résultats des élections régionales et départementales des 20 et 27 juin : examen

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1°) l’abstention :

-        La première raison, sous estimée, par les commentateurs, est institutionnelle. Toute la vie politique de ce pays a été happée par le haut, plus fortement que jamais, avec la pratique forcenée du présidentialisme par Macron. Ce dernier a été élu par surprise et par force en 2017 grâce à 16 millions d’euros, et 300 « une » de journaux accordées en 2017 par le CAC 40, le Medef, les grandes banques : à peine 13 % des inscrits, ça a permis un hold up sur le centre du pouvoir mais ça n’a pas donné une implantation populaire, ni dans les institutions territoriales. Son parti LREM est une création « minute » de bric et de broc qui n’a aucune assise, ses députés étant des créatures artificielles, baroques et sans racines. Des millions d’électeurs, même peu informés, en concluent, dans ce système, que « les (autres) élections « ne servent à rien », ce qui est la phrase la plus couramment utilisée par les abstentionnistes : «  voter (aux régionales départementales) ça ne sert à rien ». En pratique, en même temps, les pouvoirs de ces collectivités locales ont été déracinés et désossés. La « réforme » de Hollande a cassé les anciennes régions, telles qu’elles s’étaient culturellement installées avec le temps, elle en a créé bureaucratiquement des nouvelles, artificielles, qui n’ont pas de sens aux yeux des électeurs, elle a éloigné les centres de décisions, distendu les liens, et même renforcé les prérogatives de Bercy sur les budgets de toutes les collectivités. Avoir disloqué les régions existantes et crée de grandes régions artificielles, multiplié les agglomérations non élues, opacifié les rôles respectifs des régions et départements, supprimé les parts des impôts et budgets locaux, nuit à tous les niveaux à l’intérêt des élections municipales, départementales et régionales. L’abstention n’est pas seulement due au climat politique, elle est due à des collectivités territoriales démocratiquement dévitalisées.

-        La deuxième raison en découle, est politique : puisque tout se décide en haut, attendons l’élection d’en haut. L’importance artificielle mise dans tous les grands médias, depuis de longs mois, sur la sécurité, l’immigration, les querelles religieuses, n’a rien à voir avec la question des régions et départements. Ces institutions n’ont pas de compétence de sécurité et il n’a été question que de sécurité.  Les autres débats réels, comme les questions de service public, de transport, d’école, de santé ont été occultés délibérément par les commandeurs des médias : on n’a parlé ni des ARS, ni de la RATP, ni des besoins des établissements scolaires, ni du logement, ni des « aides aux entreprises » sans contreparties. Réussir à gommer le bilan des Agences Régionales de Santé face à la pandémie, c’est une prouesse dans un débat régional ! Avoir masqué la privatisation en cours de la RATP, dans le débat Ile de France est une autre prouesse. N’avoir parlé ni du logement ni des écoles, et avoir réussi à mener un débat artificiel de diversion sur l’islamo-gauchisme comme Pécresse s’y est acharnée, explique l’abstention.

  • La troisième raison est l’absence de choix politique clair face à LR LREM et RN. La gauche s’est révélée incapable d’offrir une alternative, elle était illisible d’une région a l’autre, tellement divisée que ses listes n’avaient plus de sens : ni au plan local, ni en écho national. La seule alliance réussie dans les Hauts de France, isolée, a été brouillée par des querelles locales et venues du national. Dans le Grand Est, les appareils bureaucratiques de la gauche ont empêché de réaliser l’offre unitaire ouverte de l’appel inédit Filippetti Fiat Richardot. Dans Paca, alors que seule une pratique unitaire de type « printemps marseillais » aurait pu permettre de ré-émerger, le pire des méthodes d’appareils a été mis en oeuvre pour diviser, exclure, bureaucratiser, obscurcir. En Occitanie, en Normandie, en Auvergne-Rhône Alpes, les exclusives et exclusions ont été à géométrie variable, selon les capacités hégémoniques locales de tel ou tel appareil, le PS excluant la LFI, les Verts excluant le PS, les Verts et le PS excluant le PCF, le PS excluant le PS, la LFI dénonçant partout le PS tout en cherchant à s’allier avec lui et lui reprochant de ne pas le faire, le PCF négociant à l’ancienne, sous la table des accords tout en les refusant ailleurs. Et en Ile de France l’unité est venue, et bienvenue mais au 2° tour, trop tard. Comment était-il possible pour les électeurs de gauche, qui sont pourtant majoritaires à la base, dans le salariat, de s’y reconnaître, de se mobiliser et de voter ?

 

2°) pourquoi ce qui existait est resté en place : les sortants ont été réélus, les changements sont quasi nuls, la droite a dominé.

A droite : LREM est resté groupusculaire, LR a retrouvé ses bases, le RN s’est tassé au lieu de conquérir des régions.

