelqu’un au PS. Quelqu’un qui assume l’ambiguïté avec l’autoritarisme macronien et les connivences avec le monde des affaires ». Il avait déjà fait cela lorsque Benoît Hamon avait emporté la primaire du 29 janvier 2017, puisqu’il avait déclaré « regretter » François Hollande. Il est si peu désireux d’unité qu’il préfère un « ennemi » déclaré plutôt qu’un Olivier Faure lorsque celui-ci propose l’unité. Les plus proches sont les ennemis, c’est la marque du sectarisme qui a fait tant de ravages dans l’histoire de la gauche.

La FI s’est insuffisamment installée depuis trois ans dans le paysage politique hexagonal à cause de ce refus d’unité et parce que, plutôt que de construire un parti pluraliste et démocratique implanté, elle a été réduite délibérément à n’être qu’une machine présidentielle, un « mouvement gazeux » ainsi que la qualifient ses dirigeants. 

Si elle a obtenu 17 députés en juin 2017, c’est avec environ 7 % des voix. Aux européennes, elle a obtenu autour de 6 %. Aux municipales, élection « reine » de la proximité, elle n’a pas su se situer, tantôt alliée au PS, tantôt en binôme avec EELV, tantôt alliée à toute la gauche, tantôt solitaire au risque même de faire perdre la gauche. Le résultat de ces choix éclectiques n’a pas été brillant. C’est pour cela que la candidature de Jean-Luc Mélenchon est encore plus discutable qu’en 2016. Il lui aurait été possible en trois ans de construire, consolider unifier, mais ça n’a pas été le cas.

Quand la vingtaine d’organisations syndicales, associatives et environnementales regroupées au sein du collectif « Plus jamais ça » ont interpellé les partis politiques de gauche, le 20 mai 2020, le premier à faire obstruction a été Jean-Luc Mélenchon qui a refusé une déclaration commune des partis en soutien au collectif unitaire, alors que c’était une occasion exceptionnelle à saisir. Il en fut de même, hélas, le 9 juillet, lorsqu’il y eut une seconde réunion autour de ce projet. Cela a permis au PS, au PCF et à EELV de ne pas répondre de façon favorable et active à la démarche de « Plus jamais ça » – en dépit du fait que nous les ayons sollicités dans une lettre commune signée avec Ensemble!, Génération.s et Place Publique.

Pourtant, Jean-Luc Mélenchon lui-même a constaté que, dans 90 % des cas, la gauche votait de la même façon à l’Assemblée : ce qui affaiblit pour le moins la théorie des « deux gauches irréconciliables ». Nous avons publié des « tableaux comparés de 14 projets émanant de groupes de gauche », dont la LFI, et la conclusion est sans appel : il y a 80 % de points d’accord. En examinant spécifiquement le programme de la LFI et celui d’EELV, nous avons constaté 29 points communs substantiels entre les deux.

Par ailleurs, au sein même de la FI, des voix (notamment François Ruffin et Clémentine Autain, même s’ils ne sont pas les seuls au sein du groupe parlementaire) se font entendre, qui avancent l’idée d’unité de la gauche. À la base, d’une ville à l’autre, d’une région à l’autre, les positions des « groupes d’appui » sont différentes : certains militants et dirigeants anciens et expérimentés ont claqué la porte pour protester, d’autres appliquent une ligne en pratique bienveillante avec le reste de le gauche. Enfin, un sondage IFOP dans L’Humanité, publié en septembre 2020, annonçait déjà que 71 % des sympathisants de gauche voulaient une candidature unique pour les présidentielles, et même 73 % à EELV, 77 % chez les communistes, 79 % dans la mouvance insoumise et 88 % au Parti socialiste et à Génération.s.

Quoi qu’il en dise, Jean-Luc Mélenchon est soumis à une pression unitaire considérable : c’est pour cela qu’il a proposé d’ouvrir un débat sur « son » programme. Cette proposition n’est toutefois pas la solution pour bâtir une plateforme commune.