Pendant la longue pandémie, le terrain politique a gelé, ce qui s’est passé dans la profondeur du permafrost du pays, n’a pas atteint la surface. Ça sourd, ça bouge, mais ces élections qui ont bien failli être supprimées, sont une date prématurée en terme d’éclatement des colères sociales enfouies. Non seulement elles sont un mauvais terrain institutionnel et politique pour que ça explose, mais l’absence de campagne réelle (à part les diversions fantasmagoriques sur les racismes, les xénophobies, les intégrismes) ne l’a pas permis. D’où l’impression que tout a été figé.

LREM est un OVNI en voie d’extinction. La greffe n’a jamais pris. Ce parti n’a pas de racine. Pas même d’idéologie, de sens : les mensonges permanents de Macron pour masquer sa politique ultra réactionnaire empêche toute identité a ce ramassis hétéroclite qui le soutient. Il n’y a que Macron, pas de macronisme. La France start up, la société sans statut, post salariale, ubérisée, sans cotisation sociale ni sécu, c’est ce qu’il fait en pratique tous les jours, mais qu’il ne peut expliquer ni justifier. Comment recruter des zélotes sans pouvoir leur dire pourquoi ?

LR n’est jamais disparu, c’est le parti fort de la droite qui se poursuit depuis les origines de la V° République, il a ses racines, ses fiefs, ses bases, ses clans, ses traditions, sa presse, ses moyens financiers. Un temps secoué par l’éphémère vague Macron, LR a cessé de refluer et reconquiert son terrain au fur et à mesure que LREM s’effrite. C’est le langage de Monod ou Dati : « Nous sommes la droite traditionnelle fière de l’être, et morceau par morceau du territoire nous retrouvons notre clientèle, nous avons la capacité de nous représenter en 2022 et de mettre fin à l’aventure Macron ». Cette solidité organisée est effritée par le RN, mais tient  bon : l’exemple de Muselier, vacillant, recherchant l’appoint de LREM local, rectifié par le national, résistant triomphalement au RN, le prouve. Idem par exemple pour Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse.

RN est aiguillonné, manipulé, avec des hauts et des bas, par les grands médias des grands financiers et patrons qui en jouent comme moyen de pression sur la droite comme sur la gauche. RN atteint certes un seuil élevé pour exister en lui même, mais ne parvient jamais  à concrétiser sa force, il ne peut à la fois à mobiliser ses militants et s’imposer légitimement. En son sein les forces fascistes, racistes, xénophobes, complotistes, sont fortes et dangereuses, mais tenues en bride et paralysées, sa direction étant obligée de les faire taire pour acquérir et conserver l’oreille des médias. Le diable a sans cesse besoin d’être dédiabolisé ce qui nourrit ses contradictions. Ce qui explique à chaque fois, les « surprises » des scrutins, où ils sont tantôt sous estimés, tantôt surévalués. Leurs thèmes sont surexposés, surestimés, et chaque fois font « flop ». Le grand capital les tient en laisse, « au cas ou… » mais les contrôle.  Le Pen s’est Macronisée tout comme Macron s’est Lepenisée.  Elle a écarté ce qu’elle avait fait comme concessions sociales dans son programme d’il y a quatre ans et François Ruffin a raison de la présenter comme « la deuxième candidate des riches » à condition de souligner qu’avec elle ce serait pire car  elle libérerait ces démons que le RN abrite en son sein. En tout cas, au niveau de ces régionales, l’extrême droite RN s’est sérieusement tassée partout au lieu d’emporter trois régions comme la grande presse l’annonçait. Même ses millions d’électeurs sont plus passionnés en dernier ressort par l’emploi et les salaires que par l’islamo-gauchisme.

 

3°) La gauche a nourri l’abstention de masse. Les réserves sont là mais n’ont été ni motivées, ni mobilisées. La division a trop fait rage. 81 % des électeurs de gauche sont pour l’unité de la gauche et 73 % pour un candidat commun à la présidentielle. Il n’existe pas une discussion à gauche sans que ce sujet ne soit abordé. Quelle plateforme, quel candidat ? D’où le « gap » entre les attentes et les votes exprimés. En notant toutefois qu’on peut apercevoir un score élevé dès qu’on additionne les listes disparates, un « total » autour de 36 à 38 % des voix exprimées.

Les Verts EELV,  un groupe de moins de 20 000 personnes se sont pris d’une volonté d’hégémonisme, qui fait mal à la gauche, mais, leur fait mal aussi. « L’ère de l’écologie » sans la gauche est impossible. Il n’y a pas d’écologie victorieuse sans anticapitalisme. Ils ont voulu prétentieusement s’imposer comme têtes de liste contre la gauche dans toutes les régions, ils n’ont gagné aucune région. Il n’y a pas de vague verte. Il ne peut y avoir qu’une seule vague : rouge rose verte. Ils ont brise l’unité dans le Grand Est et à Paca : ca a couté cher a toute la gauche dans les deux cas. Ils se sont maintenus en Aquitaine et en Bretagne, ça leur a couté cher. Et en Ile de France les 34,6% de la liste commune Bayou-Pulvar-Autain au second tour, permet de croire qu’avec une unité réalisée plusieurs mois plus tôt la dynamique aurait été tout autre et sans doute victorieuse. Dans les Hauts de France, le score final de 21 % est honorable, mais il ne peut y avoir de dynamique unitaire dans une seule région, et surtout les querelles du 1ermai à Lille n’ont pas aidé à la créer.

EELV a certes gagné des voix, mais pas suffisamment de militants, de cadres,  ses divisions internes d’orientation sont trop grandes, pour postuler à diriger la gauche toute entière sur une ligne qui ne soit pas « sociale d’abord ».   L’unité de la gauche et des écologistes ne s’improvise pas mais se construit. L’unité ne se fait pas à la dernière minute, après tout ce qui s’est passé sous le quinquennat Hollande, les électeurs ont besoin d’une dynamique électorale sincère, pas d’un « arrangement ». 

Le PS tient : il a gardé ses cinq régions, et de même qu’aux municipales 2020, il reprend des voix. Cela vérifie bien que tant qu’il n’est pas remplacé physiquement, même quand il est affaibli, il « repousse » comme cela s’est produit depuis des décennies. Les électeurs ne voyant rien venir en remplacement, aucune unité de la gauche ne venant, revotent traditionnellement PS. Ceux des ex dirigeants PS qui sont passés chez Macron, ont perdu toute crédibilité. Ceux qui sont restés au PS en dépit des secousses et tentations, doivent à l’existence maintenue de ce parti, d’être réélus ce qui est le cas spectaculaire de Carole Delga qui atteint 58 % des voix. La ligne Hollande pro-Macron eut été un suicide, la ligne Faure opposante à Macron et pro-unitaire avec la gauche, permet au PS de tenir tant bien que mal. Ce qui n’empêche pas les apparatchiks d’en vouloir plus, de contester cette ligne unitaire, d’exiger un candidat à la présidentielle et vouloir ré imposer l’hégémonie du parti. Ce n’est pas joué, ni dans un sens ni dans un autre, tout dépendant des choix interpénétrés qui vont se faire à l’automne dans toute la gauche e au congres PS des 8, et 18 septembre.

Le PCF est mal : il perd symboliquement le Val de Marne, ne trouve sa place vraiment nulle part, écartelé qu’il est, entre la candidature identitaire de Roussel et les exigences d’unité, les seules réalistes. Il est allé plutôt s’allier au PS, et même s’abriter derrière les apparatchiks  scissionnistes du PS en Grand Est. Derrière le succès de Delga en Occitanie. Il a cautionné l’exclusion de la LFI et de GDS en Paca ; il s’est enfermé sur lui-même en Normandie ; il s’est divisé en interne sur la candidature Autain, il s’est rallié à l’unité EELV PS LFI en Hauts de France. Ça ne va pas s’arranger, car la candidature Roussel ne prendra pas, et il n’est pas sûr qu’elle permettra de négocier son « retrait » en échange de « députés » comme certains le disent. L’impasse est là et il faudra aussi la dénouer à l’automne.

La LFI s’est placée dans une impasse profonde. A force de ne miser que sur la candidature présidentielle et à force de vouloir passer en force, en l’imposant sans négocier,  la LFI s’est cornérisée. Elle a longtemps refusé toute négociation nationale  sur une plateforme et un partage en vue de ces régionales et départementales et lorsqu’elle s’est trouvée confrontée à la réalité des rapports de force de terrain,  il était trop tard, les mécanismes bien matériels de division pour la conquête des postes étaient enclenchés. S’autoproclamant de façon triomphaliste comme représentante de tout le peuple (et de la gauche incluse), elle n’a proposé aucune alliance cohérente, réelle à la base ni au sommet. Sans front unique national, ça ne peut pas marcher, nous le savons par expérience. Les dirigeant de la LFI sont placés au pied du mur : unité de la gauche ou déroute.

Des secteurs de gauche de taille comparable à la nôtre comme Ensemble, Nouvelle Donne, GRS, ont fait comme ils ont pu dans cette effroyable division de la gauche.

GDS a cherché partout à construire de longue date des listes unitaires sur la meilleure plateforme possible et les résultats nous permettent de vérifier et conclure que c’était la seule ligne théorique et pratique possible.

C’est toujours la même ligne d’ici la fin de l’année 2020. 

- Participer aux luttes sociales, pour l’emploi, les salaires, le droit du travail, la sécurité sociale, les retraites, les allocations chômage, les services publics.

- Développer les appels de masse et rencontres unitaires en faveur d’une plateforme commune à gauche, d’états généraux de la gauche, d’un candidat commun et de listes communes aux législatives.

Gérard Filoche  lundi 28 juin 21 à 12 h

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