Nous continuons donc d’insister, de batailler par tous les canaux possibles, avec – nous l’espérons – la force des militants unitaires convaincus, pour que ce débat s’ouvre sans exclusive ni hégémonisme, et que toute la gauche se mette autour d’une table, à partir des propositions respectives de chaque formation, pour rédiger une plateforme commune en 8, 10, ou 12 points essentiels, susceptible de faire gagner un candidat commun et de construire une majorité pour cinq ans de législature de gauche.

En recherche d’alliés pour les régionales, la FI a pris l’initiative d’écrire à l’ensemble des forces de gauche – sauf au Parti socialiste – pour envisager des listes communes. Nous avons donc eu une rencontre avec eux et avons rédigé un communiqué commun GDS-FI en septembre 2020. La France insoumise nous a contactés dans chacune des régions où nous existons.

Officiellement, elle annonce vouloir découpler départementales, régionales et présidentielle. Ce découplage est sans doute dû à leur prise de conscience que lier toutes les élections serait hasardeux, tant est grand le décalage entre la notoriété nationale de Jean-Luc Mélenchon et la force électorale de la FI au niveau local.

Nous pouvons noter quelques avancées programmatiques de la FI :

* le passage d’un républicanisme prétendument universaliste (comme il nous le faisait subir au sein de la Gauche socialiste) à un combat contre le racisme envers les musulmans (voir sa déclaration sur la loi contre le « séparatisme ») et en tenant compte des minorités, notamment lorsqu’il reprend l’expression de « créolisation » d’Édouard Glissant ;

* l’abandon de l’idée de quitter l’UE au profit du thème de la désobéissance aux traités, si nécessaire, pour appliquer une politique « socialiste ». 

En revanche, l’interview de Jean-Luc Mélenchon en octobre dans L’Obs est plus problématique. Notamment les formules à propos d’un éventuel président « insoumis » appelé à « se concentrer[...] sur les tâches qui engagent l’identité de la nation », mais aussi à propos du « compromis » à conclure avec « le patronat national » ou encore de la démocratie réduite à n’être qu’un vulgaire « système nerveux »…

 

3. Le Parti socialiste (PS)

Le PS a été sur le fil du rasoir. Il aurait pu disparaître et changer de nature de classe, s’il avait suivi Macron. Il en était à deux doigts. Environ 20 % de ses effectifs et surtout de ses cadres sont passés à LaREM. En juin 2017, Stéphane Le Foll s’écriait : « En France il n’y a plus que Le Pen ou Macron ». Olivier Faure, avec le gros du groupe parlementaire, s’abstenait lors du vote de confiance au gouvernement Macron-Philippe, assurant même qu’il « souhaitait sa réussite ». Le PS est passé en dix ans de 180 000 à moins de 30 000 membres et il a modifié ses statuts pour empêcher tout débat interne. Il paie durablement la trahison de Hollande-Valls aux yeux des millions de salariés dont il n’a pas défendu les intérêts.

Sa gauche a quitté le parti pour aller fonder d’autres organisations : 

- en juillet 2017, autour de Hamon, s’est constitué Génération.s ;

- début 2018, les militants regroupés autour de la revue D&S ont fondé la GDS ;

- fin 2018, Maurel et Lienemann ont construit la GRS (en fusionnant avec les restes du MRC).

Le PS abrite toujours une aile droite en continuité avec le social-libéralisme et la politique menée par les gouvernements Hollande autour de Le Foll, Patrick Kanner, Cazeneuve. Il est dirigé par un « centre » autour de Faure qui a réussi à garder la tête du parti hors de l’eau précisément en prônant une politique unitaire pour battre Macron. Mais cela durera-t-il ?

Le PS est considérablement affaibli aussi bien sur le plan militant que sur celui des élus et de l’appareil : il ne conserve que 29 députés sur les 295 de la mandature précédente, 65 sénateurs, cinq régions sur treize, une ville sur trois, un département sur trois. Ce qui est cependant loin d’être négligeable. 

L’affaiblissement du PS ouvre une fenêtre de tir pour que nous tentions de reconstruire la gauche et son unité sur un nouvel axe en rupture avec ses orientations libérales.

Mais sa survie est due au choix qu’il a laborieusement fait de l’unité de la gauche et de l’opposition à Macron. Et nous savons que, tant qu’elle n’est pas remplacée physiquement, une organisation traditionnelle de la gauche ne disparaît pas. Elle peut même se reconstruire ; on l’a vu dans les cent ans d’histoire du PS où, selon les circonstances politiques et les rapports de force, il n’a cessé de connaître des hauts et des bas. Ce parti a la tête dans les institutions et l’oligarchie, mais il ne peut survivre sans puiser sa force électorale dans le salariat (ce qui était l’essence même de ce que l’on a pu qualifier de parti « ouvrier-bourgeois »). 

À l’université d’été du PS, Olivier Faure a même expliqué qu’il voulait « un candidat commun qui ne soit pas socialiste, ni vert, ni communiste, ni insoumis, mais qui soit tout ça à la fois ». Et il a ajouté : « La folie ce serait d’avoir quatre ou cinq candidats de gauche ». Il est même allé jusqu’à préciser : « Si Mélenchon doit être candidat, c’est au travers d’une candidature collective ». Puis : « S’il y a des désaccords, ils doivent être tranchés publiquement par un vote démocratique populaire ». Nous ne pouvons que souscrire à la conclusion du Premier secrétaire : « Rassemblons-nous d’abord sur les idées et désignons ensuite le candidat pour les porter ».

C’est un discours clair, qu’il convient de saisir au pied de la lettre. Car Faure est soumis, dans son positionnement, à la pression de sa base et il ne le maintiendra peut-être pas si, en pratique, l’unité n’avance pas. Il semble en effet y avoir plusieurs langages et sans doute beaucoup de non-dits au sommet du parti. La possible candidature d’Anne Hidalgo n’est-elle pas, en la matière, déjà venue modifier les scénarios échafaudés par Olivier Faure ?

Les débats sur la laïcité, aussi légitimes et importants qu’ils soient, ont été menés par Olivier Faure et Anne Hidalgo avec le choix d’attaquer EELV et la FI. Cette volonté d’affirmer une identité spécifique du PS sur ce sujet contredit les déclarations unitaires préalables d’Olivier Faure. Chacun le sait, la vraie urgence pour le PS serait d’affronter la question sociale car, sur ce plan, le PS n’a pas beaucoup évolué depuis 2018.

Le congrès du PS qui semblait devoir donner 90 % des voix à Olivier Faure été reporté en mai, et des oppositions diverses se manifestent dans l’appareil. L’appel à motion d’Hélène Geoffroy, maire de Vaulx-en-Velin, a un but unique que l’on peut résumer ainsi : « le PS doit avoir son candidat ». C’est aussi la position de François Hollande et de ses amis, Stéphane Le Foll et Cie, bien qu’ils n’aient obtenu que 18 voix contre 119, lors du Conseil national du 13 septembre. Hollande va même jusqu’à menacer de scission, appelant « à une nouvelle force politique à gauche ». Le lobbying d’un Laurent Joffrin va dans le même sens. 

Le PS restera paralysé et inaudible tant qu’il ne se sera pas nettement démarqué dans l’opinion de gauche des trahisons du quinquennat Hollande-Ayrault-Macron-Valls. Quand Olivier Faure a timidement rejeté le CICE « sans contreparties » et la « loi El Khomri qui n’était pas nécessaire », il s’est certes rendu ennemi des « hollandais », mais il n’a pas pour autant dissipé la méfiance profonde des salariés contre le PS.

Des millions de voix socialistes sont en déshérence et se tournent vers l’abstention. Mais les pesanteurs sont lourdes et il faut noter qu’en étant unitaire à sa façon (humble là où il est minoritaire, souvent hégémoniste là où il est majoritaire), le PS a réobtenu des résultats positifs pour lui aux municipales 2020. Il a gardé ses villes principales (Paris, Lille, Rennes, Nantes.. .) et en a gagné d’autres avec des candidats plus jeunes (Montpellier, Nancy…). Cela ne lui a été possible le plus souvent qu’à la condition de paraître anti-Macron et unitaire à gauche.

Alors qu’il n’est plus hégémonique, le PS résiste parce qu’aucune force (ni la FI ni EELV) n’a su et voulu profiter de sa situation avantageuse (la FI après les présidentielles, EELV après les européennes). En lieu et place d’une politique réellement unitaire leur permettant de devenir la force centrale de la gauche, la FI d’abord, EELV ensuite, ont adopté une position d’auto-affirmation sectaire, et échafaudé une politique hégémoniste ruinant en fait la possibilité qui était alors la leur de prendre la place laissée vacante par le PS. Tant que le reste de la gauche ne lui propose pas l’unité et ne le prend pas au mot, on lui laisse ainsi un espace de reconstruction. Les moments que nous vivons seraient pourtant l’occasion pour une gauche intelligente de l’entraîner dans un front de gauche dynamique auquel son appareil affaibli aurait du mal à résister.

 

5. Génération.s (G.s)

Au lancement de Génération.s, l’espoir de Benoît Hamon et de son mouvement était de devenir la force incontournable autour de laquelle pourrait se reconstruire la gauche. Les 3,7 % des européennes ont été un cuisant désaveu. Benoît Hamon et de nombreux cadres ayant perdu leurs mandats électoraux se sont éloignés du devant de la scène (au moins temporairement pour le fondateur du mouvement).

Sous la direction de Guillaume Balas, Génération.s a tenté de jouer un rôle de trait d’union à gauche, de « plaque tournante » entre EELV, la FI, le PS et le PCF. Il a participé à toutes les initiatives unitaires, y compris – avec la GDS – au « Big Bang » de Clémentine Autain. Il mettait ainsi en avant l’idée d’une « Maison commune de la gauche et de l’écologie ». Dans cette période, le mouvement a eu une ligne très proche de la nôtre sur la question de l’unité.

En mai dernier, EELV a proposé à toutes les forces de gauche et de l’écologie de co-organiser une université d’été commune. Quelques semaines plus tard, la direction a rétréci le champ des organisateurs, la limitant à ce qui deviendra le « pôle écologiste » comprenant, outre EELV, Cap 21, Génération Écologie, l’Alliance écologique indépendante et Génération.s.

Lors de sa convention de novembre 2020, trois textes ont été soumis à la discussion :

 * « Pour que l’écologie rassemble la gauche », envisageant une fusion rapide avec EELV. Ce texte a obtenu 26 % des voix ;

* le texte « Construire la Maison commune. Penser et fonder la gauche de demain » (soutenu par Claire Monod) qui réaffirmait la perspective d’une « maison commune de la gauche et de l’écologie », n’a pas été mis au vote, ses animateurs choisissant d’amender le texte central ;

* le texte central « Utiles pour l’avenir » (présenté par Sophie Tailé-Polian et Benjamin Lucas, soutenus par Benoît Hamon).

Ce dernier proclame que « l’écologie politique, et EELV singulièrement, doivent occuper une place centrale dans la recomposition » et poursuit de la sorte : « Après plusieurs années de fracturation, nous sommes convaincus que s’ouvre à présent le temps de la reconstruction de la gauche autour de l’écologie politique, seul germe fécond pour renouveler le modèle de société alternatif au monde actuel. Nous affirmons notre détermination à construire la nouvelle force de l’écologie sociale et démocratique. Cela peut être réalisé dans une première étape : la consolidation du pôle écologiste qui se structure actuellement autour de plusieurs formations politique dont Génération.s »

Pour les régionales, G.s a choisi de mener le combat au sein du pôle écologiste. Participeront-ils à sa primaire prévue en septembre 2021 ? Le débat risque de rebondir en son sein, entre ceux qui vont privilégier le pôle « écolo » et ceux qui sont favorables à une maison commune de la gauche et de l’écologie. La synthèse opérée lors de cette convention reste sur ce point au minimum ambiguë.

 

6. Le Parti communiste (PCF)

Le dernier congrès du PCF de novembre 2018 avait écarté (malgré des résultats assez serrés) l’idée de recommencer à soutenir Jean-Luc Mélenchon comme lors des deux échéances présidentielles précédentes. Pierre Laurent a été remplacé à la tête du parti par Fabien Roussel, avec l’objectif affiché de présenter des candidats communistes à chaque élection. Mais depuis trois ans, est-ce que l’hypothèse d’une candidature indépendante du PCF à la présidentielle s’est trouvée confortée ? Difficile de ne pas répondre par la négative. 

Une telle démarche paraît totalement déconnectée de la réalité à la fois de la situation politique et du parti lui-même. Un candidat PCF serait entre 2 à 3 % avec une bonne campagne et ne prendrait des voix qu’à gauche – donc des voix soustraites au candidat le mieux placé, qui risquerait du même coup de ne pas accéder au second tour.

Le dernier Conseil national du PCF a défini son calendrier en vue des échéances de 2022. Une conférence nationale les 10 et 11 avril prochain, puis un vote des adhérents du 7 au 9 mai détermineront qui sera le candidat des communistes à la présidentielle.

 

7. Les autres forces de gauche

Beaucoup de ces forces de gauche (Ensemble!, PEPS, Place publique, Nouvelle donne, GRS, R&S, NPA) sont expérimentées, ont des militants de valeur et sont capables d’élaborer, d’agir, d’argumenter, de peser chacune à leur niveau sur le cours de ces événements.

Quand Jean-Luc Mélenchon refuse l’unité, il avantage les pro-Jadot au sein d’EELV et les anti-Olivier Faure du PS. Quand ce dernier renouvelle ses offres unitaires, il encourage par la même occasion les unitaires de la FI et d’EELV. Quand Anne Hidalgo s’en prend frontalement aux écologistes ou à la France insoumise, elle attise les sentiments anti-PS des militants de ces forces et même au-delà. Quand le PCF affirme, avec Fabien Roussel, qu’il y aura un candidat communiste, cela ouvre un débat dans le PCF, et certains comme Marie-George Buffet rejoignent Mélenchon ; c’est aussi une forme d’engagement unitaire.

Quant au Nouveau parti anticapitaliste (NPA), une scission semble possible lors de leur prochain congrès. D’une certaine façon, à l’instar du PCF, le NPA aura à choisir s’il décide d’une candidature identitaire comme le fait toujours Lutte ouvrière (LO).

Si toutes ces forces s’étaient liguées dans un front commun, dans un « comité de liaison » comme la GDS en a défendu l’idée depuis trois ans avec comme principal objectif de faire avancer la cause de l’unité, leurs voix auraient été décuplées. Il y aurait un « pôle » central, capable d’empêcher la centrifugation, le clivage entre, d’un côté, un pôle autour d’EELV et, de l’autre, un pôle « insoumis ». De façon imagée, nous nous présentons volontiers comme une petite roue se mettant en mouvement pour faire tourner une roue plus grande, et ainsi de suite. Nous sommes partisans d’un front unique certes « partiel », mais clairement orienté vers un front unique de toute la gauche, associant et dépassant tout à la fois les organisations.

Mais ces organisations sont aussi tiraillées par l’attraction qu’exercent sur elles les trois « grandes » organisations de la gauche. Pour attirer à elles, il faut qu’elles se mettent en mouvement. Car sinon ce sont les autres forces qui les satelliseront. En témoigne la trajectoire de Génération.s, qui n’a jamais formellement refusé nos propositions, tout en faisant le choix du pôle écologiste. 

Tout cela nous indique combien chaque composante de la mosaïque de la gauche influence les autres. Tout se tient et tout peut donc bouger. Rien n’est joué.

 

8. En 2021, nous allons vivre plusieurs années en une seule

Nous entrevoyons un double horizon dans les prochains mois : la fin du confinement et l’affirmation des luttes sociales, tant il est vrai que le pays est comme une cocotte-minute. Le couvercle est maintenu, mais la pression monte.

Ensuite, ce seront les élections régionales et départementales, un nouveau test où, si nous sommes unis, nous balaierons LaREM. Si la gauche est en revanche désunie, aucune dynamique de gauche ne se dégagera, et LaREM, LR, RN s’en sortiront.

Enfin, ce sera l’automne où des millions d’électeurs de gauche verront les délais se resserrer et la menace de perdre comme en 2017 se renouveler ; ce seront les primaires d’EELV et la date limite fixée unilatéralement par Mélenchon. Le débat unitaire fera rage et obligera les appareils petits et grands, ainsi que leurs « chefs », pris à la gorge, à répondre.

Ce sera la dead line pour une plateforme commune, pour des primaires éventuelles.

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